‹ Lettres de jeunesseChapitre 8 sur 60 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

cette sage formule : « Je ne tiens pas qu'on me prenne pour ce que je suis, pour un partisan de toutes les réformes; mais je ne veux pas non plus qu'on me prenne pour ce que je ne suis pas, pour un réactionnaire, pour un blanc ». Il réussit, paraît-il, à éviter les deux excès. Après le coup d'Etat, c'est une véritable indignation qu'il exhale dans deux lettres à Laurent-Pichat.

Malgré ce goût passionné pour les choses contemporaines, Eugène Manuel ne se mêla pas directement à la vie publique : il se contenta d'en être le spectateur toujours attentif et intéressé. Les circonstances y furent sans doute pour quelque chose, mais il n'est pas difficile d'en voir des raisons plus profondes. Il aimait assez l'action pour vouloir l'observer de près; sa nature était trop réservée, trop circonspecte, trop idéaliste, pour qu'il fût tenté de se jeter dans la mêlée. Il était essentiellement un moraliste, et il avait exactement le genre de talent qui devait lui permettre, en prose ou en vers, dans ses lettres comme dans ses autres œuvres, d'exceller en ce genre, et d'y joindre beaucoup d'agrément à beaucoup de sens et de solidité.

Ce talent, qui éclate déjà tout entier dans la correspondance de jeunesse, est avant tout précis, fin, équilibré, avec un don charmant de rêverie douce et parfois de vivacité dramatique. Eugène Manuel,

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