‹ Lettres de Joseph Mazzini à Daniel Stern [pseud.] (1864-1872) (volume 2)Chapitre 14 sur 27 · QUI REDOUTE LES RUINES NE COMPREND PAS LA VIE · texte numérisé non relu

QUI REDOUTE LES RUINES NE COMPREND PAS LA VIE

» L'Italie veut être l'Italie, et pourvu que ses destinées » s'accomplissent, qu'il coule des fleuves de sang, » que tes villes s'écroulent les unes sur les autres, » que tes batailles succèdent aux incendies et les « incendies aux batailles, n'importe î. . . Si l'Italie » ne doit pas nous appartenir, mieux vaut préparer une » guerre d'extermination, la préparer de telle sorte que » chaque défaite soit une destruction finale... Si nos » paroles sont entendues, comprises, traduites en ac- » lion , nous aurons vaincu. La guerre sera terrible : » toute la vie du peuple ne sera qu'une œuvre de » révolution; par notre exemple, nous allumerons le » feu de ta guerre républicaine chez les autres na* » tions, et le monde verra que les Italiens combattent au » nom de Dieu et du peuple... Combattons donc » comme on combat pour les choses éternelles, et ne » craignons pas D'EXTERMINER!!! »

Ce n'est peut-être pas par le raisonnement que l'on devrait répondre à un semblable dévergondage d'idées, mais par certains moyens curatifs, car l'extravagance tourne évidemment ici à la monomanie furieuse. Voilà donc le saint Vincent de Paul de la démagogie ! C'est un apôtre d'humanité et d'amour qui pousse ces sauvages hurlements de mort et de destruction ! Qu'on brûle, qu'on égorge au nom de Dieu (cette orgie frénétique n'eût pas été complète si le blasphème ne s'en fût mêlé), qu'on extermine tout au nom de là fraternité!!! Il faut que le monde entier soit bouleversé pour faire pendant au bouleversement du cerveau d'un idéologue en délire. Qui redoute les ruines ne comprend pas la vie ! Que tout soit donc réduit en un monceau de décombres, pourvu que sur ces ruines triomphe Vidée mazzinienne, en d'autres termes, pour que le néant règne sur la destruction.

ML Mazzini ose se vanter ailleurs de prêter une voix » au petit nombre d'âmes généreusement féroces '. »

Est-il besoin de constater de nouveau un triste plagiat. Qui ne s'est déjà aperçu que cette frénésie de ravages, d'incendies, de fleuves de sang, reproduit tout simplement celle des Attila, des Alaric, des Genseric, et autres énergumènes destructeurs des temps barbares, qui se glorifiaient du titre de féaux de Dieu. Ce sont eux qui les premiers ont compris parfaitement ta vie % en comprenant les ruines^ et M. Mazzini n'aura fait sans doute que copier de vieux manifestes vandales ou visigoths.

1 Prose 9 p. 75.

<j* MAZZ1M

En fait d'idées neuves, le Moïse italien a encore proclamé l'intronisation de la république, et cela avec d'autant plus de raison que l'Italie est généralement antirépublicaine, — ainsi qu'il sera prouvé plus tard par les témoignages des Italiens réputés les plus avancés dans la démocratie, et, qui mieux est, par des aveux implicites et explicites de M. Mazzini lui-même. En vain les meilleurs esprits ont démontré l'impossibilité d'établir aujourd'hui d'une façon stable une pareille forme de gouvernement dans la Péninsule; en vain Ugo Foscolo a écrit à ce propos : « Certains utopistes, en exaltant des principes de » perfection politique, mettent le feu aux esprits. Mais les » hommes sont corrompus; en conséquence toute tentative » de V impossible n'aboutit qu'à une corruption » plus grande f . » En vain Guerazzi, l'ex-dictateur toscan, dont les opinions démocratiques ne sauraient assurément être suspectées, dit : « La république, qui peut être » une forme très-parfaite de gouvernement pour des » hommes parfaits, n'est pas un fruit mûr pour nos » dents, ou plutôt pour nos mœurs corrompues *. » Et ailleurs : « Ces gens-là (le parti mazzinien), infatués de » leur idée , ne veulent pas comprendre qu'avec des » hommes (comme le& Italiens) qui, en voyant des ban- » nières déployées; en entendant des tambours, des cris

1 Délia servitù cT Italia , p. 189.

* Apologia, p. 634.

» et autres diableries, regardent avec indifférence, » puis se retirent chez eux en fermant les fenêtres, — il » n'y a pas moyen de créer une république 4 . » En vain Gioberti crie au grand visionnaire : « Jusqu'à ce mo- » ment, votre république n'a été fout simplement qu'une » forme politique, mais non une réforme économique, et » par conséquent on ne peut la considérer que comme

* une vieillerie, en opposition avec l'esprit et avec » les besoins de notre époque 2 . » En vain Bianchi- Giovini se moque « de cette mystique république, » — digne pendant d'une mystique Italie unitaire, — » et dont M. Mazzini avait trouvé le modèle dans la nou- » velle Jérusalem mystique de l'Apocalypse s . » Et dans un autre endroit : « Vous dites que vous voulez la repu- » blique; dites plutôt l'anarchie, la discorde, la guerre » civile ; dites plutôt l'avarice de ceux qui cherchent à » pêcher en eau trouble, — la tyrannie des ambitieux qui » veulent se substituer au pouvoir, qu'ils tentent de ren- » verser; — la présomption de ceux qui restreignent le

• monde en eux-mêmes ; — l'égoïsme de ceux qui assas- » sinent la patrie sur l'autel de leurs caprices personnels ; » — le tumulte des passions, l'anarchie des opinions, la » confusion et le désordre \ » En vain, quand il entend parler des prétendus républicains mazzinistes, Massimo d'Azeglio s'écrie : « Républicains , vous! Vous n'êtes » pas dignes de baiser les traces indélébiles qu'ont laissées

1 Apologia, p. 230.

2 Rinnovamento , v. i, p. 346.

5 Mazzini e le sue utopie, p. 7.

4 Ibid., 21.

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» sur la terre ces grands hommes de l'antiquité, qui ho- » norèrent tout à la fois leur patrie et l'espèce humaine » par leurs vertus républicaines. Si les ombres de ces » glorieux morts pouvaient sortir de leurs tombeaux, et » voir la vie et tes œuvres de ces pygmées qui osent » £ intituler républicains , se parer de ce nom qu'ils » surent, eux, rendre synonyme de fermeté, de zèle, de » vertu, d'accomplissement des plus grands sacrifices, — » ces grands hommes, dis-je, ne voudraient plus certaine- » ment être appelés républicains, afin de n'avoir rien de » commun , pas môme le titre, avec de pareilles gens *. » M. Mazzini n'en a pas moins persisté dans sa monomanie de république, sans expliquer, bien entendu, laquelle il entend, — car on sait qu'il y a des républiques de plus d'une espèce, et fort opposées entre elles ; — mais nous avons déjà vu que le grand idéologue a horreur de la définition en quoi que ce soit, — et pour cause. Gioberti se charge du reste de nous apprendre ce qu'il faut penser de cette persistance : « Mazzini n'a qu'une seule idée, celle de ré- » publique. Et comme celui qui n'a qu'une seule idée » ne peut pas varier (car tout changement implique au » moins deux pensées), il n'est pas étonnant que le Maz- » zini reste fixé à son idée unique, el qu'il ait cette con- » stance dans les chimères, que les simples admirent, mais » que les gens sensés appellent de l'entêtement*. »

Et le grand prophète de Vidée restera sans doute indéfiniment dans son obstination. Ce n'est pas un homme à

1 Scritti politici , p. 150.

5 Rinnovamento , v. i, p. 3î0.

comprendre que les plus courtes démagogies sont les meilleures.

Nous avons déjà dit que M. Mazzini , qui se décore du titre de Moïse de V indépendance italienne , s'est proclamé le seul capable d'opérer l'affranchissement de son pays, et de le conduire dans la terre promise de Y unit arâme. Voyons comment, en fait, il s'est montré apte à accomplir ces superbes promesses. Suivant le plus vulgaire bon sens, la première condition pour arriver à Y union — et à plus forte raison à Yunification , — c'est que le plus parfait accord possible règne entre tontes les parties d'une nation. Eh bien! pendant les années 1848-49, où les circonstances paraissaient favorables à la réalisation de cette idée d'émancipation, qu'a fait le patriotisme à nul autre pareil de M. Mazzini et de sa secte, pour aider au triomphe d'une pareille entreprise? Afin de seconder Yunification, ils n'ont pas trouvé de meilleurs moyens que de semer partout le trouble , l'intolérance , les divisions et les baines de partis , les récriminations , l'injure , la calomnie, etc. Et , — chose plus incroyable encore, — alors que ce n'eût pas été trop de la réunion de toutes les forces nationales pour triompher, alors que l'armée piémontaisc était la principale , — pour ne pas dire l'unique chance de succès, — ils se sont mis à déblatérer contre les armées royales, à susciter contre elles la défiance et l'animosité populaire, les désignant comme « vendues corps et âme à (a tyrannie, » les appelant une « force

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» hrutale et aveugle , qui écrase les idées sous le pas • pesant des bataillons 1 . » Convenez qu'en s'y prenant ainsi le uiazzinisine faisait preuve à un égal degré de patriotisme et d'intelligence 2 .

Bianchi Giovini confirme pleinement ces observations : « Pour Mazzini la question n'était pas l'indépendance et » l'union de l'Italie — par quelques moyens qu'elles pus- » sent s'obtenir , — mais le triomphe de l'idée, autrement » dit d'une mystique république unitaire. Et pour courir » après ces fantômes , il paralysa toutes les forces effecti- » ves , frappa de langueur tout autre élément d'action , » divisa les esprits , y répandit la déûance et le soupçon , » et en prêchant l'intolérance de toute autre opinion que » la sienne , il enfanta en Italie ce marasme politique qui » nous a conduits à la mort. V unité mystique tua » {'union de fait. Vidée ne triompha pas et ne triom- *> phera jamais , attendu que cela n'est pas dans l'ordre des » choses possibles ; et ce qui était possible , et que nous » tenions déjà dans la main , nous fut enlevé , Dieu sait » pour combien de temps 1 ! »

Et lorsque par suite des chances de la lutte, des facilités pour un commencement d'union se sont présentées, — comme en 1848, par exemple, où il s'agissait de réunir la Lombardie au Piémont, et de constituer un royaume

1 Democrazia, p. 291.

3 Dans la récente et inqualifiable tentative d'insurrection à Milan, M. Mazzini a voulu prouver combien il était en droit de vitupérer les guerres royales, les armées régulières, etc. Il leur a substitué la guerre à coups de couteaux et les bandes organisées d'assassins à gages. Voilà comme il comprend le progrès.

a Mazzini e le sue utopie, p. 7.

de la hante Italie, — idée tout italienne assurément,

— le parti mazzinien n'a-t-il pas employé tous ses efforts pour faire échouer ce projet , et pourquoi ? Parce que cette union se serait opérée au profit d'une monarchie. Périsse l'Italie plutôt que la fameuse idée !

Mais M. Mazzini, qui ne veut pas des unions monarchiques, a-t-il été plus heureux , lui, en matière d'unifications républicaines? Pendant qu'il gouvernait Rome~en qualité de triumvir, — ou , pour parler plus exactement,

— de véritable autocrate , il a fait de nombreuses et d'insistantes tentatives pour unifier avec sa république dite modèle la Sicile, Venise et la Toscane. L'habileté transcendante de cet incomparable génie politique y a complètement échoué.

Guerazzi nous explique le fait d'une façon assez curieuse en ce qui concerne la Toscane : « Les Toscans et surtout » les Florentins éprouvaient une indicible répugnance à se » réduire à la condition de simple province romaine, alors » que, dès l'antiquité, ils avaient formé un État florissant, » riche en commerce et plein de glorieux souvenirs (c'est » là une raison qui se représenterait sans doute en pareil » cas chez tous les autres petits États italiens)... Mazzini, » avec sa république romaine épuisée d'argent, avec son » papier-monnaie qu'on ne trouvait pas" même à es- 9 compter au plus vit prix, voulait bien accepter » ia Toscane encore florissante, ayant un actif finan- » cier toujours supérieur au passif*. » On voit que le grand utopiste ne perd pas toujours aussi complètement

1 Apol., p. 72.

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de vue qu'il veut bien le dire, (es grossières considéra* tions d'intérêt matériel.

Si Ton considère l'homme de combinaison, d'action, la gloire de M. Mazzini se réduit à avoir eu au moins vingt entreprises tuées sous lui.

Il débute en 183ft par l'expédition dite de Savoie. Il rassemble une troupe d'environ mille hommes presque tous Polonais, Allemands, Suisses, Français, etc. , et c'est avec ces étrangers qu'il entend procéder à l'affranchissement national de son pays. Et donnant dès lors des preuves de cette sûrelé de jugement, de cette clairvoyance, de cette logique, qui ne devaient jamais l'abandonner par la suite, il choisit de préférence pour théâtre de ses opérations la Savoie, où la résistance à une invasion est la plus facile en raison de la nature montueuse du sol, et de plus, il va attaquer le roi de Sardaigne précisément dans la province qui fut de tout temps la plus dévouée à cette dynastie. Ce n'est pas tout encore , comme dans les conspirations ainsi que dans les entreprises militaires, le secret a été toujours placé au nombre des conditions les plus indispensables de la réussite, M. Mazzini imagine de « communiquer te plan de » campagne des insurgés, LITHOGRAPHIE et annexé à » une circulaire, à tous les chefs supérieurs et inférieurs » de l'expédition 1 . » De la part de tout autre homme pareille chose semblerait certainement incroyable.

1 Gualterio, Gliultimi Rivolgimenti, p. 646.

Il en advint ce qui ne pouvait manquer d'arriver, — • on ridicule et honteux avorteuient. La bande envahissante se dispersa après quelques coups de fusil seulement, échangés avec des douaniers sardes. Le polonais Ramorino, choisi pour général, ne se montra pas un des derniers à prendre la fuite, et la caisse, ajoute-t-on, disparut avec lui. Il fut de plus généralement soupçonné d'avoir dénoncé l'entreprise aux gouvernements français et sarde. Ce qui n'em» pécha pas le parti mazzinien , — si prompt à crier à la lâcheté, à la trahison, quand il s'agit de princes, de généraux dynastiques , de guerres royales , — d'imposer plus tard au malheureux Charles-Albert ce même Ramorino, qui fut, — comme on sait, — une des fatalités de la campagne de Novare.

Pour en revenir à l'expédition de Savoie , M. Mazzini s'était donné beaucoup de mouvement pour les préparatifs ; on le voyait à chaque moment passer en revue et animer les recrues, avec une carabine sur l'épaule. Une fois l'armée entrée sur le territoire ennemi , on chercha vainement partout M. Mazzini , — l'homme et la carabine avaient complètement disparu *. Celte évaporation si sin-

1 Un ami de M. Mazzini , l'avocat républicain Brofferio , explique à la vérité la chose d'une autre façon dans son Histoire du Piémont (fort maigre compilation, par parenthèse). Il assure que M. Mazzini avait suivi la bande expéditionnaire en Savoie jusqu'à Carra, et que là, vers le soir, entendant du bruit, il saisit son mousquet, joyeux de l'idée qu'il allait avoir affaire avec l'ennemi. «Mais, ajoute l'historien, Mazzini était travaillé d'une - » forte fièvre ; il s'évanouit, et quand il rouvrit les yeux il se » trouva en Suisse , où ses compagnons l'avaient transporté à » grand* peine. » Nous laissons au lecteur à juger de cet évanouissement subit, qui aurait duré l'espace de plusieurs lieues,

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gulière fit beaucoup causer dans le temps , et M. le chevalier de Menz, chargé d'affaires diplomatiques près le gouvernement de Milan , — dans un rapport adressé à M. de Metternich, — s'égayait fort au sujet du spectacle comique donné par M. Mazzini en Savoie.

Toutes les tentatives de soulèvements organisées postérieurement en Italie par le grand agitateur, — la descente en Calabre par les infortunés frères Bandiera , les nombreuses insurrections qui ont éclaté dans l'espace de quinze ans sur divers points du territoire des États pontificaux , jusques et y compris la pitoyable échauffourée de Val-d'Intelvi (octobre 1848) et l'ultra-folle entreprise de soulèvement à Milan (6 février 1853), — ont porté ce même cachet d'impéritie et d'extravagance fabuleuses. Gioberti le proclame ainsi que nous : « La vanité de ses tentatives dans » le cours de quinze années, la malheureuse issue de » l'expédition de Savoie, tant de boucheries inutiles, tant » de soulèvements qui n'ont abouti qu'à rendre pires les » conditions de l'Italie, n'ont pas suffi à le guérir 1 . »

A la suite de ces divers mouvements révolutionnaires, beaucoup de malheureux entraînés et mis en avant par M. Mazzini, ont subi des condamnations à mort ; d'autres ont éié jetés dans les prisons , mais d'ailleurs, il faut le reconnaître , — le grand idéologue a toujours eu soin de sauver sa précieuse personne. On l'a constamment vu diriger de Londres, de Paris, de Genève , de Lausanne , des expéditions armées, en Italie. Nous reviendrons plus tard sur

et aurait cessé ensuite juste au moment où le héros se trouvait en sûreté !

1 Rinnovamento , vol. i,p. 34«*.

ce curieux chapitre; nous nous contenterons de dire pour le moment que M. Mazzini paraît s'être fait une loi de jouer , — à l'égard de ses bravi anarchistes , le rôle du poète Boileau vis-à-vis des soldats de Louis XIV, — c'està-dire , de se borner à les encourager de loin de la voix et du geste 4 .

En 1848, les Autrichiens avaient été forcés d'évacuer Milan ; les armes piémontaises obtenaient du succès , les Italiens, — sans acception de nuances d'opinions, — semblaient s'être réunis sous la bannière de l'indépendance nationale, M. Mazzini paraît, et à l'instant tout change de face. Son étoile, — quoique brillant DANS sa poitrine, suivant son heureuse expression , — n'en exerce pas moins partout une funeste influence. Le soi-disant apôtre s'était fait précéder d'un manifeste daté de Paris (5 mars 1868)

m je

au nom de l'Association Nationale Italienne, dans lequel il disait : « Notre unique vœu est de voir l'Italie s'unir fra- » ternellement en un pacte d'amour,... nous ne ferons » entendre qu'une parole pacifique, modérée, d'accord

» avec le mouvement progressif de la nation Nous ne

» voulons qu'harmoniser, unifier; nous n'entendons » pas imposer aux efforts d'émancipation le triomphe » prédéterminé de telle ou telle forme de gouverne-

1 Bianchi-Giovini a exprimé la même idée, mais plus brutalement , en disant : « Dans les endroits où il ne s'agit que de faire » des phrases et de provoquer des désordres , tous rencontrerez » toujours le Mazzini; sur le terrain du danger, jamais. (Mazzini e le sue utopie, p. <>2.)

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» ment, » etc. Mais les faits viennent bientôt démentir ces déclarations doucereuses ; sous le masque bénin et apostolique se montre le sectaire cassant et intolérant '. A peine installée Milan, M. Mazzini organise des clubs, des conciliabules ; il prend ses allures ordinaires de dominateur autocratique ; il prétend tout régler , tout diriger , même les choses de la guerre ; il veut donner des conseils de stratégie aux généraux, lui qui ne peut pas seulement venir à bout d'aligner et de faire marcher les trois ou quatre pauvres formules et les quelques douzaines de mots invariables dont se compose son soi-disant système! Il entend qu'il n'y ait plus d'autre cri de ralliement que l'inepte devise : Dio e il Popolo; il déclare que tout le monde doit marcher à la suite de Vidée (phare si lumi-

* Ces contradictions se rencontrent à chaque instant chez M. Mazzini , soit entre ses actes et ses paroles , soit dans ses affirmations ou ses idées. Chose inouïe , it arrive très-souvent que, dans un même article, on le voit se démentir vingt fois à quelques lignes seulement de distance. Qu'on nous permette d'en citer un exemple pris au milieu d'une foule d'autres de ce genre.

11 s'agit d'un manifeste du comité national , à Londres , portant la date du 30 septembre 1851. Le but de cette pièce est de régler les conditions de la future insurrection d'Italie (nous savons déjà que c'est là une monomanie du grand visionnaire). M. Mazzini commence par déclarer formellement que « cette prochaine révolution sera républicaine et unitaire, que de plus elle sera sociale. » Il ajoute que : « Partout où surgirait une bannière de » fédéralisme , une bannière qui au nom d'un principe ou d'un *> État, tendrait à localiser ou à éparpiller en plusieurs camps » l'insurrection , l'insurrection devrait l'abattre. » Il veut enfin qu'on n'entende proférer qu'un seul cri , celui de Vive la République l et qu'on dise aux intrigants politiques : « Au nom de » Milan et de Novarc, retirez-vous. » Pour qui connaît l'outragcuse phraséologie do M. Mazzini, il est évident que par les mots

neux et avec lequel assurément on ne court pas risque de s'égarer!), il lance des manifestes tranchants et exclusifs comme toujours; il crée, dit Gioberti, « une presse déma- » gogique sans frein, qui déconsidère les honnêtes ci- » toyeus, exaltant les incapacités et insultant les hommes » de cœur qui auraient mérité d'être soutenus et encou- » rages. » Bref, la présence de l'homme fatal , les publications, les manifestations mazziniennes, produisent leur effet immanquable ; partout bientôt la confusion , la discorde, l'anarchie; partout les haines, les injures, les luttes intestines (c'était là le pacte d'amour promis)! Le contre-coup de ces dissensions se fait sentir dans l'armée piémontaise , assaillie d'ailleurs journellement d'outrages par les démagogues, pendant qu'elle se battait pour

intrigants politiques il entend désigner le parti constitutionnel ou modéré , et tous ceux qui n'appartiennent pas à sa secte.

Certes, il est impossible de formuler plus nettement des déclaratisitt intolérantes et exclusives. Eh bien! à quelques phrases de là, vous l'entendez s'écrier : « Point d'anarchie, de tentatives » de subversion dans les conditions sociales. » (Que faisait-il donc tout à l'heure en déclarant que la prochaine révolution devait absolument être sociale?) «Point de prédication inconsidérée » de systèmes étranges, exclusifs, imparfaits et tyranniques. » (Que faisait-il donc tout à l'heure en voulant imposer sa république , son unitarisme , en un mot , toutes ses visions systématiques, à V exclusion de toute autre opinion?) Il disait il n'y a qu'un instant qu'il fallait enjoindre à tous ceux qui ne pensaient pas comme lui de se retirer, et surtout abattre toute bannière de fédéralisme, le voici maintenant qui veut qu'on accueille, qu'on embrasse tout le monde , et il s'exclame en terminant : « Fédéra- « listes, unitaires, ne devons-nous pas tous conquérir la patrie! » Encore une fois, tout cela se trouve dans une 'seule et même pièce. Jamais la divagation et l'incohérence furent-elles portées à

un tel point?

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eux. « Le parti républicain , dit un écrivain militaire, qui » faisait sonner si haut son patriotisme , avait conti- » nuêUemcnt entravé la guerre et servi i'Autriclw » à soulukit; il avait son centre à Milan, et l'on aurait » dit d'un corps d' armée envoyé par Radetzhi sur » les derrières de V armée piémontaise, pour ta » prendre entre deux feux*. »

Arrive la déroute de Gustoza ; les Piémontais sont obligés de se réfugier entre les murs de Milan» Les démagogues se montrant de plus en plus patriotes conséquente, soulèvent la population r — non contre l'ennemi, — mais contre ses alliés et ses défenseurs. Charles-Albert se relire au milieu des coups dé fusil , et AL Ma&zini reproche à ce roi qui pendant trois mois s'était montré aux. endroits les plus exposés sur les champs de bataille, « sa » fuite secrète et lâciie , accompagnée de circonstances » capables de déshonorer à jwniai& In monarchie 2 . » Et qu'avait-il fait, lui, pour être en droit d'adrtiAer d'aussi grossiers outrages et de donner des leçons de vaillance à un prince-soldat? Bianchi-Giovini va* nous l'ap^ prendre : « Mazzini avait fui de Milan quand tes » Autrichiens en étaient enoore éloignés de trente * milles , et s'était réfugié au pied du ment Bo- » Ua s U! »

1 Venise en 1848-49, par A. Lcmassoir, p. 114.

2 Cenni e documenti, p. 78k

3 Mazzini e le sue utopie, p. 28. — Après avoir joué oit si triste rôle à Milan, en 1848, M. Mazzini n'a pas craint «te choisir récemment encore (6 février 1853) cette même ville pour théâtre des excès de sa monomanie de bouleversement et de destruction La seule différence, c'est que cette nouvelle tentative a été ph»

JUC.lt PAR LUl-MÉNR ET PAR LKS SIENS. 1JI

L'homme qui se vante, — comme d'un titre de gloire,— » de comprendre les ruines , se transporte de Milan en Toscane. Et ici encore nous voyons se vérifier ce que Gio-

eolossalement insensée que toutes les autres. Mais, d'ailleurs, rien 4e changé dans la mise en scène ordinaire des échauffourées maz* ziniennes; ce pauvre cerveau n'a pas su trouver, depuis vingt ans, un seul moyen nouveau, une seule variante à ses banalités démagogiques. Dans le manifeste insurrectionnel, signé Mazzini, et publié par le Daily -News t on retrouve les mêmes non-sens boursouflés qui traînent dans tous ses précédents factums ; — l'inévitable couplet en l'honneur des miraculeuses vertus de la fameuse devise : Dio e il Popolo ; — la même recherche malheureuse des effets de style, n'aboutissant qu'au burlesque prétentieux, ainsi que dans cette phrase : « Soyez terribles comme la tempête sur nos côtes; soyez obstinés, soyez immuables, comme les Alpes qui vous environnent » (les Alpes obstinées!); — les mêmes frénésies bouffonnes et profanatoires dans le genre de celle-ci : « ftites-vous des poignards du fer de vos croix; » — enfin kg mêmes preuves de remarquable prudence. Le grand conspirateur, restant à Londres, et poussant de là ses sectaires au milieu des périls immédiats et ultérieurs de la lutte, leur dit : « Nous combattrons dans vos rangs demain ! » Ce demain présente assurément un côté comique, mais qui disparait devant la pensée que ce nouvel acte de délire mazzinien a encore coûté la vie à de nombreuses victimes. La marotte d'un fou, quand elle trempe dans le sang, ne saurait plus exciter le rire.

Un dernier trait; on lit dans la Gazette d'Augsbmtrg : « Une grande partie de l'argent trouvé sur les séditieux (à Milan) était de la fausse monnaie. Cela caractérise l'odieux système de Mazzini. Depuis longtemps le comité révolutionnaire de Londres a formé le projet d'émettre du papier-monnaie faux. En attendant, il fait circuler de la fausse monnaie. Est-ce que la loi anglaise permet cela? Généralement, le droit d'asile est refusé en Angleterre aux individus qui ont volé de l'argent. »

1 1 '.>. M AZZINI

berti dit de lui : < Si parole a la force d'un résolutif et » d'un corrosif social ; il ne saurait mettre le pied » dans un pays sans y porter le trouble , la dis-

• corde, l'anarchie; incapable de faire rien qui » vaille, il ne réussit qu'à bouleverser et à dé-

• truire '. »

Entré à Florence, M. Mazzini assiste le 20 février 18&9, à uu banquet démocratique en plein air, à la suite duquel il prononce itne harangue sur la Piazza dei Popolo. Les résultats fatalement inhérents à sa présence et à ses discours ne se font pas attendre, car le lendemain même, 21, — remarquez bien la date, — un journal florentin, inféodé au mazzinisme, publie l'article qu'on va lire :

« Nous sommes joyeux, extrêmement joyeux , de voir

• que l'heure du carnage, l'heure du sang soit ar- » rivée. Nous verrons, pardieu ! à présent, combien nous » sommes d'Italiens en Italie. Nous allons pouvoir nous » compter, et le sang des traîtres baignera, avec » celui de l'Autrichien , nos chemins qui ont be- » soin d'un baptême de sang pour laver la honte » des ignominies passées... Que l'on fonde des canons » avec les cloches, qu'on dépouille les églises d'un » or inutile et d'un argent mal employé; qu'on re- % crute, qu'on fasse marcher les religieux, les moines » et les prêtres, comme on l'a fait dans d'autres pays; » qu'on enraie de force les paysans pour la défense » commune; que les récalcitrants soient mis a la

» BOUCHE DES CANONS ET NOUS SERVENT DE MITRAILLE' A » ENVOYER A L'ENNEMI I î !... QU'ON REMPLISSE AUSSI LES 1 Rinnovamento , vol. h, p. 343.

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