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faii-il notamment que le jour de Pâques (1849) il ait voulu forcer les chanoines de Saint-Jean-de-Latran à célébrer, pour lui et son gouvernement, une messe solenncllq à l'aulel de Saint-Pierro, réservé exclusivement au pape ; — que lo 6 juin suivant , veille de la Fête-Dieu , le triumvir Mazzini ait publié une proclamation dans laquelle on remarquait les passages suivants : « Romains , demain est » le jour consacré à fêter l'hostie de paix et d'amour, » La cour romaine le célébrait avec une pompe solewîelle » et une grande démonstration de luxe. La guerre allumée » sous vos murs empêche l'accomplissement de cet acte » religieux. Néanmoins Vacte de religion ne doit pas » être omis. Que chaque curé, que chaque chapitre le » célèbrent dans l'intérieur de leur église. Les humbles » prières des chrétiens s'élevant sans faste vers le ciel en » seront mieux accueillies , et pour l'expiation des péchés, » et pour le secours au peuple pieux et confiant en ce Dieu » qui bénit et défend Ja cause des opprimés, » etc.
Et c'est un ennemi acharné du catholicisme , c'est l'apôtre de nous ne savons quelle religion fantastique devant s'élever sur le tombeau de la foi évangélique , qui s'en vient ainsi recommander la célébration d'une fête catho* lique, que disons-nous I débiter presque un pieux sermon, prêcher la prière, la dévotion à des autels qu'il déteste, qu'il injurie , qu'il voudrait renverser dans la poussière ! M. Mazzini répondra-t-il que son intérêt gouvernemental lui commandait, à Rome, d'avoir l'air de ménager encore et de respecter le catholicisme; ce qui équivaudrait à dire qu'il entendait faire de la religion un instrument politique, instrumentum vegni? Mais celle coupable prostitution
n'est pas nouvelle ; elle a élé plus d'une fois stigmatisée , même par M. Mazzini , qui s'annonçait comme venant répudier tous les manèges condamnables des anciens systèmes. Et encore une fois pourquoi le prophète de la religion de l'avenir , de la religion universelle et humanitaire, qui précisément, — il l'a répété assez souvent, — ooûve dans Rome et doit s'élancer du haut du Capiloie, ne proclamait-il pas hautement, franchement, sa foi nouvelle, son culte régénérateur, au lieu de s'incliner devant le catholicisme dont il ne veut plus? M. Mazzini a dit quelque part : « Je puis pécher sous bien des rapports, mais non par hypocrisie 1 . » — C'est au lecteur à prononcer.
Arrivons aux principales mesures gouvernementales, administratives et financières qui ont signalé la dictature de M. Mazzini à Rome ; — • nous disons dictature , car il est bien connu que ses deux collègues en triumvirat ne comptaient absolument pour rien. Et ici encore on reste stupéfait de voir que ce novateur superbe n'ait fait que se traîner servilement sur les traces de nos révolutions de 93 et de 18Zj8. Que trouve-t-on en effet dans les fastes de la république mazzinienne ? En voici le résumé fidèle : clubs tyranniques, bonnets rouges, contrefaçon de la Marseillaise, désordres de rue, un peuple, — le peuple de la faction, — qui s'agite , se soulève , crie , menace , impose des lois par la violence, — en un mot* — fait des journées révolutionnaires toutes les fois que les agitateurs en chef en ont besoin pour l'accomplissement de leurs pro-
1 Lettera ai sacerdoti Mettant , février 1851 .
jets ; — manifestations , fêtes , processions civiques drapeaux, bannières, emblèmes, allégories, sur le m de celles dessinées jadis par le citoyen peintre Davii domination arrogante et despotique de la populace profanations religieuses, parodies sacrilèges des rite tholiques par des impies de carrefour; — insultes, ques contre les personnes, violations, perquisitions < ciliaires, pillages, assassinats, égorgements de prêtre commissaires révolutionnaires, comité de salut publi< bunaux militaires , état de siège ; — emprunts forcé les riches, réquisitions, spoliations, confiscations ; — gnats déguisés sous les noms de bons du trésor, de 1 de la Banque, etc. ; — fonte de cloches en canons, c talions d'églises, — ateliers nationaux et jusqu'à un ment d'enfants de sept à douze ans, sous le nom de ht ion de VEspéranee, pour singer Yécote de Ma 1793. Hélas! il n'y a absolument rien de nouveau touttela; impossible d'apercevoir dans ce triste cal< plus légère trace de transformation , encore moi régénération.
M. Mazzini proclame les principes suivants a formant la base de son système d'économie soc « Nous ne voulons pas détruire , mais améliorer ; pa » placer, transporter V activité et V aisance c * classe dans une autre, mais ouvrir de larges » d'activité et d'aisance à tous 1 . » Et ailleurs en « Une s'agit pas de détruire, d'abolir, de tran, » ter violemment la richesse d'une classe à » autre 2 . »
1 Democrazia , p. 233. — 2 Ibid., p. 280.
Et cependant il n'a pas fait autre chose à Rome. Citons es décrets suivants :
— û Les biens domaniaux des corporations religieuses seront répartis en portions suffisantes à la culture entre des familles pauvres, moyennant une redevance modique (susceptible de rachat) envers l'administration du domaine. »
— a Tous les dépôts d'argent appartenant aux institutions de mainmorte , tant chez les particuliers que dans les caisses publiques, seront versés dans les caisses du gouvernement républicain pour être appliqués aux besoins de la patrie. »
— • Tous les biens ecclésiastiques sont déclarés propriété de la république. »
— « Confiscation du palais du saint-office et de plusieurs autres édifices pour y loger des familles pauvres. »
— « Emprunt forcé de 17 millions sur les riches, les capitalistes , les négociants , les sociétés industrielles , les corporations religieuses, les propriétaires, avec institution dans chaque chef-lieu de province de commissaires pour recevoir les dénonciations, en juger et taxer. » Bientôt après, « nouveau décret portant une augmentation de 25 0/0 pour ceux qui n'auraient pa§ payé dans le délai de ' quinze jeurs. »
Nous pourrions citer beaucoup d'autres mesures portant le même caractère.
Eh bien! qu'est-ce que tout cela, siuon une transposition violente de ia richesse d'une classe, dans une autre? Qu'est cela, sinon prendre aux uns pour donner à d'autres, chose encore moins que nouvelle et
qui ne s'est praliquéo que trop souvent? Il n'est pas besoin de se poser comme le plus grand réformateur du inonde pour en arriver là. M. Mazzini prétendrait-il par hasard avoir inventé la confiscation et la spoliation?
Ce caractère spoliateur est celui qui marque le plus généralement les actes de la république romaine. Et comme le ridicule aussi est fatalement inhérent à la secte mazii« niste, nous en trouvons un exemple assez plaisant à propos précisément de spoliations. Dans la séance du 18 février 1849, à rassemblée des représentants romains, le bruit courait qu'une protestation du pape était arrivée de Gaëte. Le ministère est sommé de la faire connaître ; Carlo Rusconi , ministre des affaires étrangères , en donne lecture. Aussitôt après le minisire de la guerre, Campello, se lève et s'écrie emphatiquement : « Vtnctintt sacrée de la «représentation nationale ayant été souillée parvette » lecture, je demande une loi décrétant la confiscation '> de tous les chevaux des soi-disant palais apostoli- » ques et de tous ceux des gardes-nobles, pour être appli- » qués au service de l'artillerie républicaine. » Cette loi fut votée d'enthousiasme. Reste maintenant à expliquer comment la confiscation d'un certain nombre de chevaux pouvait avoir pour effet de purifier une enceinte sacrée. Quant à nous, nous n'aurions jamais soupçonné dans un pareil fait la moindre propriété lustrale.
Le dictateur romain s'est-il du moins réellement occupé , — comme il s'en vante si souvent , — de l'amélioration du sort des classes pauvres? Consultons à ce sujet l'historien Farini , témoin oculaire, — car il se trouvait à Rome en 18/i8-/i9 : «S'il (Mazzini) captait la tourbe
• des oisifs et des oriards par des aumônes jetées sous » semblant de travaux (les ateliers nationaux), il ne pourvoyait nullement, — et il était d'ailleurs impuissant à » pourvoir, — au soulagement de la modeste et honnép » pauvreté *. • Nous nous en étions déjà douté; M. Maz- «ni , — comme tous les grands agitateurs , — avait son peupte à lui , et il ne s'occupait que de celui-là. D'an autre côté , Gioberti nous édifie sur ce qu'il faut penser de ses bruyants et continuels élans d'amour et de sollicitude pour les masses souffrantes. « On devrait croire » que les mazziniens adorent le peuple, s'il suffisait pour » cela d'en avoir toujours le nom à la bouche, sans s'oc- » cuper de ses besoins. Mais (filtre qu'ils veulent faire de
» f Etat un monopole au profit de ieur secte, ils ne » cherchent à changer le gouvernement que dans l'unique » but de le saisir entre leurs mains. Je ne vois pas que «jusqu'à ce moment l'amélioration du sort du peuple ait » occupé leurs pensées ni leurs plumes 2 , »
M. Mazzini, qui s'est adjugé la qualification de Moïse italien , a-t-il du moins promulgué quelques-uns de ces nouveaux et lumineux principes qui consacrent la gloire du législateur? Tous ses titres, sous ce rapport, se bornent à ce qu'on va lire , et qui est consigné dans son Monitore romano (mars 1849) : «L'unique légalité » dans les révolutions consiste à INTERROGER , A de-
» TINER LA VOLONTÉ DU PEUPLE ET A L'ACCOMPLIR î ! ! »
Tbflà donc le critérium de ses idées en matière de législa-
1 Stato Romano , v. m, p. 39 3.
3 Rinnovamento , p. isa.
tion et de justice : — une vieille et détestable maxime qui ouvre la porte à tous les caprices, à tous les excès de l'arbitraire révolutionnaire!
% Le grand visionnaire, — dans ses tirades élhérées, —a l'air de planer fort au-dessus des intérêts terrestres, da grossier matérialisme, qu'il anathématise si souvent avec une sainte indignation. C'était bien le cas de prêcher, â Rome, ces belles théories d'abnégation et de désintéressement , et surtout de veiller à ce qu'elles fussent mises en pratique ; car sa république a offert les plus scandaleux exemples d'avidité et de rapacité qui jamais aient affligé les regards. Ce fut une ardeur surhumaine à la curée des portefeuilles, des sièges parlementaires rétribués, des places de toutes sortes, des grades militaires, des émargements budgétaires, etc. , etc. Et l'exemple de cette frénésie d'appétits était donné de haut. La presse des solliciteurs était telle, qu'on avait été obligé d'instituer une commission pour examiner les titres des solliciteurs. Eh bien! à peine installée, cette commission avait déjà reçu soixante demandes de places de la part des membres de l'assemblée des représentants romains , — et ils n'étaient en tout que cent cinquante '. Le cynisme cupide fut porté si loin qu'on vit, chose inouïe ! — un député élu dans deux collèges réclamer double indemnité !
Parlerons-nous des prostitutions d'emplois, — et des plus élevés, — à des gens d'une renommée plus que douteuse (nous sommes très -modéré en nous exprimant ainsi) , du mépris de toutes les conditions d'avancement,
1 Farini , Stofo Romano, v. m, p. 263.
(e toutes les règles concernant la capacité et la spécialité? L'autocratie démagogique s'exerçait là dans toute son étendue discrétionnaire ; on disposait des places comme de la vie et de la fortune du commun des citoyens. Faut-il citer, — entre une foule d'autres , — un épicier promu d'emblée au grade de colonel dans l'armée? — Un mazziniste, ex-coiffeur, — et, ce qui est bien autre chose, — ayant de très-fâcheux antécédents judiciaires, — devenant ministre, puis lieutenant général; un ex-médecin, un homme flétri sous toute espèce de rapports , arrivant à être membre du gouvernement provisoire, ministre, puis inspecteur général des monuments publics « ? Et à ce propos nous ferons une réflexion. Les ultradémocrates ont assez crié, Dieu merci , contre les privilèges de l'ancienne noblesse, qui s'était arrogé un droit sur tous les emplois civils et militaires/ Maintenant nous demandons en quoi peuvent gagner le mérite , la capacité , à ce que les fonctions publiques soient attribuées au privilège des opinions de (a veille, au lieu de l'être , comme jadis, au privilège de la naissance ? Et nous ajouterons : Quel véritable progris y a-t-il de l'ancien gentilhomme qui était colonel-né, à un épicier avancé arrivant de plein saut en tête d'un régiment? C'est toujours en réalité le même abus avec un simple changement de nom.
1 Le nommé Sterbini ; c'est lui qui, daiis son journal le Contemporaneo, provoqua ouvertement au meurtre du ministre Rossi, et qui eut en outre l'infamie de composer l'hymne destiné à célébrer cet odieux assassinat. F. Gualterio a dit de lui : « H résulte de la découverte des rapports adressés au ministre Del Caretto que Sterbini, ce prétendu grand patriote, faisait naguère de l'espionnage pour le compte du gouvernement napolitain. »
134 MAZZLNi
Faut-il une autorité à l'appui du tableau que nous tenons de tracer de tant de cupidités éhoritées ? Nous invoquerons celle d'un ministre même de la république romaine. Le 26 mars 18M), le chef du département de la guerre publiait un ordre du jour ainsi conçu : a Les de- » mandes de grades dans l'armée augmentent chaque » jour a un point honteux. Non-seulement il est im- » possible de satisfaire à toutes, mais cela ne se doit pas, » Encore un témoignage qu'on ne saurait révoquer en doute, celui du général Guillaume Pépé, depuis un demi-siècle vétéran, — d'autres disent Don Quichotte,— de la démocratie italienne : « Les clubs, dit-il, prétendaient exercer, une » influence sur la distribution des emplois et surtout des » grades militaires. De soi-disant patriotes demandaient à » entrer dans l'armée avec des grades supérieurs , si » militaires, ils réclamaient de l'avancement en se faisant » appuyer par des sociétés patriotiques. Ce mat à Rortie » fut porté à V excès, et c'en fut assez pdttf détruire «toute discipline, toute organisation 1 . » Et combien d'autres exemples ne pourrions-nous pas citer d'ambitions d'autant plus arrogantes, d'autant plus âpres, qu'elles étaient moins justifiées 2 !
1 Vltalia, p. 123.
2 Et c'est après avoir donné des preuves si éclatantes de la modération de ses appétits, de la réalité de son désintéressement, c'est après avoir laissé * ^- à la chute de la république routante, — les caisses publiques dans l'état que chacun sait ; c'est j dlsions-nouS , après des précédents si honorables pouï lui, Qtie le parti mtefcmién oBê jeter à la face du clergé cathode, de la Itolitiqne française, de ses adversaire» politiques^ efc.,enurt Wotj à la fare de tout |ç monde , le rVproc he de tout réduire 1 à des que*-
Il a été question tout à l'heure des clubs; comme c'est une institution désastreuse , et en outre une vieillerie des plus décrépites, on pense bien que le grand novateur ne pouvait pa^ manquer de s'y attacher. Il en avait donc inondé la péninsule en 1848-49. Ce qu'ils ont produit, on le sait ; tant il est vrai que rien ne peut provenir de cet homme fatal qui ne soit funeste au plus haut degré à son pays. Au surplus Guii'aume Pépé se charge également de nous édifier sur ce point. « Les clubs, dit-il, ont été la « cause de grands maux dans toute l'Italie 1 . »
Toyons à présent comment le célèbre abbé démocrate Gioberti juge l'ensemble de la république romaine : « Le » gouvernement temporel du pape était légitime, parce » qu'il avait été accepté récemment N par les Romains, et » voulu far tous (es peuples italiens. Il n'en était » pas de même de la république, sur laquelle on au- » rait dû consulter la nation avant de l'adopter... La pre- » mière errejur fut donc ta république, la seconde » le choix de son chef. L'équité, les convenances, la » politique, conseillaient également de ne pas élire Mazzini, » qui n'avait contribué en rien à la partie la plus excu- » sable (c'est Gioberti qui souligne ces mots) du mouve-
tions de boutique. Comme s'il n'était pas bien connu aujourd'hui que les révolutions ne sont souvent qu'une affaire de commerce , et môme d'assez vilain commerce.
1 Vftalia, p. 187.
» ment romain, et venait se placer comme dans une niche » que d'autres avaient préparée. Si les sectaires de son o parti, en semant la mésintelligence entre les modérés et » le souverain pontife, et en excitant des désordres, » avaient conduit les choses à l'extrême ; s'ils s'étaient » publiquement réjouis de la mort de Rossi et avaient » prodigué leurs applaudissements à l'assassin , la plus » simple convenance devait empêcher d'élever sur le pa- » vois leur chef, bien que personnellement innocent du » forfait. La politique enfin prescrivait de choisir un » homme habile, expérimenté, capable de se faire obéir, » qui ne fût un objet de haine et d'effroi pour personne, » et tel qu'il pût inspirer la confiance générale. Mazzini » ne possédait aucune de ces qualités et avait la réputa- » tion de fanatique et perpétuel conspirateur; il repré- » sentait aux yeux de beaucoup de gens tout ce que l'on » peut imaginer de plus excessif en matière de révolution; » il mettait en défiance les sages, effrayait les .timides et » excitait la plus vive répulsion chez les personnes reli- » gieuscs, justement épouvantées de voir un ennemi pro- » nonce du culte catholique appelé à gouverner la cité » sainte et le centre du catholicisme... De telle sorte qu'une » république dirigée par un tel homme, au lieu drapai - » ser les opposants, devait soulever contre elle tous ceux » qui n'ont pas de goût pour la domination des déina- » gogues 1 . »
Et l'intervention française à Rome en 1849, que M. Mazzini n'a cessé de poursuivre de ses injures et de ses ca-
1 Hinnovamento , v. i, p. 3r>8, 360, 361.
lomnies, c'est encore le démocrate Giobcrti qui se charge de la justifier et de prouver que le grand anarchiste italien en fut la cause déterminante. m
« Ennemi absolu de toute espèce de monarchie et vou-
» tant réduire le monde entier en république, Mazzini ne se
» serait certainement pas contenté dejcelle de Rome, mais
» de là, comme d'un centre, il aurait conspiré contre
» tous (es souverains. Maintenant, comment cela au-
>■> rait-il pu convenir aux gouvernements d'Italie et d'ail-
» leurs, chacun le comprendra ; d'où il était facile de pré-
» voirque sa bannière arborée dans la ville éternelle de-
» vait réunir tout le monde pour ta destruction
» de ta nouvelle république romaine, et détermi-
» ner la France elle-même à éteindre un incendie
» menaçant à la fois pour Vltalie et pour tous les
» pays qui l'environnent. En effet l'intervention eut
» lieu, non pas tant contre le principe démocratique, que
» contre ia démagogie incarnée dans Mazzini,
» d'autant plus que celui-ci était tenu pour s'entendre par
» delà les Alpes avec les sectes dangereuses à la propriété
» et à la famille. Beaucoup de ces inconvénients eussent
» pu être évités si le gouvernement de l'État romain avait
» été confiera des hommes connus par leur sagesse gou-
» vernementale ! . »
C'est donc en vain, monsieur Mazzini, que vous essayez d'élever sur un piédestal votre triste république romaine.
1 Rinnovamento, v. i, p. 361.
138 MAZZIXI
Les arguties de langage, les phrases Fonorcs, les soufflets audacieux à la vérité, n'y peuvent rien faire ; ce chaos taché de sang, ce résumé de toutes les folies et de tous les excès démagogiques, est irrémissiblemont condamné par quiconque porte un cœur honnête et possède une ombre de jugement II y a eu, à la vérité, dans les fastes révolutionnaires des dernières années en Italie une page honorable, mais cette page, ce n'est pas vous qui l'avez tracée, c'est la république de Venise. Là, en effet, — toute question d'opinion à part, — - il faut reconnaître que les choses se sont passées avec une espèce d'ordre. Là, — sauf deux ou trois cas, et peu graves encore, — point de ces soulèvements, de ces violences populaires, — point de ces inso- „ lentes tyrannies de ruisseau, — point de ces dérisions ou de ces profanations sacrilèges, — point de ces exactions, de ces spoliations, de ces rapacités inassouvissables et effrontées, — point surtout de ces orgies sanguinaires qui ont flétri l'anarchie mazziniste trônant à Rome. Là, il y a eu véritable fraternité entre toutes les classes, courage, dévouement de sacrifices, et cela sans fracas de phrases, sans bulletins d'une hyperbole poussée jusqu'à la démence 1 , sans vantardises outrées et ridicules de soi-même.
Le dictateur vénitien, Daniele Manin, ne s'était pas posé en ennemi de la religion de son pays; le 6 novembre 1848,
Le bulletin publié par le triumvirat sur l'affaire du 30 avril 1849, disait « que les Français avaient perdu plus de quinze cents hommes. » La suite a dignement répondu à la véracité de ce début. On a calculé qu'en additionnant le nombre des soldats français tués pendant le siège de Rome. . . dans les bulletins et les journaux mazziniste s, on arrivait à un chiffre d'environ quarante mille.
il faisait prier le saint-siége de bénir les armes de Venise. Dauiele Manin, — lors de l'assaut de Vicencc par les troupes autrichiennes, — s'était mis à la tête des siens et payait bravement de sa personne. Vous a-l-on jamais vu, vous, monsieur Mazzini, sur le lieu d'un combat? Et veuton savoir pourquoi la république vénitienne a gardé ainsi une réputation respectable? C'est qu'elle avait repoussé tout contact, toute alliance, toute complicité avec le parti mazzinisle; c'est qu'elle avait soin d'expulser de son ter** ritoire tous les agitateurs connus pour appartenir à cette secte *. Son envoyé à Rome, Castellani, n'entretenait que des relations très- froides avec le gouvernement romain, et il refusa constamment d'acquiescer à l'idée favorite des anarchistes péninsulaires, — celle d'une Constituante, autrement dit, d'une assemblée ayant pouvoir de régler les destinées générales de l'Italie.
Aujourd'hui encore Daniele Manin donne des leçons à Pex-lriumvir romain, en supportant l'exil avec calme et dignité, en ne faisant pas chaque jour h grand bruit son propre panégyrique. M. Mazzini ne comprend pas, lui, ce calme et cette convenance de tenue ; il ne comprend pas que quand on a eu une fois, — • ne fût-ce que par hasard, -~ l'honneur d'être placé à la tête du gouvernement d'un peuple, cet honneur impose des conditions auxquelles on est tenu de ne point faillir, sous peine de prouver qu'on n'était pas digne d'occuper une si haute position. Et c'est ce qui arrive lorsque l'on reprend, — commo l'a fait M. Mazzini, — les habitudes de conspirateur, d'agitateur,
1 Biànhii-Giovini. Ouvrage cité, p. lOfi.
— qu'où se mêle à la tourbe des brouillons vulgaires, — qu'on assourdit le monde de son apothéose personnelle, — qu'on se livre enfin aux plus folles, aux, plus déplorables excentricités d'actions et de paroles.
M. Mazzini ne comprend pas davantage les devoirs que l'âge impose, car l'âge aussi, — de même que de hautes fonctions remplies, — commande une certaine dignité. Comment l'incorrigible machinateur de bouleversements ne sent-il pas que les effervescences de l'agitation juvénile, continuées alors que les cheveux blanchissent, deviennent encore plus tristes, plus inexcusables? La bohème politique, — aussi bien que la bohème littéraire, — ne va tout au plus qu'à la jeunesse.