‹ Lettres de Joseph Mazzini à Daniel Stern [pseud.] (1864-1872) (volume 2)Chapitre 18 sur 27 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

i/entourage mazzinien.

U nous semble que, sur ce chapitre, c'est un devoir pour nous de laisser entièrement la parole à des appréciateurs italiens.

Gioberti : « Certains individus adhèrent au grand agi- » tateur par amour pour la bannière, sans se rendre es- » claves de ses volontés ni jurer par ses paroles, et ccux- » là ne sauraient être comptés parmi les vrais sectaires. » D'autres sont des hommes sans aucune valeur, qui, — » pour valoir quelque chose et faire un peu de bruit, — » ont besoin d'appartenir à une secte et sont contents » d'avoir un chef qui les dispense de s'instruire, de tra- » vailler, de penser par eux-mêmes. D'autres sont de ces » mécontents qui aspirent à se refaire en péchant en eau

» trouble, et qui en conséquence s'attachent naturelle- » ment à qui professe des doctrines subversives. D'autres, » — et ce sont peut-être les plus nombreux, — sont des » cerveaux faibles mais exaltés, qui aiment les idées super- . » latives et inclinent par instinct vers celui qui les professe » et sait le mieux flatter leurs fantaisies 1 . »

F. Gualtebio : « Il est notoire d'autre part que Mazzini » s'entourait d'hommes perdus dans l'opinion, de déma- » gogues, d'individus enfin tels qu'ils suffiraient pour ter- » nir la réputation la plus intacte et ruiner la cause la plus » sainte 2 . »

Farini : « Le Mazzini a toujours montré une grande » indulgence pour les vices, et trop souvent aussi pour les » ^scélératesses (scetcrcttezze) de ses séides 8 . »

Bianchi-Giovini : « Comme nous ne connaissons pas » personnellement M. Mazzini , et que nous ne pouvons » que le juger sur ses œuvres, nous acceptons sans res- » triction ce qu'assurent ceux qui yerhibent testimo- ') nium de eo, et qui le donnent pour un galant homme, » un homme de bonne foi. Mais nous voudrions qu'ils » nous aidassent à résoudre une difficulté. Comment un ») honnête homme peut-il se lier avec une troupe de gens «^dissolus? Comment un honnête homme peut-il s'ac- » commoder de vivre avec des gens de toute face et de » toute couleur? Si parmi les suivants de Mazzini il y en . » a de vertueux et d'honorables, le plus grand nombre

1 Rinnovamento , vol. i, p. 340.

2 Gli ultimi Rlvolgimenti , p. 640.

3 Stato Rom., v. ni, p. 313.

» cependant n'appartient pas à cette classe; c'est une » bande d'aventuriers venus on ne sait d'où , allant on ne » sait où, vivant on ne sait comment II y a des. . . .

o des individus ne reconnaissant aucune loi, aucune disci- » pline, qui crient à bas les autres pour s'élever eux-rnê- » mes ; — qui crient : Vive la liberté ! pour la confondre » avec la licence; — qui crient: Vive la république ! pour » Téchangf r contre le dérèglement, — et qui, partout où » il§ vont, portent le désordre et l'anarchie *. »

Nous avons supprimé dans le passage ci-dessus certaines catégories qui nous ont paru peintes avec un peu trop de .crudité, et cela parce que nous n'avons aucun goût pour les personnalités injurieuses , surtout lorsque , en notre qualité d'étranger , nous manquons, — comme dans le cas dont il s'agit , — de moyens pour en constater l'exactitude.

M. Mazzini se plaît souvent à répéter que son système est de donner pour chefs aux peuples le Génie et ia Vertu (Duci il Genio e4a Virtù). Quant à ia vertu, il

1 Mazzini, etc., p. il 2. — Un journal de la secte ayant, à propos de ce tableau du parti mazzinien, reproché à Bianchi- Giovini d'avoir méconnu « la véritable fleur de l'Italie, » celui-ci répondait plaisamment : « Hélas! si c'est là la fleur de l'Italie, que serait donc Vherbe ! »

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nous sera sans doute permis de dire qu'elle ne semble pas précisément faire le fond principal des portraits tracés cidessus. Bianchi-Giovini affirme d'autre part que pour obtenir la confiance du grand idéologue et être admis parmi ses intimes, il suffit de se présenter à lui « avec une longue « barbe, des cheveux ébouriffés, des yeux roulant dans • leur orbite , et la bouche pleine de grandes phrases, » Or aucun moraliste, aucun physiologiste, n'a encore dit, que nous sachions, que ce fussent là des signes caractéristiques de la. vertu. Laissons donc celle-ci de coté , et passons au Génie.

Le génie de M. Mazzini doit être sans doute suffisamment connu déjà de nos lecteurs, c'est une question jugée. Cherchons les autres génies autour de lui. Nous nous arrêterons à un que nous pouvons apprécier d'après ses œuvres, — M. Carlo Rusconi, ex-ministre des affaires étrangères de la République romaine. Nous avons déjà dit qu'il en avait écrit l'histoire. M. C. Rusconi avait débuté précédemment par être littérateur, et littérateur médiocrement heureux , à ce qu'il paraît. II avait entre autres publié, vers 1845, — si nous ne nous trompons, — une compilation intitulée Scènes de ia vie de Louis XVI ', dans laquelle il traitait assez mal les tribuns révolutionnaires, les démagogues, les ômeutiers, les actes de violence et de spoliation , elc. ; — en un mot, — tout ce qu'H a depuis admiré à Rome en 1848-49. Mais des contradictions n'étaient pas, — comme on le pense, — pour déplaire à M. Mazzini, qui fit de M. C. Rusconi un ministre.

Nous ouvrons les deux volumes de la RepubUca Ho-

manu, par le même, et nous voyons que l'auteur se proclame tout d'abord révolutionnaire-socialiste , et des plus avancés. Puis il en vient à parler du gouvernement provisoire de la République française en 1848, et s'en montre peu satisfait. Mais on ne devinerait jamais quel est son grand grief contre lui; ce grief, le voici: «Un -des membres de ce gouvernement ne s'est-

» il pas avisé de parler à la France du respect dû à » l'autorité 1 1 » Voilà ce qui révolte M. C. Rusconi; » coihme si, ajoute-t-il, l'autorité existait encore de » nos jours 2 1 » Et plus loin : « Quand vous venez à » cette heure parier d'autorité, vous faussez toutes » les idées du peuple, vous faites reculer {'Europe » de trois siècles, vous n'appartenez pas à la revoit iution. Si vous voulez l'autorité, vous ne voulez » pas la liberté * , » etc. , etc. La Constitution romaine, — votée en 1849 sous le triumvirat mazzinien , — n'a pas non plus l'assentiment complet de M. C. Rusconi; il lui reproche d'être... trop peu démocratique! Par exemple, au sujet du paragraphe II qui était ainsi conçu : * L'association sans armes et sans un but de délit » est libre, » l'auteur dit : « Il s'agit évidemment ici » d'associations politiques, de délits politiques, c'est-à-dire

» de renversements violents des ordres constitués

» Qu'un gouvernement né d'une révolution appelle délits » les tentatives de mouvements politiques, c'est-à-dire les

1 Repub. Rom., p. 15.

2 Ibid.iV. 15.

3 Ibkl, p. 16*

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» révolutions, c'est ce qui en contredit, l'origine,

» c'est ce qui n'a pas de sens Le prestige de i'auto-

» rite étant détruit, toutes (es révolutions deviennent » légitimes; en condamner une c'est les condamner » toutes, etc. *. » Ailleurs M. C. Rusconi reproche encore à la Constitution romaine de n'avoir pas remis les fonctions judiciaires, les grades dans l'armée, en un mot, . tous (es emplois publics à la nomination directe du peuple souverain 1 . En voilà bien assez, ce nous semble.

Eh bien ! le Génie politique dont on vient de voir les belles maximes, était , — de par M. Mazzini, — un des principaux ministres de la République romaine !

D'après celui-là qui était placé en tête, on peut juger des autres.

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