CHAPITRE XIII
LA PRESSE MÀZZINIENNE.
Notre intention avait été d'abord de présenter de nombreux extraits des journaux démagogiques en Italie depuis 1848 ; mais outre que ce tableau serait fort peu attrayant, il ne se rachèterait pas même par l'originalité , attendu que les feuilles mazziniennes n'ont fait que se traîner sur la voie des Père Duchêne et des Fils Duchéne qui ont ' paru en France et ailleurs dans l'espace de ces soixante dernières années. Quant aux qualités constituant ce qu'on appelle le talent de publiciste, on n'en retrouve pas l'ombre dans ces pâles publications dont le style d'ailleurs , d'une nauséabonde grossièreté, paraît constamment emprunté à la polémique des jours gras '. Nous nous con-
1 Voici comment deux célèbres écrivains politiques d'Italie apprécient cette môme presse mazzinicnne :
Massimo d'Azeglio : « La presse affranchie s'élança comme un » torrent débordé et inonda l'Italie de ce déluge de misères po- » Htiques et sociales que tout le monde peut voir, et qui ont plus » que jamais divisé les esprits, troublé le sens du peuple, révélé » à nos ennemis beaucoup de choses qu'ils ignoraient , et donné » une bien pauvre idée de nos publicistes (sauf quelques excep- » tions) à l'Europe civilisée. » (Scritti politici, p. 484.)
Gioberti : « Une tourbe de folliculaires grossiers, ignorants, » inhabiles, présomptueux, très-insolents (insolent issimi). » (Rinriovamento, v. i, p. 249.)
— Bianchi-Giovini ne s'attache, lui, à signaler que le côté niai»
1*0 MAZZIM
tenterons donc d'offrir quelques spécimens fort courts, en commençant par le suivant emprunté à on article de journal mazzinien qui parut à Rome le lendemain de l'assassinat du comte Rossi :
« La soirée qui a suivi le meurtre de M. Rossi a été » UNE véritable fête italienne! ! ! Des rassemblements » nombreux se sont formés ; ils parcouraient les divers » quartiers de la ville en criant : Vive la constitution ita- » benne! vive le peuple ! vive le poignard de Brut us! » vive l'union ! vive le ministère démocratique! vive Flta- » lie républicaine 1 . »
— « H faut agir par la force pour ramasser de l'argent, tout de suite et beaucoup; il faut le prendre où il su
et ridicule : « En fait de déclamations , dit-il , les journaux niazzinjens de Rome et de Toscane (mars 1849) en contiennent tant, que si chacune pesait seulement un grain de sable, elles suffiraient pour lapider cent mille Radetzki. Quand on lit ces journaux hyperboliques , on croit rêver ou se trouver au milieu d'un hôpital de fous. L'un vous trouve cent millions d'écus avec autant de facilité que s'il s'agissait de ramasser des cailloux sur le bord d'un .fleuve; l'autre vous met^ur pied une armée de 500,000 hommes en aussi peu de temps qu'il en faut pour écrire ce chiffre sur le papier. Un troisième célèbre la glorieuse république romaine, et rêve déjà la conquête du monde, comme si le monde n'était qu'une dragée à jeter dans la bouche d'un enfant; et ces extravagances et bien d'autres encore s'écrivent avec le même sérieux que Swift a pu en mettre à écrire l'histoire de Gulliver et du pays de Lilliput. O mon pauvre pays de Lilliput! qu'as-tu fait de ton bon sens , et où s'en est allée également la cervelle de ton Mazzini, qui s'est fait le prophète des Lilliputiens! » (Mazzini e le sue utopie, p. 115.)
1 Histoire de la Révolution d* Rome, par Al. Balleydier, v. i,
trouve, sans trop d'hésitation, attendu que toute autre pratique financière ne répondrait pas à l'urgence des besoins. » {La Costituente, journal toscan, du 21 février 1849.)
— « Pour combattre l'ennemi étranger, il faut ne pas avoir à craindre que l'ennemi intérieur nous dresse des embûches et nous menace par derrière. La conscience de la cause impose la nécessité et le droit de la victoire , et rend légitime et sacrée toute espèce de moyens. (VAlba, février 1849.)
Il nous semble que ces petits extraits peuvent dispenser de plus amples citations.