‹ Lettres de Joseph Mazzini à Daniel Stern [pseud.] (1864-1872) (volume 2)Chapitre 26 sur 27 · MA2Z1NI · texte numérisé non relu

MA2Z1NI

comité de salut pcblic créé le 13 janvier 1849, et siégeant au palais Madama? — « véritable tribunal d'inquisition, » dit Farini. Qu'était-ce donc que la commission militaire établie le 7 mai suivant pour juger rapidement tout complot, même non consommé, ayant pour but de renverser f ordre établi (texte du décret d'institution), et dont les jugements sans appel étaient exécutoires dans les vingt-quatre heures? (M. Mazziiii dit lui-même, dans une proclamation en date du l\ mai 1849, que cette commission militaire doit juger tous les faits de sédition, de réaction, etc. , et l'on sait si ce dernier mot est élastique en langage révolutionnaire.) Qu'était-ce que la mise en état de siège de Rome dans les derniers jours d'avril? Qu'était-ce que le COMITÉ DE surveillance érigé par les tyranneaux de clubs, sous la présidence d'un Sterbini, lequel comité, dit Farini, * dressait des listes de proscription et osait les publier dans les journaux ! ? » Et c'est en présence de tous ces faits authentiques que vous mettez au défi de citer un seul tribunal exceptionnel? Sur le front de qui, nous le demandons maintenant, doit rester imprimée la flétrissure du nom de menteur ?

« Citez, criez-vous encore, un seul journal suspendu » par ordre du gouvernement? » Et qu'avait-il besoin d'intervenir, ce gouvernement, quand vos sous-apôtres de liberté frappaient mortellement le journaliste réactionnaire Ximènes, quand, — par leurs soulèvements menaçants , — les rédacteurs à» Labaro étaient forcés de

1 Lo stafo Romano, v. m, p. am».

cesser leur publication et d'abaisser leur plume devant le stylet anarchiste?

Voyons la fin de vos imperturbables défisb... la vérité.

« Citez tes lois organisatrices de ta terreur > citez » les 'proclamations féroces, citez les victimes. » Les lois ! Nous savons bien qu'il n'y en avait point , et qu'il n'en existait pas d'autres que l'arbitraire effréné de la tyrannie sectaire. L'historien Farini qui en avait fait l'expérience nous l'apprend suffisamment d'ailleurs, <■ Mazzini, » dit-il, gouvernait Rome avec des mysticités philanthro- » piques, renforcées par LA terreur qxie (es sectaires » savent inspirer*. »

« Citez tes proclamations féroces. » Eh bien! monsieur Mazzini, comment expliquerez-vous la suivante, qui porte la date du 20 mai 1849, et qui est signée de vous et des deux nullités qu'on appelait vos collègues au triumvirat : « Il faut que les préfets et les commissions extraordi- » naires organisent l'insurrection... Il faut aux périls ex- » irëmes des pouvoirs exceptionnels, des remèdes » extrêmes... Qui ne combat pas, d'une manière ou » d'une autre, l'envahisseur étranger, soit couvert d'infa- » mie î Qui, — ne fût-ce que pour un instant, — tra- » h ira son parti, perde à tout jamais son titre de citoyen » et la vie. Qu'il soit puni, celui qui abandonnerait aux » ennemis un matériel de guerre; puni celui qui ne » s'applique pas à leur arracher {es vivres, le lo- » fjement et te repos; puni celui qui, le pouvant, ne » s'éloigne pas du sot que foule le pied d'un en-

1 Lo Stafo Homono, v. in, p. .156.

» nemi. Étendons autour de toute armée qui ne porte pas » notre drapeau un cercle de feu et le dvsert.

» La république, douce et généreuse jusqu'à présent (!!), o se (ère terrible dans ses menaces. »

Si ce n'est là « une proclamation féroce, » où en trouver?

« Chez les victimes. » Eh! les taches de sang qui rougissent encore le sol de Rome et de ses provinces ne les citent-elles pas suffisamment?

Qui pourrait croire qu'à la fin de cette lettre si incroyablement pleine.de véracité d'un bout à l'autre, M. Mazzini lançait contre une foule de personnes des plus justement considérées en France, — minisires d'alors, ex-ministres, diplomates, notabilités parlementaires, généraux , etc. , — l'apostrophe suivante (précédée d'ailleurs d'un torrent d'outrages du plus bas aloi) : « Men- » songe dans les assertions fondamentales ; mensonge » dans les faits particuliers; mensonge chez vous, men- » songe chez vos agents; — mensonge, — je rougis de » le dire pour la France que vous avez entraînée si bas, » — chez ceux qui devraient être les derniers à oublier » les traditions de l'honneur, chez les chefs de votre ar- » mce. Vous avez vaincu par le mensonge, et vous cher- » chez à vous justifier par le mensonge... Vous avez » menti, tous, messieurs, depuis le premier d'entre » vous jusqu'au dernier de vos agents, » etc., etc. Et pour que rien ne manquât à cette interversion inouïe des posiiions et des réalités, le véridique auteur de la vêridique lettre se rendait pieusement à lui-même le témoignage suivant : « J 'emporte avec moi dans l'exil le

» calme serein d'une conscience pure; j'ai combattu et » combattrai toujours le mensonge, quelque soit le » masque dont il se couvre. . . Je puis lever tranquille- » ment mon regard sur autrui, sans craindre de ren- » contrer quelqu'un qui me dise : Tu as sciemment » menti, » etc., etc.

M. Mazzini tonnant contre te mensonge, et vantant son amour immaculé pour la vérité!!!

Voilà de ces choses qui ne se qualiûent pas, caries mots , — même les .plus énergiques , — y suffiraient à peine.

Nous allions oublier de faire observer que le même M. Mazzini est dans l'habitude de s'intituler l'apôtre DU vrai (apostolo del vero) , souvent même , de l'éternel vrai (eterno vero)!!!

îs.

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