M. MAZZINI JUGÉ PAR LES SIENS
Nous ayons dit que tous les hommes qui jouissent en ce moment de la plus grande notoriété politique en Italie, appréciaient justement M. JVIazzini suivant ses mérites; et pour que la condamnation ne pût pas paraître suspecte ni être taxée de partialité, nous avons eu soin de recueillir les jugements , — non du parti désigné sous la qualification de rétrograde , de réactionnaire , — mais , au contraire, ceux de la fraction qui passe pour être très- avancée. De plus, les gens dont nous allons citer le témoignage ont toujours été réputés pour ardemment dévoués à l'Italie, et, — comme on dit à présent par delà les monts
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quand il s'agit d'exprimer le nec plus ultra de l'amour patriotique, — proclamés Italianissimi.
— C'est par exemple le célèbre abbé Gioberti , à qui ou a pu reprocher son inconsistance et ses variations politiques, les aberrations antireligieuses dans lesquelles il s'est laissé entraîner par sa jêsuitophobie, mais qui a toujours conservé, du moins, un honorable caractère comme homme privé , joint à la renommée d'une haute intelligence et d'un talent distingué d'écrivain.
- — C'est Guerazzi, esprit brillant, fougueux, ne manquant pas au besoin de justesse et de lucidité, bien connu comme auteur de YAssedio di Firenze, de la Batlaglia di Benevento, etc., et malheureusement aussi à litre de dictateur de la Toscane révolutionnaire ; — un de ces hommes comme on en a tant vu de {put temps et surtout h notre époque, — qui, possédés d'une ambition effrénée, se jettent dans les exagérations démocratiques pour arriver de haute lutte au pouvoir , — mais aussi un de ces hommes comme on en voit peu dans cette classe, qui, doués de bon sens pratique, comprennent, une fois parvenus à la tête des affaires , l'impossibilité de gouverner avec des principes purement démolisseurs et négatifs , et s'efforcent en conséquence de revenir aux bases éternelles de l'ordre ; — ou , pour nous servir d'une pittoresque métaphore bien connue : ex-incendiaire essayant de se faire pompier ; — bonne voloiTté tardive, nécessairement stérile , mais dont il est juste tout au moins de tenir quelque compte.
— C'est iMassimo d'Azeglio, naguère exilé pour l'indépendante hardiesse de ses opinions; et qui , par une ex-
ception assez rare en ces temps d'étroites spécialités , s'est montré tour à tour peintre, romancier, écrivain politique, militaire, homme d'État; Massimo d'Azeglio, récemment encore ministre en Piémont; — un des chefs les plus notables du parti libéral avancé dans la péninsule italique.
— Ce sont les modernes historiens Sismondi , F. Gualterio, Farini, qui jouissent en ce moment d'une grande autorité par delà les monts, et dont le libéralisme pourrait plutôt être taxé d'exagération que de timidité.
— C'est Bianchi-Giovini , champion reconnu des idées nouvelles, directeur du journal VOpinione, un des écrivains les plus distingués de la presse piémontaise.
— C'est Dandolo, un des chefs de l'insurrection de Milan en 1848, un des combattants du siège de Rome, auteur d'une narration intitulée les Émigrés et tes Tirailleurs lombards.
— C'est enûn Garibaldi lui-même, le fameux condottiere romain.
On sera peut-être étonné de rencontrer ce dernier nom parmi les adversaires de M. Mazzini ; c'est pourtant lui, — comme on le verra plus bas , — qui l'a jugé tout à la fois le plus brièvement et le plus complètement
Encore une fois , tous ceux que nous venons de citer ont été plus pu moins engagés dans les voies démocratiques. Mais, — hommes de liberté, ils n'ont pas voulu aller jusqu'aux saturnales anarchiques ; — hommes de sens et d'intelligence, ils n'ont pas voulu aller jusqu'aux dernières aberrations de la sottise et de la démence; — hommes de loyauté et d'honnêteté , ils n'ont pas voulu aller jusqu'à la négation de tout principe d'ordre et de
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morale , jusqu'au méfait employé comme moyen de succès politique; — en un mot, — ils n'ont pas voulu aller jusqu'à M. Mazzini.
Et ils l'ont plus d'une fois attaqué avec une grande énergie. Nous avons cru devoir, dès à présent, — et en attendant de plus amples «citations ultérieures, — offrir de courts résumés de leurs jugements sut cet homme fatal qui ne craint pas de se proclamer le régénérateur, lé sauveur et le bienfaiteur futur de son pays.
« Mazzini est le plus grand ennemi de l'Italie, plus » grand ennemi même que l'Autriche, qui sans lui se- » rait vaincue , et qui , grâce à lui , est sûre de triom- » pher. » Gioberti 4 .
« Us (les mazziniens) se montraient ardents, — et même
» beaucoup trop ardents , — à violenter et à détruire ,
» mais ils étaient impuissants à créer quelque chose de
» durable : c'est un parti aveuglément infatué d'une idée. »
Guerazzi 2 .
• « Quelles trompeurs, les agitateurs du peuple (ceci
» s'adresse au parti mazziniste) soient maudits! qu'ils
» soient mis au ban de l'Italie , au ban du peuple , qu'ils
» entraînent à la ruine ; au ban de l'indépendance , qu'ils
1 Opérette politiche , vol. h, p. 343.
3 Apologia, p. 230.
* l *"^hissent; de la liberté, qu'ils souillent et qu'ils dé-
* *^ taisent!... Ce sont ces hommes qu'il faut repousser et » c ^*mbattre comme les plus grands ennemis de l'Italie. »
Massimo d'Azeglio*.
^Sismondi , voyant les folies , les indignes moyens qui P T ^^idaient à l'organisation de l'expédition de Savoie (1^34), pronostiquait dès lors que « Mazzini et sa secte " iraient la ruine de leur patrie. » Sismondi 2 .
«Un homme (Mazzini) qui, voulant personnifier en 1 lui la révolution italienne , se faisait le centre et l'inter-
* prête de toutes les lubies , de toutes les exagérations et
* de toutes les idées les plus subversives qui s'agitent dans
* l'esprit des peuples souffrants ou des hommes corrompt pus.. ..., un homme qui était le jouet de l'Autriche,
• pour ne pas dire involontairement son complice et son
• ministre. > F. Gualterio •.
« Je crois Mazzini un homme médiocre * Être
» puissant à empêcher le bien qui découle de l'union des » esprits, équivaut à être puissant pour faire le mal ; et » telle était la puissance de Mazzini. Les menées illibé- » raies de la secte mazzinienne ont été déplorablement fu-
• nestes à la concorde italienne. » Farini 6 .
« Même parmi tes proscrits italiens, ceux qui
1 Scrilti polilici , p. 440 et 481.
2 Voir Gli ultimi rivolgimenti italiani , par F. Gualterio, P. 644.
3 Ibidem, p. 638 et 640.
Ceci est discret, on pourrait dire mieux.
6 lo stato Romano, vol. n, p. 202 et 313.
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» étaient doués de bon sens et jouissaient d'une bonne » réputation, condamnaient les lubies mazziniennes et les » folles entreprises de ce parti. » Farini *.
» Mazzini et ses complices sont la perdition de l'Italie... » Que de veuves, que d'orphelins, que de misères, que » de sang répandu à cause de lui ! Les larmes de tant de » malheureux ne devraient-elles pas suffire à lui démon- » trer combien ses folies coûtent cher à l'Italie, et corn- » bien elles ont été stériles pour la cause de la liberté ! » Et plus loin : « Ah ! charlatans , cessez donc à la fin de » vous rendre ridicules, et, qui pis est, l'Italie avec » vous; de la tenir divisée au dedans avec vos extrava- » gantes passions, et de la décréditer au dehors avec vos
» folies. » BlANCHI-GlOVINI \
« Cet homme (Mazzini) gâte tout ce qu'il touche. » (Quest 1 uomo guasta tulto cià che tocca.)
Garibaldi K
1 Lo Stato Romano, vol. i, p. 99.
2 Mazzini e le sue utopie, p. 67, 85 et 103.
3 Voir Gli ultimi rivolgimenti, par F. Gualterio, p. 348.