‹ Lettres de Joseph Mazzini à Daniel Stern [pseud.] (1864-1872) (volume 2)Chapitre 9 sur 27 · M. MAZZINI GRAND RÉFORMATEUR RELIGIEUX · texte numérisé non relu

M. MAZZINI GRAND RÉFORMATEUR RELIGIEUX

F. Gualterio a dit naguère de M. Mazzini et à propos de sa monotone devise : Dio e il Popolo : « Dio, par ce 9 premier terme de la formule, il entendait exciter la foi » dans l'avenir, faisant, pour ainsi dire, complice et appui » de sa mission la volonté divine ; il semblait vouloir » prendre le ton d'un prophète, je dirais presque d'un

» dei Pelasghi, nobilissimo campollo délia famiglia indo-ger- » mana, e tronco principale dei rami ellenici ed italici. L'Italia » è la nazione génératrice e quasi il vite Un m o embrione dell' » Europa moderna, e quindi la piw virile. »

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» Mahomet '. » Ce que Gualterio exprimait sous une forme dubitative est bien une réalité. Qu'était-ce, — ainsi que nous Pavons déjà fait observer, — qu'était-ce pour la modestie de M. Mazzini que de se poser en réformateur politique et social du monde, s'il ne s'annonçait pas en même temps comme un révélateur envoyé d'en haut, voire comme quelque peu dieu?

Et il s'est mis à plagier Mahomet, non-seulement dans ses allures, mais encore dans son Coran, en répétant à chaque instant : « Dieu est Dieu et l'humanité est son prophète (e i'umanità è suo profeta). » Seulement la formule ainsi variée n'offre plus aucun sens. C'est, du reste, l'effet que produit inévitablement M. Mazzini quand il touche à quoi que ce soit.

Mais pour plagier complètement Mahomet, il fallait apporter quelque nouvelle religion, en d'autres termes, en inventer une. Et, — comme on a déjà pu s'en apercevoir, — l'invention n'est pas précisément la partie brillante du génie mazzinien. Il s'est donc contenté d'abord de nier la religion catholique, et même toutes les religions existantes 2 ; la négation est, en effet, chose plus facile et à la

1 Gli ultimi rivolgimenti , p. 639.

3 Suivant M. Mazzini , le protestantisme « est basé sur un » principe étroit (gr.etto) ; il entraîne l'abus de l'individualisme

» et la négation de toute autorité Il se subdivise en mille

» sectes toutes fondées sur les droits de la conscience indivi- » duelle, toutes acharnées à se faire la guerre entre elles, et » perpétuant V anarchie de croyances, véritable et seule source » de la discorde qui tourmente socialement et politiquement » V Europe. » (Apostolato, 1843.)

Quant au catholicisme , le grand réformateur ne reconnaît pas

portée de tout le monde. Dans les publications de la Giovint Itaiia, commencées en 1833, M. Mazzinra ressassé tout le vieux répertoire des sarcasmes voilai riens contre le catholicisme, mais c'était du Voltaire mazzinisè, autrement dit, ayant perdu toute verve, toute finesse, tout mordant;— du Voltaire lourd, pâteux, boursouflé, noyé dans un entortillage de phrases creuses et sonores, — en un mot, — un Voltaire revenant au monde sous la castorine de M. Prudhomme.

Mais il est bon de faire observer que, tout en reniant le catholicisme, l'Église, la Bible, l'Évangile, etc. , M. Mazzini ne cesse de plagier leurs idées et leurs expressions consacrées. On trouve à chaque instant dans ses élucubrations les mots à'apâtrC; ft apostolat, de mission, de baptême, de prophète, de foi, i'évangUe, à'égiisc,

la divinité de Jésus-Christ, qu'il a commencé par appeler « un saint dont la parole avait été acceptée comme divine (apostolato) ; pnîs «t«n philosophe nommé Christ» (Instructions, 1846); puis, dans un n° de VItalia del Popolo, janvier 1850, p. 63, le Christ est déclaré n'être tout simplement qu'un homme! (Voici le passage : « Le sang du Christ racheta le genre humain , il suf- » fit du sacrifice d'ca homme pour rendre éternelle sa pieuse pa- » rôle. »)

» Le catholicisme (c'est toujours M. Mazzini qui parle) est ^ mort f mais vous qui veillez sur son tombeau, rappelez-vous » que le catholicisme n'est qu'une secte, une application erro- » nés, le matérialisme du christianisme... Les croyances catho- » liques ont dû disparaître devant le progrès des lumières et » sous les coups du ridicule... » (M. Mazzini osant parler de ridicule 1 7/) «Le catholicisme n'est plus qu'un cadavre galva- »nlsé» » (VItalia del Popolo, n° de septembre 1849.) Plus loin t « Le peuple italien est appelé à détruire le catholicisme » au nom de la révélation continue, » (Initiativa rlroluslonarla

de croyances, de rédemption, de Verbe, de sainteté du sacrifice, de martyre, de terre promise, de règne de Dieu sur (a terre, etc., etc. Que M. Mazzini, pauvre comme il Test d'idées et de formules, demande l'aumône partout, soit ; mais que du moins il n'insulte pas en la demandant.

Sommé de sortir de ce domaine si commode des négations, et de formuler enûu ses révélations religieuses, M. Mazzini déclara qu'il était venu annoncer... quoi? La religion de V avenir, & pas d'autre définition. Que signifiait la religion de V avenir? — C'était, comme tout ce qui sort du cerveau de cet inqualifiable novateur, un mol, pas autre chose qu'un mot, — une religion anonyme, une religion X, une religion ***.

Et c'était au nom de cette fantastique billevesée que

dei Popoîi, avril 1852.) Plus loin encore : a L'Europe a perdu » toute foi dans le catholicisme, elle ne lui reconnaît plus le » droit, la mission, la capacité de direction et d'éducation » spirituelle. » (Condizioni d'Europa, 1852.)

Il est bon de faire observer que les derniers passages que nous venons de citer sont extraits de manifestes publiés à Londres par M. Mazzini. En déblatérant contre la religion catholique, en disant qu'elle est morte , enterrée , c'est un moyen assuré de faire sa cour au protestantisme anglais. Mais quand ces mêmes manifestes sont réimprimés , — ainsi que dans un recueil récent, la Democrazia italiana, pour être distribués clandestinement en Italie, — comme beaucoup d'Italiens peuvent avoir encore la faiblesse de tenir au vieux culte de leur pays, alors, dans les phrases où il est question de détruire le catholicisme, ce dernier mot est remplacé par des points. M. Mazzini s'indigne beaucoup contre les roueries diplomatiques et contre ce qu'il appelle les petites ruses de la tartuferie , mais il nous parait que ceci y ressemble quelque peu.

^ftf. Mazzini prétendait renverser le catholicisme, auquel, — sans parler de bienfaits d'un autre ordre, — l'Italie *doit tout ce qui Ta illustrée, ses monuments, ses chefsd'œuvre artistiques, sa gloire littéraire, — depuis Dante et le Tasse jusqu'à Alessantiro Manzoni et à Silvio Pellico! Pendant plusieurs années, M. Mazzini en est resté à cette ridicule inanité religieuse, et ses disciples, qu'il appelle des croyants (credenti), — par ironie sans doute, — ont dû adorer... un brouillard au futur 1 .

En 1836, dans une publication intitulée Foi et avenir, M. Mazzini disait : a Parti politique, nous sommes tombés, • retevons-nous parti religieux; l'analyse et l'anar- » chie des croyances ont tué la foi au cœur des peuples, » la synthèse ( encore la synthèse ! ) et Y unité des » croyances la feront revivre. » On reste véritablement confondu en entendant ces mots de parti religieux, de foi, de croyances, sortir de la bouche de cet apôtre du néant, de ce messie du vide.

Après vingt ans à peu près d'apostolat négatif, de divagalions, de contradictions sur son invariable thème de l'avenir, — M. Mazzini, comprenant peut-être qu'il était temps d'en venir tout au moins à un semblant de positif religieux, a fini par trouver... tout simplement un nouveau plagiat.

A la suite de Fichte, qui avait identifié l'homme avec

1 Ce travers de prétendre créer de nouvelles religions n'a été que trop répandu de nos jours. Les soi-disant inventeurs devraient bien, une fois pour toutes, méditer ces paroles de M. Thiers , historien de l'Empire : « Les vieux autels sont les seuls qui inspirent le respect »

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Dieu; de Schelling, qui avait confondu Dieu avec lanat^^, et après les théophilanthropes français, — enterrés soir ^fe ridicule, — et qui prêchaient, eux aussi, des lubies à p** près du même genre, — un moderne rêveur alternai Ilégcl, brochant sur toutes ces hallucinations, a posé comme dogme que l'esprit humain, étant le critérium dit vrai, s'est rapproché incessamment de la Divinité et a fini par s'absorber en elle, ou par l'absorber en lui ; — ce point n'était pas bien clairement expliqué. Hegel a créé une secte appelée les hégélistes, et ceux-ci, — allant plus loin que le maître, — n'ont accepté que l'effet et ont rejeté la cause première, c'est-à-dire, ont mis la Divinité de côté pour ne plus reconnaître d'autre Dieu que l'homme, ou, — si l'on veut, — l'humanité. Comme on le voit, c'est tout simplement le mysticisme joint à l'athéisme; — une religion n'ayant d'autre culte que celui de l'espèce humaine, — individuellement ou collectivement, — une sorte à'autoiâtrie consistant à s'adorer soi-même. C'est le délire de Porgueil humain, et un pareil dogme devait séduire M. Mazzini.

Quoi qu'il en soit, voilà sa nouvelle religion, — importée des nuages philosophiques de l'Allemagne et des limbes du citoyen Laréveillère Lépaux.

Nous venons de dire sa religion , nous n'en sommes pas pourtant bien sûr , attendu qu'avec un génie aussi indécis» aussi contradictoire, auosi vaporeux, on ne sait jamais positivement à quoi s'en tenir sur quoi que ce soit.

Pas n'est besoin de dire que M. Mazzini n'a garde de confesser son plagiat hégéliste et théophilanthropique ; il présente au contraire ce grotesque Apocalypse humanitaire comme une de ses profondes créations religieuses. Seulement, comme si un pareil fonds n'était pas déjà suffisamment confus et incohérent , il a soin d'y ajouter toutes les obscurités qui s'exhalent de son cerveau , — véritable puits de ténèbres.

« Peut-être, dit-il, en religion comme en politique, » Vère du symbole va s'éteignant rapidement , et nous » touchons à une manifestation solennelle de l'idée gui

* couvait sous ce symbole. Peut-être une nouvelle » relation découverte, — celle de {'individu avec Vhu- » tnanité, — établira la base d'un nouveau lien reli-

* gieux, comme la relation de l'individu avec la nature » fut l'âme du paganisme , comme la relation de Vindi- » vidu avec Dieu fut l'âme du christianisme

» Une parole donnera à l'humanité une bannière éle- » vie au milieu des tribus de ta terre :

» La religion, c'est l'humanité (la religione è » Vumanità *). »

Et ailleurs : « Nous voulons une unité religieuse qui » réunisse les sectes diverses en un seul peuple de

* croyants , et qui, de toutes les cathédrales, églises et » chapelles, élève le temple immense, le Panthéon de » l'humanité 2 . »

Sous ce verbiage ridiculement ampoulé-, on reconnaît

1 VItalia del Popolo, n° de septembre 1849.

8 Prose, p. 113.

en y regardant bien , le plagiat hégéliste. Cette « nouvelle » relation de l'individu avec ('humanité, » annoncée comme le nouveau tien religieux , par opposition à l'âme du christianisme , qui était «la relation de Tindi- » vidu avec Dieu » n'est qu'une reproduction entortillée de la rêverie allemande : Il n'y a pas d'autre divinité que l'espèce humaine , et c'est à elle seule qu'on doit rendre un culte. Mais M. Mazzini ne saurait rien dire nettement, clairement. La parole pour lui est mieux qu'un déguisement , c'est un élouflbir. Et, en somme, quelle est la conclusion de ce vain roulement de paroles? Deux non-sens pompeux , — « l'exaltation du Panthéon de l'humanité, » — et « la religion , c'est V humanité. »

Et puis, au milieu de tout cela, le Dieu de M. Mazzini reste toujours sans définition et à l'état d'abstraction, de vague idéal.

Le nouvel apôtre est-il donc venu uniquement élever un autel au Dieu inconnu? Mais cette adoration creuse était connue bien avant lui.

Bientôt cependant M. Mazzini abandonne la doctrine si explicite et si lumineuse de l'hégélisme ; il déclare que le nouveau dogme religieux , le dogme définitif , ne pourra être découvert et proclamé que plus tard. Ainsi, nous voici revenus à la religion de l'avenir !

« L'esprit de Dieu descend aujourd'hui sur {es mut- » titudes ; (es individus recueillent, purifient, expri- » ment amplement et devinent alors leur puissante initia- » tive , s'ils sont doués d'intelligence et de cœur. Au » dogme de l'autorité absolue, immuable, concentrée en » un homme ou en un pouvoir déterminé , se substitue le

» dogme de l'autorité progressive , du peuple inter-

» prête collectif, continu, de la loi de Dieu L'i-

» déal est en Dieu; les sociétés s'organisent pour s'en • rapprocher et en conquérir ici plus grande part » possible sur ia terre (ceci est un retour à l'hégé- » lisme).. . Ce principe que le peuple a salué comme régula lateur suprême dans la sphère de la vie politique, sous le 9 nom de Constituante, aura inévitablement son ap- » plication dans la sphère de ia vie religieuse, et cette » application aura nom Concile '.

« Constituante et Concile , voilà le principe et le » pape de l'avenir *. »

Nous aurions besoin peut-être de répéter à chaque instant que nous citons textuellement, car en voyant des choses aussi inouïes beaucoup de nos lecteurs seront tentés sans doute de les croire impossibles. Elles n'existent que trop réellement cependant, et tout cela est écrit, imprimé , dans un siècle dit des lumières par excel-

1 Le mot de concile , emprunté au catholicisme, non plus que l'idée, — tout absurde qu'elle soit , — de cette façon de Constituante, de parlement religieux, ou plutôt antireligieux, n'appartient pas à M. Mazzini. C'est encore un plagiat. Le grand Frédéric , qui , comme on sait , avait la prétention , — assez mal fondée d'ailleurs, — de se connaître en philosophie et en religion comme en tactique militaire , — a écrit quelque part : « La » religion catholique , avec son pape et ses prêtres dominant sur » les consciences, a plus de puissance qu'aucune autre souverai- » neté. Mais cela finira un jour; on convoquera des conciles » nationaux , et alors le catholicisme aura cessé d'exercer la » terrible influence de ses complots et de ses intrigues. » Ainsi il faut ajouter le célèbre roi de Prusse à la liste déjà si nombreuse des gens plagiés par M. Mazzini.

* VItalia del Popolo, n<* de septembre 1849.

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lence, et vient d'un homme qui se pose comme le plus éclairé de l'époque I Le courage manque vraiment pour examiner d'aussi exorbitantes divagations. Essayons pourtant. Que veulent dire ces mots : L'esprit de Dieu descend aujourd'hui sur les multitudes, — ce dogme de Vautoritéprogressivedupeuple,interp rète co llectif, continu , de la loi de Dieu ? Us ne sauraient signifier autre chose, sinon que c'est au peuple qu'il appartient de décider de la foi , des croyances , du culte religieux ! C'est insensé sans doute, mais ce n'est pas nouveau. Ce n'est que la reproduction d'un fol expédient déjà mis en avant par M. Mazzini à propos de la politique. On doit se rappeler, en effet, l'avoir entendu proclamer naguère qu'après une insurrection victorieuse, il appartenait au cri de la multitude soulevée, au sens collectif des faiseurs de barricades, de révéler ie secret de l'époque, autrement dit, de régler le fond et la forme du gouvernement. Ainsi, de même que l'ordre de choses politique, la religion devrait être proclamée sur la place publique!

Vous le voyez , ce sont toujours les mêmes aberrations* les mêmes moyens extravagants qui reviennent à chaque instant et s'appliquent à tout.

Les contradictions ne sont pas moins inévitables. Ainsi après avoir affirmé la théocratie de la foule , M. Mazzini , un instant après, prétend transporter l'arbitrage souverain des questions religieuses à un pendant de la Constituante, c'est-à-dire, à une assemblée politique et délibérante nommée ad hoc, et qui, dit-il, — dans ce langage qui n'appartient qu'à lui , — aura nom CONCILE et sera le pape de V avenir.

«Cette assemblée, ajoute-t-il autre part, composée » d'esprits vertueux gui sentent te besoin d'une foi » vive » (et si les électeurs n'y envoyaient pas des esprits de cette nature, n'en auraient -ils pas le droit?) « inter- » rogera ie progrès , sondera les maux , décrétera (es » remèdes, et posera (a première pierre de l'église » universelle de l'humanité i . »

Et, dans cette assemblée, on pourrait voir présenter cent, deux cents peut-être, projets différents de religions, ou bien entendre décréter qu'elle ne veut pas de religion du tout. Et si par hasard elle en adoptait une , cette religion pourrait ne passer que par amendement , qui sait ? par sous-amendement. Et M. Mazzini et autres esprits forts , qui contestent la divinité du christianisme et de l'Evangile , s'inclineraient religieusement devant des dogmes sortis du scrutin. Quelle pitié!

Et si le principe de toute religion faisait l'objet d'une délibération préliminaire, si Dieu était mis aux voix!...

Nous avons hâte d'abandonner ces sacrilèges folies; quand il s'agit d'un pareil sujet, le sourire même devient pénible. Le temps des blasphèmes risibles est passé.

Nous voyons encore reparaître, à propos de religion, ce thème d'insignifiante loquacité appelé Vinitiative , — un pendant de l'Italie des empereurs, de l'Italie des papes, de VItalie du peuple, — un nouveau pathos his-

1 VItalia del Popolo, n° d'octobre 1840.

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torique en trois époques. Au surplus , ce serait peut-être le cas d'avertir qu'il faut décidément prendre son parti sur cette éternelle initiative italienne. Elle doit se représenter quelle que soit la question mise sur le tapis. Ecoutez plutôt le grand visionnaire : « Et puis, — quoi qu'on en » dise, et quoi que les Italiens, — beaucoup du moins au- » jourd'hui encore pensent le contraire, — il est écrit » que tous, ou presque tous (es principes des grandes » choses doivent sortir d'Italie *. »

Et il dit ailleurs à ce même propos : « L'étoile de » notre avenir brille DANS notre poitrine! ! ! n

C'est donc de Rome , suivant M. Mazzini, que doit surgir la destruction du christianisme et la promulgation de la foi nouvelle. Et voici pourquoi :

« L'Italie se levait trois fois depuis que la Rome du » paganisme, en tombant, fermait le passé à l'antique » civilisation et se faisait berceau de la moderne. La pre- » mière fois sortait d'Italie une parole qui substituait une » unité spirituelle européenne au triomphe de la force ma- » térielle. La seconde fois l'Italie répandait sur le monde le » germe de la civilisation dans les arts et dans les lettres. La » troisième fois elle effacera de son doigt puissant le » symbole du moyen âge, et substituera Y unité sociale à » la vieille unité spirituelle. Parce que, — et il faut » répéter ceci aux étrangers , — de Rome seule peut » sortir pour la troisième fois ta parole de l'unité mo- » derne 9 parce que de Rome seule peut provenir la » destruction absolue de la vieille unité 2 . »

1 Mazzini, Scritti letterari, vol. i, p. 284.

2 VItalia del Popolo, n° de septembre 1849.

de serait bien le cas sans doute de répéter ici un vers l***overbe :

Belle conclusion et digne de l'exorde!

Que si, de cet amas de paroles incohérentes, on voulait absolument dégager un raisonnement, il se formulerait aiusi : parce que Rome a eu au moyen âge de grands artistes; et parce que Rome a été jusqu'à ce jour le centre du catholicisme, c'est Rome qui doit détruire ce même catholicisme. Admirable logique assurément et bien assortie au reste.

Nous allions oublier une autre cause d'initiative religieuse également spéciale à Rome. La voici , et certes elle vaut bien la peine d'être citée : « De la flamme » des carrosses de cardinaux brûlés sur la place » du Peuple (à Rome, en 1849) est sortie une lu- » MIÈRE qui éclairera LA VOIE sur laquelle les peu- » pies s'uniront fraternellement , un jour ou l'au- » tre, dans un développement religieux, dans une » foi d'oeuvres de rédemption et d'amour i . » Convenez qu'il n'y a au monde que M. Mazzini peur voir tant et de si magnifiques choses, — et jusques à de la foi et de l'amour, — dans des carrosses brûlés par des émeutiers. Nous nous permettrons d'ajouter que, dans ce qui vient d'être cité , M. Mazzini nous semble véritablement

1 Italia del Popolo, n° de décembre 1H49. — Nous citons le texte italien : « Dalle fiamme délie carrozze cardinalizzie arse au lia piazza del Popolo è uscita un a lu ce clie rischiarera la via sulla quale i popoli s'affratelleranuo, un di o Paltro, in un sviluppo religioso, in una fede d'opere redent rici e d'amore. »

s'être surpassé lui-même , ce qui , à coup sûr» n'était pas chose facile.

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