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vérité qu'ils renferment et qui restera. L'avenir le fera comme moi, lorsque, dans la grande transformation religieuse qui s'élabore , christianisme et catholicisme ne seront plus que les signes d'un progrès accompli . J'abhorre ce qu'on est convenu d'appeler politique , comme j'abhorre Fart pour l'art, l'économie qui s'occupe de la production en éliminant le problème de la distribution, la religion qui prétend nous parler de Dieu en nous enseignant le mépris pour sa création, et ainsi de suite. J'abhorre tout ce qui sépare, démembre, fractionne; tout ce qui établit des types à part, indépendants du grand idéal qu'il s'agit de poursuivre ; tout ce qui nie implicitement la solidarité humaine, en niant ou en oubliant l'unité du but ; tout ce qui supprime Dieu pour faire du polythéisme ou de l'idolâtrie. Il n'y a qu'un but : c'est le progrès moral de l'homme et de l'Humanité. C'est de ce point de vue que je juge tout ce qui se fait, Convention ou autre chose. Je préfère un demi-siècle d'esclavage pour mon pays à un mensonge national : le premier élabore la rébellion , le second la corruption . Peu m'importe
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Tltalie, si elle ne doit pas accomplir de grandes, nobles choses pour le bien de tous ; peu m'importe Rome, si une grande initiative européenne ne doit pas en partir. Vous me parlez d'Unité : c'est ma pensée, mon idée fixe de trente-cinq années ; si j'ai fait quelque chose pour mon pays, c'est de lui avoir prêché l'Unité tandis que les habiles ne lui parlaient que fédéralisme. Mais c'est d'unité morale qu'il s'agit; c'est l'âme de la nation que je veux : le corps n'est rien sans elle, ou plutôt le corps ne se fera pas sans elle. C'est pourquoi j'ai dit : Unité avec, sans, ou contre la Monarchie. Et ce n'est pas ma faute si nous devons chercher à la fonder contre : c'est sa faute à elle.
Enfin, il en sera ce que Dieu voudra. Et, croyezle bien , ce n'est pas un désir de polémique qui me fait vous écrire tout ceci, c'est simplement le désir d'être, je ne dis pas approuvé, mais compris de vous. Je veux bien accepter une condamnation, mais sur juste cause.
Je n'ai pas, dans mes fragments autobiographiques, violé le souvenir de mes affections. Je me suis
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contenté de dire ce que j'ai pensé ou voulu faire. Je me suis tu, dans le volume qui touche à 1848-49, sur de graves dissentiments qui ont existé entre Garibaldi et moi. Je n'ai pas prononcé les noms d'hommes qui m'ont été chers et qui m'ont trahi. Se taire n'est pas mentir. Lamennais aurait pu faire ce que vous lui conseilliez (1), sans flétrir ceux qu'il avait aimés. C'est l'autobiographie de son âme qui aurait été un bienfait pour nous. Je présume que sa correspondance nous la livrera en partie. Celle que vous m'avez envoyée ne comprend que sa première époque. Je sais bien qu'on ne pourrait pas la publier sans mutilation en France, mais ses amis devraient la réunir et la publier à l'étranger. On néglige les morts aujourd'hui. Voyez le silence qui s'est fait autour de la tombe de Jean Reynaud! Qu'on partage ou non toutes ses idées, par la pureté de sa vie, par son intègre dévouement, par son culte de l'Idéal, par la force et l'étendue de son intelligence, Jean Reynaud est un des saints de la Démocratie et une des plus remarquables individualités de nos jours. Et (1) Ecrire ses mémoires.
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cependant pas un seul article sérieux n'a été écrit sur lui ; pas une collection de ses écrits n*a été entreprise.
A propos de Jean Reynaud, connaissez-vous son travail sur le Druidisme ? J'en ai vu une partie dans Y Encyclopédie nouvelle. Mais n'a-t-il pas été imprimé à part et complet : Et si cela est, pourriez-vous me dire par qui?
J'attends avec impatience le numéro de novembre. Je reçois la Revue.
Adieu, Madame et amie. J'ai été malade : je suis mieux maintenant, je crois. Soyez bonne et patiente sur nos dissentiments; et croyez bien que, tout tyran que je suis, le a God bless you » est pour vous au fond de mon âme.
Joseph.
i novembre 1864.
Madame et amie,
11 faut pourtant qu'avant de recevoir — demain peut-être — la Revue, je vous écrive un mot pour vous dire que vous êtes bonne comme l'est une femme quand elle est bonne. Je vous rudoyé bêtement à propos de panthéisme et autre chose : vous me répondez par la plus amicale des lettres et l'envoi de tout ce qui regarde Jean Reynaud. Merci, vingt fois merci. L'essai sur le Druidisme est bien ce que je cherchais. Les deux autres écrits sont extrêmement intéressants. Et répigramme/sous;la forme de brochure Falloux. est teinte de miel.
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Ces malheureux fragments autobiographiques sont éparpillés dans quatre des six volumes qui ont paru : ce sont les quatre volumes d'écrits politiques, les deux autres contenant des écrits littéraires. Je n'ai pas moi-même les six volumes ; mais je tâcherai de les avoir, et, si vous ne trouvez pas d'autre moyen, je détacherai les pages en question et j'en formerai un seul volume que je chercherai à vous faire parvenir. Oui, j'ai été assez gravement malade; je suis mieux en ce moment. Ne craignez rien : toute lettre de vous, franchement écrite, quelle qu'elle soit, me fera plaisir. Je ne vous écrirai pas si je suis malade, je vous répondrai si je ne le suis pas, car cela aussi me fera plaisir. Ce mouvement dans la Haute-Vénétie, qui n'est pas fini quoi qu'on en dise, est venu ajouter à mes chagrins : c'est un mouvement d'hommes appartenant à mon organisation vénitienne, qui, sachant leurs noms sur les listes de l'Autriche, ont préféré combattre à se soumettre à une arrestation inévitable. Ils m'ont envoyé leur dernier mot le douze du mois passé, en me disant : « Nous tiendrons trois mois : aidez-nous. » Ils ne
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tiendront probablement pas : les neiges sont là et les bestiaux sont avec leurs gardiens dans les plaines. Mais j'ai là des amis ; et puisque cela ne peut aboutir qu'à une protestation, il faut qu'elle ait au moins quelque importance. Je cherche donc à les aider, mais avec deux gouvernements alliés pour fermer la frontière à nos volontaires, l'autrichien et le nôtre. Sans approuver la forme qu'a prise la ^zméz de Garibaldi, il faut pourtant que je vous observe que ce n'est pas des Français qu'il a parlé, mais de Bonaparte. Ne tombez pas dans l'erreur de ce brave Dumas qui me fait des phrases sur les engagements de la France, comme si la France était. Adieu ; je vous écrirai à propos de la continuation de votre Dialogue. Pourquoi me dire que Faust ne m'intéressera pas? J'ai lu, relu, étudié Faust comme notre Poème. C'est l'épopée bourgeoise comme Wilhelm Meister est le roman bourgeois. Goethe mène tout droit à la Contemplation; Dante à l'Action : c'est là le contraste, Seulement, comme il y a de la contemplation dans le Paradis, il y a quelques vers dans la seconde partie du Faust qui jettent un cri
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de remords et d'inspiration impuissante à l'Action
Devinez-les.
Votre ami
Joseph.
12 novembre 1864.
Madame et amie,
Je n'ai reçu que fort tard le numéro de novembre. J'ai lu de suite vos pages. Elles sont belles et vraies. Sur ce terrain-là nous communions presque sans réserve. J'aurais bien quelque chose encore à dire sur le catholicisme de Dante et sur les lignes de la page 206 qui mettent sur la même ligne sa toi dans la purification du péché par la vertu de l'expiation — qui est la croyance chrétienne et la nôtre — et sa foi dans la vertu de la confession. Est-ce de la confession, aveu du péché à soi-même et aux hommes, qu'il s'agit? C'est alors le premier degré de l'expia-
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tion ; et il est à nous, à la morale, à la philosophie aussi bien qu'au christianisme. Est-ce de la confession telle que le catholicisme nous l'a donnée, en en rétrécissant la sainte et noble portée et l'enfermant dans l'oreille d'un prêtre qui jure le silence? De cette confession, qui ne voit que le pécheur et un individu représentant Dieu, je ne trouve pas la moindre trace dans la foi du poète. Et quant à l'intercession des saints, m'appelleriez-vous catholique, si je vous disais qu'en un certain sens j'y crois, moi aussi? Je crois à un lien entre les vivants et les morts ; à une influence morale pour le bien sur nous, si nous aimons par-delà le tombeau , de la part de ceux qui sont morts en nous aimant. C'est le lien d'unité de la Vie dans ses phases; et c'est probablement la première récompense de ceux qui ont gardé leur amour jusqu'au dernier jour et la première garantie de leur progrès. Je ne serais point du tout étonné que Dante — qui se fait sauver, non pas précisément par la Vierge, mais par Béatrice — n'eût eu quelques idées pareilles. Mais vous avez su si bien tempérer votre idée par ce que vous dites sur tous les éléments hé-
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térodoxes qui se croisaient alors avec l'orthodoxie, que je n'ai pas le courage d'insister sur cela. J'approuve, et j'en suis heureux, votre travail. Seulement, je vous en prie, donnez-nous, si votre cadre le permet, une ou deux pages sur Dante penseur et père de l'Unité Nationale. Quant au poète, je n'ai rien à vous suggérer : rien de plus finement esthétique que votre analyse.
Maintenant, une ou deux remarques de pédant. Le « Giusti son due, ma non s/ sonointesi » n'existe pas, et n'aurait rien de commun avec le sens grammatical et le style de Dante. C'est : « Non vi sono intesi » qu'on lit dans tous les textes d'une certaine valeur.
L'explication donnée au titre Commedia peut difficilement se soutenir : je parle de la seconde. Dante ne savait pas le grec. La lettre qui contient cette dérivation est très-suspecte, et quant à moi je ne la crois pas authentique. Il doit même y avoir un passage qui parle de Dante comme d'un tiers. Je ne l'ai pas chez moi. Dante donne quelque part, dans son livre « De vulgari eloquio », une différence entre la
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tragédie et la comédie, fondée sur le style qu'on adopte dans les deux. J'ai un doute historique sur l'appellatif a Can Grande » qui, s'il était fondé, serait un argument de plus contre l'authenticité de la lettre. Je crois que Can délia Scala, le Veltro, n'a jamais été appelé Grande, mais que c'est un de ses successeurs qui a eu ce titre. Seulement, je n'ai ni moyen, ni loisir pour vérifier tout cela.
Après tout, ces remarques et d'autres qu'on pourrait peut-être faire, sont insignifiantes. Ce qui importe c'est d'avertir, comme vous le dites si bien, et de convertir les lecteurs de Dante. Votre travail le fait; et moi, j'ajoute mes remerciements à ceux qui vous viendront nombreux d'autre part.
Vous avez, je crois, le Dante de Foscolo. Avezvous deviné que les quelques pages signées « Un Italiano » sont de moi?
Adieu, Madame, amie et sœur en Dante. Tout en voas écrivant ces pédanteries, je songe, le cœur navré, à ce pauvre Tolazzi couvert de blessures reçues dans le pied, et qui maintient ses deux bandes sur
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deux ou trois pieds de nei~e dans notre Friuli. A vous de cœur.
José