‹ Lettres de Jules de GoncourtChapitre 18 sur 67 · Notre vieille domestique · texte numérisé non relu

Notre vieille domestique

devant Dieu, les hommes et son pion? Embrassez-le pour Edmond sur la joue gauche et pour moi sur la droite. Une lettre, ou je ne suis plus ^

Votre Littreboit.

1. La quatrième page de cette lettre que nous donnons fucsimilée eu tète de ce volume, est remplie par le croquis du carnaval, fait pour le petit Jean, le fils de Gavarni.

A AURELIEN SCHOLL

Rome, 28 février I806.

Mon cher Aurélien.

Vous n'ayez pas douté de nous. Vous aviez bien pensé que si nous ne vous avions point envoyé nos compliments et nos poignées de main, poste pour poste — c'est que nous ne savions rien. Il y a une demi-heure que votre lettre nous a été remise, et je plie la première feuille de papier en quatre, pour vous dire que vous avez toujours nos pensées et nos cœurs.

Voilà les calomnies lavées et bien lavées. Savezvous que si vous allez de ce train, les critiques n'oseront plus parler de vous, tant ils craindront de vous égratigner. « Villemessant insère une note que vous verrez! » Vous êtes superbe! — Mais quand? Vous ne savez donc pas que nous sommes à mille lieues des journaux qui apprennent quelque chose, et des revues qui racontent les lettres et les hommes de lettres...

Ah ! ils nous logent là-bas, côte à côte, à Bicêtre ! Bravo ! c'est une académie comme une autre, n'aurions-nous de compagnons qu"Hoiïmann et Henri

Heine. — Une bien grande mort que la mort d'Henri Heine. — Nous ne serions pas en trop mauvaise compagnie. Que vous en semble?

Mais le diable m'emporte, si je conçois rien à leurs réclamespourcettepauvreetinnocente Voiture démasques ^ Mais ce sont des contes de Berquin, racontés à de grands enfants. Si vous saviez quel volume nous rapporterons d'Italie ^ . Quand nous aurons mis celui-là au jour, qu'ils se cotisent pour le comprendre et qu'ils nous déclarent fous furieux, je le leur permets, de tout mon cœur. Ils manqueraient à tous leurs devoirs et à toutes leurs rancunes, s'ils ne le faisaient. En somme, nous sommes ravis que la querelle des fantaisistes ne meure pas. Les opinions qui ne sont pas souffletées et ressouffletées, ne ressusciteront jamais.

Nous allons devant nous. Nous voyons des hommes, des femmes, des maisons, des palais, des églises, des mendiants, des tableaux, du soleil et des statues. Hélas ! mon ami on voyage pour être revenu. Le ruisseau de la rue Saint-Georges est plus beau que le Tibre, et le trottoir de la rue Lepelletier est la meilleure des voies Appiennes... Je donnerai bien un mois d'impressions pour une heure de causerie avec vous. 3Iais quand causerons-nous? Serez-nous envolé à Bordeaux au 1" mai?

Qu'écrivez-vous? Que pensez-vous ? Voyez-vous des filles ou des éditeurs? Étes-vous en veine de bonne espérance et d'activité d'œuvres ? Le soleil vous sem-

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