NAPLES
Ne semble-t-il pas que la vie doive être plus pure et plus libre sur ces rivages? le sommeil ne doit-il pas y apporter à l’homme de divins rêves? Hélas I il n’y manque que des hommes...
Je suis tenté de ne pas parler des églises de Naples. Ce n’est pas qu’il n’y en ait de fort belles, mais notre gravité gallicane a été blessée par des dehors païens et je n’y ai rien reconnu de l’Évangile. Oui, je suis tenté de dire : Naples est une ville païenne; gardienne des grandes ruines de la Grèce et de Home, elle s’est inspirée de ces restes et les a ressuscités en elle. Ses
ÂNNÉS 1850
mœurs sont celles des épicuriens, jadis habitants de Baïa et de Sorrente; sa mission semble avoir été celle de conserver le génie de l’ancien monde. Ne lui demandons pas acte d’une religion qu’elle n’a pas comprise. Malheureusement, j’ai habité Naples pendant la semaine sainte. J’ai comparé les cérémonies qui s’y pratiquent aux pieuses et sévères cérémonies de l’Église de France; j’ai vu ce peuple frivole et fainéant courir de tombeaux en tombeaux, d’église en église, plus fou, plus bruyant, plus goguenard mille fois que la foule des badauds parisiens un jour de feu d’artifice.
Naples n’est pas une ville qui inspire des pensées chrétiennes. J’étais arrivé à Naples l’esprit plein de belles théories et d’illusions; j’avais pleuré en France sur le malheur de cette nation opprimée, j’avais rêvé la liberté française sur les bords de ce beau golfe ; un jour a suffi pour me dissuader : ces gens-là sont indignes de l’indépendance. Quand l’homme est tombé dans l’esclavage des sens, Dieu y ajoute l’esclavage du despotisme, et cela est juste, bon, miséricordieux. En définitive, il faut que le monde marche, et s’il n’y a pas assez de vigueur dans les âmes pour que la dignité humaine y soit conservée, si le peuple n’est plus qu’un troupeau, il lui faut un pasteur armé du bâton ferré.
... Sortons de cette ville, oublions ces masses si bien nommées populaces. Rentrons dans une nature digne de l’homme, digne de Dieu. Quand l’humanité dégoûte, il faut reporter son amour sur le ciel, sur les hautes montagnes, sur la Providence qui soutient toutes ces belles choses.
à N NÉE 1850
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* Noies de voyage (1).