L’AVERNE. — LA GROTTE DE LA SIBYLLE
Avant d’arriver à Baïa, on rencontre un petit sentier qui fuit vers la droite, longeant le Monte-Nuovo. A Fentour, les terres sont couvertes de pierres calcinées et de blocs de lave. Ici encore, les feux souterrains de Fltalie se sont frayé un passage, les Romains ne reconnaîtraient plus aujourd’hui cette partie du fameux golfe : tout change, même la terre.
Un quart d’heure suffit pour arriver du lac Averne à la fameuse grotte de la Sibylle. Les approches du lac sont tristes et arides. D’assez hautes collines s’entrecoupent à Fentour, parsemées de bruyères et de pins sombres. On reconnaît la peinture de Virgile :
Scrupea, tuta lacu nigro nemorumque tenebris (2)...
Le lac est formé dans un trou profond, qui fut le crnière d’un volcan. Des joncs touffus s’élèvent sur les biirds de ses eaux stagnantes; un • etit chemin, encadré de rochers, mène directement à l’antre redoutable de la Pythonisse. Virgile avait certainement visité ces üe ix quand il écrivit le VI® livre de VÉnéide; il le dépeint avec une parfaite fidélité. C’est bien par cette
(1) L’astérique *, placé devant certaines notes ou certaini’s leitr. s, indique qu’elles out été ajoutées à cette édition.
(2) En. 1. Vi.
descente notre et rapide qu’il introduit Énée dans les Enfers. Disons maintenant que l’obscurité, la profondeur, le mystère de la caverne, les cent échos qui y retentissent,
... Lati ducunt aditus centum, ostia centum;
Unde ruunt totidem voces, responsa Sibyllæ (1)...
le clapottement sinistre de ces marais, les détours et les allées de ces catacombes, et tout cela avec le prestige du miracle, les cérémonies religieuses, l’aveuglement de la foi, pouvaient certainement éveiller les imaginations païennes et faire entrevoir à des esprits effrayés les ondes du Styx ou le bruit de la dernière barque. Nous serions bien fous, nous qui n*avons souvent rien de plus que les anciens, sinon notre froid scepticisme, de sourire à la pensée de la terreur religieuse qui entourait cette grotte, ces eaux, ces rochers que nous parcourons aujourd’hui, curieux et tranquilles, avides d’en scruter tous les replis et tous les mystères.
Apr’ès tout, si jamais je croyais aux apparitions, ce serait bien dans la fameuse grotte de l’Enfer. Et je ne pense pas avoir tort en défiant certaines fortes têtes de passer une nuit dans cette solitude, au milieu de ces lugubres corridors, de ces salles retentissantes, sans éprouver une certaine frayeur. Ils pourraient plus d’une fois prêter l’oreille aux murmures du sombre lac, et s’écrier comme jadis la Sibylle effrayée :
Deus, ecce DeusL.^
(1) En. 1. YL
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Notes de voyage,