‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 103 sur 130 · DES 11’ B ES ET DES DI APHH AG MES · texte numérisé non relu

DES 11’ B ES ET DES DI APHH AG MES

LETTRE XC1

(13 avril 1763.)

Sur quelques précautions à observer dans la construction des lunettes; de la nécessité de bien noircir l’intérieur des tubes, et sur les diaphragmes.

Après ces recherches sur la construction des lunettes, je dois rendre compte à V. A. de quelques précautions très-nécessaires, qui, quoiqu’elles ne regardent ni les verres mêmes, ni leur arrangement, ne laissent pas d’être de la plus grande importance; de sorte que si l’on ne les observe pas très-soigneusement, la meilleure lunette devient tout à fait inutile. Il ne suffit pas d’arranger les verres de façon que tous les rayons qui y tombent soient transmis au travers de ces verres dans l’œil , il faut , outre cela, empêcher que les rayons étrangers ne soient aussi transmis par la lunette, afin qu’ils ne troublent point la représentation. Pour cet effet, il faut prendre les précautions suivantes :

I. D’abord les verres dont une luuette est composée doivent être enfermés dans un tuyau, afin que d’autres rayons que ceux qui sont transmis par l’objectif ne puissent parvenir aux autres verres. Pour cet effet, le tuyau doit être partout bien fermé, afin qu'aucune lumière n’y puisse entrer par quelque fente. Si par quelque accident il arrive que les. tuyaux soient percés d’un trou, la lumière

étrangère qui y entre étoufferait la représentation des objets.

II. Il est aussi fort important que l’intérieur du tuyau soit partout bien noirci, et même d’un noir très-foncé, puisqu’on sait que la couleur noire ne réfléchit point de rayons, quelque forte que soit la lumière qui y tombe. Aussi V. A. aura déjà observé que les tuyaux des lunettes sont noircis en dedans. Une seule réflexion en fera voir la nécessité.

III. L’objectif {fig. lia) ne transmet pas seulement les rayons des objets que la lunette nous représente, mais aussi ceux des côtés qui y entrent tout autour en grande abondance; tel est le rayon ha, qui tombe en dedans sur la paroi du tuyau en i; donc, si le tuvau était en dedans blanc ou d’une autre couleur, il en serait éclairé, et engendrerait par lui-même de nouveaux rayons de lumière qui ne manqueraient pas de traverser les autres verres et de troubler la vision, en se mêlant avec les propres rayons des objets.

IV. Mais si l’intérieur du tuyau est teint d’un noir bien foncé, il ne s’y forme point de nouveaux rayons, quelque éclairé qu’il puisse être. Cette noirceur est nécessaire par tonte la longueur du tuyau, puisqu’il n’y a point de noir si foncé qui, étant éclairé, n’engendre quelque faible lumière; et ainsi, quand même quelques rayons étrangers passeraient par le second verre B, le noir du tuyau suivant les éteindrait aisément tout à fait. On a aussi un noir brillant, dont il faut bien se garder de se servir.

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