VIII. Os diaphragmes, avec le noir de l'intérieur
du tuyau, produisent aussi un très-bon effet dans la netteté de l’apparition. Cependant il faut bien observer que, plus le champ que la lunette découvre est grand, moins on pourra s’attendre à ces diaphragmes, puisqu’alors les images deviennent plus grandes; de sorte que les trous des diaphragmes doivent être si grands, qu’ils ne sauraient plus arrêter les faux rayons. Mais alors il faut d’autant plus soigneusement bien noircir l’intérieur du tuyau, et le faire plus large; ce q»f diminue beaucoup l’effet fâcheux dont je viens de parler.
(17 avril 1703.)
Comment les lunettes nous représentent la lune, les planètes, le soleil , et les étoiles fixes; pourquoi ces dernières nous paraissent plus petites par les lunettes qu’à la vue simple. Estime de la distance des étoiles fixes, en comparant leurs grandeurs apparentes avec celle du soleil.
Je ne doute pas que V. A. ne soit fort aise de se voir enfin délivrée de la sèche théorie des lunettes, qui n’a presque point d’autre agrément que celui de mener aux grandes découvertes qu’on a faites par leur secours.
Qu’il est surprenant de voir les objets fort éloignés aussi bien que s’ils nous étaient cent et plusieurs fois plus proches, surtout lorsqu’il nous est
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impossible de nous en approcher, comme cela arrive par rapport aux objets célestes! et V. A. tombera aisément d’accord qu’à l’aide des lunettes on a dû découvrir dans les étoiles des choses bien merveilleuses.
A voir la lune cent fois plus proche qu’elle n’est effectivement, on y observera des inégalités trèscurieuses, comme des vallées et des hauteurs excessives, qui ressemblent plutôt, par leur régularité, à des ouvrages construits à dessein , qu’à des montagnes. D’où l’on tire un argument bien fort, pour prouver que la lune est habitée par des créatures raisonnables, quoique la seule contemplation de la toute-puissance, jointe à la souveraine sagesse et bonté du Créateur, nous en fournisse de plus convaincants.
De la même manière on a fait les plus importantes découvertes sur les planètes, qui, à la simple vue, ne paraissent que comme des points lumineux, mais qui, regardées à travers de bonnes lunettes, ressemblent à la lune, et paraissent même encore beaucoup plus grandes.
Par rapport aux étoiles fixes, V. A. ne sera pas peu surprise quand j’aurai l’honneur de l’assurer que, même par la meilleure lunette qui grossit plus que 200 fois, ces étoiles ne laissent pas de nous paraître comme des points, et même encore plus petites qu’à la vue simple; ce qui est d'autant plus surprenant, qu’il est certain que la lunette nous les représente telles que nous les verrions si nous en étions 200 fois plus près. N’en devrait-on pas
conclure que les lunettes perdent leur qualité à l’égard des étoiles fixes? Mais cette pensée s’évanouit bientôt, quand on considère que les lunettes nous découvrent des millions de petites étoiles qui échapperaient entièrement aux yeux sans leur secours. Aussi voyons-nous les intervalles qui se trouvent entre les étoiles incomparablement plus grands; et deux étoiles, qui à la vue simple paraissent presque se toucher, n’ont besoin que d’être regardées à travers la lunette, pour que l’on remarque entre elles une distance considérable ; ce qui prouve suffisamment l’effet de la lunette.
Mais quelle est donc la raison qui fait que les étoiles fixes, ainsi regardées, nous paraissent encore plus petites qua la vue simple? Pour répondre à cette question, je remarque d’abord qu’à la vue simple les étoiles fixes nous paraissent plus grandes qu’elles ne devraient, et que cela vient d’une fausse lumière qui s’y mêle, causée par leur éclat. En effet , quand les rayons qui partent d’une étoile viennent en peindre l’image au fond de l’œil sur la rétine, nos nerfs n’en sont frappés que dans un point ; mais par l’éclat de la lumière les nerfs voisins en sont aussi ébranlés, et produisent le même sentiment que l’on éprouverait si l’image de l’objet dépeint sur la rétine était beaucoup plus grande. Il en arrive autant, si nous regardons de nuit une lumière fort éloignée. Elle nous parait aussi beaucoup plus grande, et même plus que si nous la voyions de près : cet agrandissement n’est causé que par une finisse lueur. Or, plus une lunette grossit, pins cet
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accident doit diminuer, tant parce que les rayons souffrent quelque affaiblissement, que parce que la véritable image sur le fond de l’œil devient plus grande ; de sorte que ce n’est plus un seul point qui soutient toute l’impression des rayons. Donc, quelque petites que nous paraissent les étoiles à travers une lunette, on peut prononcer hardiment qu’à la vue simple elles nous paraîtraient encore beaucoup plus petites, sans la fausse lumière accidentelle, et cela autant de fois que la lunette grossit.
De là il s’ensuit que, puisque les étoiles fixes ne paraissent que comme des points, malgré qu’elles soient grossies 200 fois, leur éloignement doit être exorbitant. Il sera fort aisé à V. A. de comprendre comment on peut estimer cette distance. Le diamètre du soleil nous parait sous un angle de 3a minutes; donc, si le soleil était 3a fois plus éloigné, il paraîtrait sous un angle d’une minute, et ainsi encore beaucoup plus grand qu’une étoile vue par la lunette, dont le diamètre n’excède pas deux secondes, ou la 3o° partie d’une minute. Il faudrait donc que le soleil fût encore 3o fois plus, c’est-àdire 960 fois plus éloigné, avant qu’il ne nous parut pas plus grand qu’une étoile fixe observée avec le secours de la lunette. Or, les étoiles sont aoo fois plus éloignées de nous que la lunette ne nous les représente, et conséquemment le soleil devrait être aoo fois 960, c’est-à-dire 19a 000 fois plus éloigné qu’il 11’est, avant qu’il ne nous parût plus grand qu’une étoile fixe. Par conséquent, si les étoiles fixes étaient des corps aussi grands que le soleil , leurs
distances seraient 1 92000 fois plus grandes que celle du soleil; si elles étaient encore plus grandes, leurs distances devraient être encore autant de fois plus grandes; et en les supposant même plusieurs fois plus petites, leurs distances devraient toujours être plus de mille fois plus grandes que celle du soleil. Or, la distance du soleil est environ de 1 5 000000 de milles d’Allemagne (1).
V. A. ne pourra sans doute concevoir sans le plus grand étonnement cette distance prodigieuse des étoiles fixes, et l’étendue entière du monde. Quelle doit être la puissance de celui qui a créé cette immensité, et qui en est le maître absolu? Adorons-le avec la plus profonde soumission.
LETTRE XCIII
(20 avril 17«2.)
Sur la question : Pourquoi la lune et le soleil nous paraissent plus grands à leur lever et à leur coucher, que lorsqu’ils se trouvent à quelque hauteur? Des difficultés qu’on rencontre en voulant expliquer ce phénomène.
V. A. aura sans doute déjà remarqué que lorsque la lune se lève ou se couche, elle nous parait beaucoup plus grande que lorsqu’elle se trouve au haut du ciel; et tout le monde convient de ce phénomène. On fait la même observation par rapport au
(1) y oyez la note sur la page 3 du tome 1er.