‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 106 sur 130 · DE LA GRANDEUR DES ASTRES A L’HORIZON · texte numérisé non relu

DE LA GRANDEUR DES ASTRES A L’HORIZON

soleil. Cette apparence a toujours embarrassé les philosophes, et, de quelque manière qu’on l’envisage, on rencontre des difficultés presque insurmontables.

Il serait sans doute ridicule de vouloir en conclure que le corps de la lune est en effet plus grand lorsqu’elle paraît dans l’horizon que lorsqu’elle est plus élevée: car, outre qu’une telle pensée serait absurde en elle-même, il faut considérer que quand la lune nous paraît à l’horizon , elle paraît à d’autres habitants de la terre plus élevée, et ainsi plus petite. Or, il est certainement impossible que le même corps soit en même temps plus grand et aussi plus petit.

Une manière presque aussi ridicule d’expliquer cet étrange phénomène, serait de supposer que la lune nous fût alors plus proche lorsqu’elle nous paraîtrait dans l’horizon que quand elle serait fort élevée, puisqu’il est certain que le même corps nous parait d’autant plus grand qu’il est plus proche de nous, et V. A. sait que plus un même objet est éloigné de nous; plus il nous paraît petit. C’est précisément par cette raison que les étoiles nous paraissent si extrêmement petites, quoique leur véritable grandeur soit prodigieuse. Mais, toute probable que semble cette idée, elle ne saurait avoir lieu. Il est plutôt certain que la lune est même un peu plus éloignée de nous lorsqu’elle se lève ou se couche , que lorsqu’elle est plus élevée ; en voici la démonstration :

Soit le cercle ABD ( fig . ■ 1 4 ) la terre, et que la

478 lit' PARTIE. — LETTRE XC1II.

lune se trouve en L. Cela posé, un habitant en A verra la lune dans son zénith, ou au plus haut point du ciel. Or, un autre habitant en D, où la ligne DL frise la surface de la terre, verra la lune en même temps dans son horizon; de sorte qu’en même temps la lune paraîtra au spectateur A dans son zénith, et à l’autre spectateur D dans son horizon. Mais il est clair que la dernière distance DL est plus grande que la première AL4 et par conséquent la lune est plus éloignée de ceux qui la voient à Fhorizon , que de ceux qui la voient près de leur zénith. De là il s’ensuit ouvertement que la lune étant vue à l’horizon devrait nous paraître plus petite, puisqu’elle est effectivement plus éloignée de nous que lorsqu’elle est fort élevée. Il y a donc à s’étonner d’autant plus que nous observons précisément le contraire, et que la lune nous parait même beaucoup plus grande quand nous la voyons près de l’horizon qu’au milieu du ciel.

Ainsi, plus on approfondit ce phénomène, plus •on le trouve étrange, et plus il mérite notre attention; puisqu’il est certain que la lune à l’horizon devrait nous paraître plus petite, étant en effet plus éloignée , et que cependant tout le monde soutient unanimement que la lune paraît alors considérablement plus grande. Cette contradiction est évidente, et semble même renverser tous les principes établis dans l’optique, qui néanmoins sont aussi bien démontrés que ceux de la géométrie.

Je crois avoir mis dans tout son jour l’embarras où nous nous trouvons à cet égard, pour faire d’au-

Page 1