K L INDUCTION
ment les expériences, quoiqu’elles ne roulent que sur des objets individuels, ont conduit les hommes à des connaissances très-universelles; mais il faut convenir que l’entendement et les autres facultés de l'âme s’y mêlent d’une manière qu’il est très-dif-) ficile de bien développer : et si l’on voulait être trop scrupuleux sur toutes les circonstances, on n’avancerait rien dans toutes nos connaissances, et l’on serait arrêté à chaque pas.
A cet égard , il faut avouer que le commun peuple a beaucoup plus de bon sens que ces philosophes scrupuleux qui s’obstinent à douter de tout. Cependant il faut aussi bien prendre garde de ne pas tombêi*dans une autre extrémité , et de négliger les précautions nécessaires.
Toutes les trois sources d’où nous tirons nos connaissances exigent chacune certaines précautions qu’on doit bien observer pour être assuré de la vérité; mais dans chacune on peut pousser la chose trop loin, et il faut toujours tenir un certain milieu.
La troisième source ne prouve cela que trop ouvertement. Ce serait sans doute la plus grande folie de croire tout ce que les autres nous racontent; mais, d’un autre côté, une trop grande méfiance ne serait pas moins blâmable. Qui veut douter de tout, ne manquera jamais de prétexte : quand un homme dit ou écrit qu’il a vu telle ou telle action , d’abord on peut dire que cela n’est pas vrai , et que cet homme se plaît à nous surprendre. Ensuite, quand sa fidélité ne serait assujettie à aucun doute, on pourrait dire qu’il n’a pas bien vu, qu’il a été ébloui;
et on trouvera toujours des exemples où quelqu'un* s’est trompé, et faussement imaginé qu’il voyait quelque chose. Les règles qu’on prescrit à cet égard perdent tout leur poids quand on a affaire à un chicaneur.
Ordinairement, pour qu’on puisse être assuré de la vérité d’une relation ou d’une histoire, on exige que l’auteur ait été lui-même témoin, et qu’il n’ait aucun intérêt à raconter la chose autrement qu’elle ne s’est passée. Ensuite, si deux ou plusieurs rapportent la même chose et avec les mêmes circonstances, c’est toujours un grand argument pour la vérité. Quelquefois pourtant une trop grande harmonie jusqu’aux moindres minuties devient suspeftfe : car deux personnes qui regardent le même événement, le regardent de différents points de vue ; et l’une remarquera toujours quelques petites circonstances qui auront échappé à l’attention de l’autre. Donc, une petite différence qui se trouve en deux relations du même événement, en prouve plutôt la vérité quelle ne l’affaiblit.
Riais il est toujours extrêmement difficile de raisonner sur les premiers principes de nos connaissances , et de vouloir expliquer le mécanisme et les ressorts que notre âme met en usage. Il serait bien beau si l’on pouvait y réussir, et cela nous éclaircirait sur quantité d’articles importants qui regardent la nature de notre âme et ses opérations; mais il semble que nous sommes plutôt destinés à nous servir de nos facultés que d’en approfondie tous les, Ressorts.