III. Tout revient donc à expliquer pourquoi les
objets célestes vus à l’horizon nous paraissent plus éloignés que lorsqu’ils se trouvent à quelque hauteur considérable : je dis maintenant que la raison en est , parce que ces objets nous paraissent moins brillants; ce qui m’impose une double tâche, qui est de montrer pourquoi ces objets brillent avec moins d’éclat vers l’horizon, et ensuite d’expliquer comme cette circonstance entraîne nécessairement le jugement d’une plus grande distance. J’espère remplir l’une et l’autre à la satisfaction de V. A.
IV. D’abord le phénomène lui-même ne saurait être révoqué en doute. Quelque grand que soit l’éclat du soleil vers midi, de sorte que personne ne saurait y diriger ses yeux, V. A. sait que le matin et le soir, lorsque le soleil se lève ou se couche, on peut le regarder sans risque d’en avoir la vue incommodée; et la même chose arrive par rapport à la lune et à toutes les étoiles, dont l’éclat est extrêmement iiilaibli dans le voisinage de l’horizon. Aussi ne voit-on pas même les plus petites étoiles quand elles ne sont qu'un peu élevées au-dessus de l’horizon, pendant qu’on les voit assez distinctement lorsqu’elles 6out parvenues à quelque hauteur considérable.
V. Ce fait étant suffisamment constaté, il s’agit de découvrir la cause de cet affaiblissement de lumière. 11 est assez clair que nous ne saurions la chercher que dans la nature de notre atmosphère, ou de l’air qui environne la terre, en tant qu’il n’est pas parfaitement transparent. Car si l’air était parfaitement transparent, de sorte que tous les rayons y
DE t’APLATISSEMENT DE LA VOÛTE CÉLESTE. 491
fussent transmis sans souffrir aucune diminution, il n’y a aucun doute que les étoiles devraient toujours briller avec le même éclat, en quelque lieu du ciel qu’elles se trouvassent.
VI. Or l’air, outre qu’il est une matière beaucoup moins déliée et moins subtile que l’éther, dont la transparence est parfaite, est aussi toujours chargé Ale particules hétérogènes qui s’y élèvent de la terre comme les exhalaisons et les vapeurs, et qui sont nuisibles à sa transparence ; en sorte que si quelque rayon rencontre une telle particule, il en est intercepté et presque éteint. Aussi , il est évident que plus l’air est chargé de ces particules qui sont des obstacles à la transmission de la lumière, plus les rayons doivent s’y perdre; et V. A. sait qu’un brouillard fort épais dépouille l’air presque de toute sa transparence, de sorte que souvent on ne saurait plus distinguer les objets à la distance de trois pas.
VII. Que les points marqués dans la fig. 1 1 8 représentent de telles parcelles parsemées dans l’air, dont le nombre est tantôt plus, tant moins grand, selon que l’air est plus ou moins serein. 11 est donc évident que plusieurs rayons qui traversent cet espace doivent se perdre, et que la perte sera d’autant plus grande que le trajet qu’ils ont à parcourir par cet air sera grand. Ainsi, nous voyons que, dans un brouillard, les objets éloignés deviennent invisibles, pendant que ceux qui sont fort près de l’œil sont encore aperçus : la raison en est parce que les rayons des premiers rencontrent dans leur chemin un plus grand nombre de parcelles qui les arrêtent.
VIII. De là il faut conclure que plus le trajet que les rayons des astres ont à faire dans l’atmosphère pour parvenir à nos yeux est long, plus leur perte ou affaiblissement doit en devenir considérable. V. A. n’aura plus là-dessus le moindre doute. Il reste donc simplement à prouver que les rayons des étoiles que nous voyons près de notre horizon ont un chemin beaucoup plus long à parcourir dans notre atmosphère, que lorsqu’elles se trouvent plus près de notre zénith. Par là V. A. comprendra la véritable raison pourquoi les astres près de l’horizon , à leur lever et à leur coucher, paraissent beaucoup moins brillants. Ce sera le sujet de ma lettre prochaine.
(4 mai 1763.)
La lumière des astres qui se trouvent à l’horizon est beaucoup affaiblie, parce que leurs rayons ont un beaucoup plus grand chemin à parcourir dans notre basse atmosphère que lorsque les astres se trouvent à une hauteur ; et c'est par cette raison que nous les jugeons , à l’horizon , être plus éloignés de nous et plus grands que s’ils sont à une hauteur.
Peut-être ce que je viens d’avancer, que les rayons des astres qui se trouvent à l’horizon ont un chemin plus long à parcourir dans notre atmosphère, paraîtra bien paradoxe à V. A., attendu que l’atmosphère s’étend partout à la même hauteur; de sorte qu’en quelque lieu que se trouve une étoile,