DE L'EXTINCTION DE LA LUMIÈRE DES ASTRES
ses rayons doiveut toujours pénétrer par toute sa hauteur avant que de parvenir à nos yeux. Mais j’espère que les réflexions suivantes dissiperont tous les doutes.
I. D’abord il faut se former une juste idée de l’atmosphère qui environne la terre. Pour cet effet, le cercle intérieur ABCD {Jig. x 19) représente la terre même, et l’extérieur ponctué nbcd termine l’atmosphère. Il faut remarquer que partout, à mesure que l’air s’élève au-dessus de la surface de la terre, il devient de plus en plus subtil et rare ; de sorte qu’il se perd enlin insensiblement avec l’éther qui remplit tous les espaces célestes.
II. L’air le plus grossier, celui qui est le plus chargé des parcelles qui éteignent les rayons de lumière, se trouve partout en bas près de la surface de la terre. De là, en montant, il devient de plus en plus rare, et ainsi moins nuisible à la lumière ; et à la hauteur d’un mille d’Allemagne il est déjà si subtil, qu’il n’y saurait plus causer de perte sensible à la lumière. On peut donc fixer la distance entre le cercle intérieur et l’extérieur, environ d’un mille d’Allemagne, tandis que le demi-diamètre de la terre même en contient environ 860; de sorte que la hauteur de l’atmosphère est fort peu de chose par rapport à la grandeur du globe de la terre.
III. Considérons maintenant un spectateur en A {Jig. lao), sur la surface de la terre; et, tirant du centre de la terre G par A la ligne GZ, elle sera dirigée vers le zénith de notre spectateur. La ligne
AS, qui y est perpendiculaire et qui touche la terre, sera pour le spectateur horizontale. Conséquemment, une étoile en Z sera vue dans le zénith ou au sommet du ciel; or, une étoile en S paraîtra dans l’horizon à son lever ou à son coucher. Rien n’empéche que nous ne regardions l’une et l’autre étoile comme infiniment éloignée de la terre, quoique je n’aie pu l’exprimer dans la figure.
IV. A présent V. A. n’a qu’à jeter les yeux sur la figure, pour voir que les rayons partant de S ont un trajet beaucoup plus long à faire dans l’atmosphère que ceux de l’étoile Z, avant d’atteindre le spectateur en A. Les rayons de l’étoile Z ont seulement à traverser la hauteur de l’atmosphère ak qui est environ d’nn mille, au lieu que les rayons de l’étoile S doivent parcourir tout le chemin hk , qui
* est visiblement beaucoup plus long; et si la figure pouvait mieux répondre à la vérité, de sorte que le rayon GA fût 860 fois plus long que la hauteur ka, on verrait que la distance kh surpasserait 4o milles.
V. Aussi est-il bon de remarquer que les rayons de l’étoile Z n’ont qu’un très-petit espace à parcourir par la basse atmosphère, qui est la plus chargée de vapeurs, au lieu que les rayons de l’étoile S ont un trajet très-considérable à faire par cette partie basse de l’atmosphère, et sont obligés presque de ramper, pour ainsi dire, sur la surface de la terre : d’où il est très-naturel de conclure (pie les rayons de l’étoile en Z ne souffrent presque aucun affaiblissement, tafndis que ceux de l’étoile 9 doivent être
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presque éteints, à cause du grand trajet qu’ils ont à parcourir dans l’air grossier.
VI. Il est donc incontestablement prouvé que les astres que nous voyons à l’horizon doivent paraître avec un éclat extrêmement affaibli. Maintenant V. A. comprendra fort aisément pourquoi nous pouvons fixer les yeux sur le soleil levant ou couchant, sans qu’ils en soient incommodés, au lieu qu’à midi, lorsque le soleil est haut, son éclat nous est insupportable. Or, c’est le premier article que je m’étais proposé de démontrer; il ne me reste actuellement qu’à prouver l’autre: savoir, que le même affaiblissement de lumière nous force presque à nous imaginer comme si les corps célestes étaient alors beaucoup plus éloignés de nous que si nous les voyions dans leur plein éclat.
VII. Or, il en faut chercher la raison dans les objets terrestres que nous voyons tous les jours, et sur la distance desquels nous formons un jugement. Mais , par la même raison que les rayons , en passant par l’air, souffrent quelque affaiblissement, il est clair que plus un objet est éloigné de nous, plus il perd de sa clarté, ou plus il nous parait obscur,. Ainsi une montagne fort éloignée nous parait très* sombre ; mais si, au contraire , nous nous en approchons assez, nous y distinguons facilement les arbres, ce qui n’est pas possible dans Un grand éloignement.
VIII. Cette observation si générale, qui ne nous trompe jamais dans les objets terrestres , a produit en nous, depuis notre première jeunesse, ceprin-
cipe fondamental par lequel nous jugeons tous les objets d’autant plus éloignés, que les rayons qui nous en viennent ont été affaiblis. C’est donc en vertu de ce principe que nous estimons la lune, à sou lever ou à son coucher, beaucoup plus éloignée de nous que quand elle a déjà atteint une hauteur considérable; et par cette même raison nous la jugeons aussi d’autant plus grande. Je me Halte que V. A. trouvera ces raisons parfaitement bien fondées, et ce phénomène bizarre aussi bien éclairci qu’il est possible.
(8 mai 178S.)
Sur quelques autres illusions qui viennent de ce que nous jugeons un objet d’autant plus éloigné de nous , que sa lumière ou son éclat nous parait faible. De quelle manière les peintres en profitent.
Le principe de notre imagination par lequel je viens d’expliquer ce phénomène tout à fait bizarre, qui nous fait estimer la lune beaucoup plus grande près de l’horizon qu’au milieu du ciel; ce principe, dis-je, est tellement enraciné dans notre esprit, qu’il est la source de mille autres illusions , dont je me contenterai de mettre quelques-unes sous les yeux de V. A.
Depuis notre jeunesse, nous nous sentons entraînés , comme malgré nous , à juger les objets d’au-