III. La couleur bleue que nous voyons dans le
ciel, lorsqu’il est serein, n’est donc autre chose que le résultat de toutes ces particules dispersées dans l’atmosphère, et principalement de celles qui sont fort éloignées de nous; et ainsi on peut bien dire que toutes ces particules sont bleues de leur nature, mais d’un bleu extrêmement clair, qui ne devient assez foncé et sensible que lorsqu’elles sont en très-grand nombre, et qu’elles joignent ensemble leurs rayons selon la même direction.
IV. L’art peut produire un effet semblable. On n’a qu’à dissoudre une petite quantité d’indigo dans une grande quantité d’eau; alors, en laissant tomber cette eau par gouttes, on n’y remarque pas la moindre teinture, et si l’on en verse dans un petit gobelet, on n’y verra qu’une couleur bleuâtre très-faible. Mais si l’on en remplit un grand vaisseau, et qu’on le regarde de loin, on y observe un bleu très-foncé. La même expérience peut se faire aussi avec d’autres couleurs. C’est ainsi que le vin de Bourgogne en très -petite quantité paraît à peine un peu rougeâtre, et que si l’on regarde une grande fiole qui en soit remplie, la couleur rouge paraîtra bien foncée.
V. Toute eau, lorsqu’un grand et profond bassin en est rempli , parait toujours avoir une certaine couleur, quoiqu’une petite quantité soit tout à fait claire et limpide. Ordinairement cette couleur est verdâtre plus ou moins, ce qui fait dire que les dernières particules de l’eau sont verdâtres, mais d’une couleur extrêmement déliée; de sorte qu’il en faut regarder un gros volume avant de s’en aper-
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ce voir, puisqu’alors les rayons de plusieurs particules se joignent ensemble pour produire le même effet.
VI. Comme il parait probable, par cette observation, que les dernières particules de l’eau sont verdâtres, on pourrait soutenir que la même raison par laquelle la mer, ou l’eau d’un lac et d’un étang nous paraissent vertes, est celle par laquelle le ciel nous parait bleu. Car il est plus vraisemblable que toutes les particules de l’air aient une légère teinture de bleu, mais qui soit si faible, qu’elle ne devienne visible que quand on regarde une masse immense, comme toute l’étendue de l’atmosphère, qu’il ne l’est d’attribuer cette couleur aux vapeurs qui voltigent dans l’air, et qui n’y appartiennent pas.
VII. En effet , plus l’air est pur et dégagé d’exhalaisons , plus le bleu du ciel a de l’éclat ; ce qui prouve suffisamment qu’il faut en chercher la raison dans les particules propres de l’air. D’autres matières étrangères qui se mêlent avec l’air, comme les exhalaisons, dev iennent au contraire nuisibles à ce beau bleu, et ne font qu’en altérer extrêmement l’éclat. Lorsque de telles vapeurs chargent trop l’air, elles causent ici-bas des brouillards, et nous dérobent entièrement le spectacle de la couleur bleue : si elles sont plus élevées, comme cela arrive ordinairement, il s’en forme des nuages qui couvrent souvent le ciel tout entier, et nous offrent une tout autre couleur que ce bleu de l’air pur; c’est donc une nouvelle qualité de l’air, outre celle de la subtilité,
de la fluidité et de l’élasticité, que j’ai eu déjà l’honneur de proposer à V. A. , c’est-à-dire que les dernières particules qui constituent l’air sont bleuâtres de leur nature.
(16 mai 1761.)
Sur ce que nous observerions si l'air était parfaitement transparent , et <ie la situation déplorable dans laquelle une telle parfaite transparence de l'air nous jetterait.
Sur cette teinture de l’air qui nous environne, sans laquelle nous ne jouirions pas de ce beau- spectacle du bleu du ciel, je remarque de plus que nous serions bien malheureux si l’air était parfaitement transparent et dépouillé de ces particules bleuâtres; de sorte que nous devons plutôt y reconnaître et admirer la bonté infinie et la sagesse du Créateur.
Pour en convaincre parfaitement V. A. , supposons que l’air soit tout à fait transparent et semblable à l’éther, lequel , comme nous le savons , transmet tous les rayons des étoiles sans en arrêter aucun, et ne contient point de telles particules qui soient elles-mêmes éclairées par les rayons, attendu qu’une telle particule ne saurait être éclairée sans intercepter quelques rayons qui y tombent. Si l’air se trouvait dans un pareil état , tous les rayons du soleil le traverseraient librement, et aucune lumière n’en serait renvoyée dans nos yeux; nous ne rece-