DU BLEU DU CIEL
vrions d’autres rayons que ceux qui viennent immédiatement du soleil. Par conséquent tout le ciel , excepté le lieu où est le soleil, nous paraîtrait tout à fait obscur; et au lieu de ce beau bleu brillant, si nous regardions en haut, nous n’y découvririons qu’un noir très-foncé et une nuit la plus obscure.
La fig. 122 représente le soleil, et le point O est un spectateur dont l’œil ne recevrait d’autres rayons d’en haut que du soleil, de sorte que toute la clarté serait renfermée dans le petit angle EOF. Eu portant sa vue vers une autre région du ciel , comme vers M, on n’en recevrait aucun rayon, et il en serait de même que si l’on regardait dans un lieu entièrement obscur; or, tout endroit qui n’envoie point des rayons de lumière est noir. Je fais ici abstraction des étoiles dont le ciel est rempli ; car, en dirigeant l’œil vers M, rien n’empêche que les rayons des étoiles qui se trouvent dans cette région n’entrent dans l’œil; et même ces rayons auraient d’autant plus de force, qu’ils ne souffriraient aucun affaiblissement par l’atmosphère, telle que je viens de Ja supposer. On verrait donc toutes les étoiles en plein jour aussi bien que dans la nuit la plus obscure ; mais il faut considérer que tout ce plein jour se réduirait au seul petit angle EOF, tout le reste du ciel étant aussi obscur que la nuit.
Cependant, tout près du soleil, les étoiles nous seraient invisibles , et nous ne verrions point , par exemple, l’étoile N; puisqu’en la regardant notre œil recevrait en même temps les rayons du soleil, desquels il serait si vivement frappé, que la faible
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lumière de l’étoile n’y saurait exciter de sensations. Je ne parle pas de l’impossibilité qu’il y aurait à tenir l’œil ouvert, en voulant regarder vers N; cela est trop sensible pour ne pas être entendu.
Mais en opposant au soleil un corps opaque qui en interceptât les rayons, on ne manquerait pas de voir l’étoile N, quelque proche qu’elle fût du soleil; V. A. comprendra aisément dans quel triste état nous nous trouverions alors. Ce voisinage du plus grand éclat et des ténèbres les plus sombres blesserait notre vue, au point que nous en deviendrions d’abord aveugles. On peut en juger par l’incommodité que nous ressentons en passant subitement d’un lieu obscur dans un autre fort éclairé.
C’est donc à ce grand inconvénient que remédie la nature de l’air, en tant qu’il contient des particules tant soit peu opaques, et susceptibles d'illumination. Alors, dès que le soleil se lève au-dessus de l’horizon, et même déjà un peu auparavant, toute l’atmosphère en devient éclairée, et nous présente ce beau bleu dont j’ai eu l’honneur de parler à V. A.; de sorte que nos yeux , quelque part que nous les, dirigions, en reçoivent quantité de rayons engendrés dans les mêmes particules. Ainsi, en regardant vers M , nous y apercevons une très-grande clarté , ou bien ce brillant bleu du ciel.
C’est cette même clarté qui nous empêche de voir les étoiles pendant le jour ; et la raison en est évidente. Cette clarté surpasse de beaucoup de fois celle des étoiles, et une moindre s’évanouit auprès d’une autre lteaucoup plus grande; car les nerfs de
Ull BLKU DU C'IIiL.
la rétine au fond de l’œil, étant déjà frappés par une lumière très-forte, ne sauraient plus être sensibles à la faible impression des étoiles.
V. A. n’a qu’à se rappeler que le clair de la pleine lune est déjà plus de 3oo ooo fois moindre que celui du soleil, pour se convaincre que la clarté qui nous vient des seules étoiles n’est rien en comparaison de celle du soleil. Or, la seule clarté du ciel pendant le jour est déjà si éclatante, que, quoique le soleil soit couvert, elle surpasse encore plusieurs mille fois celle de la pleine lune.
V. A. aura déjà remarqué que, même de nuit, lorsque la lune est pleine, les étoiles paraissent beaucoup moins brillantes, et qu’on n’en voit que les plus grandes, surtout dans le voisinage de la lune; de sorte que toujours une plus grande lumière étouffe une plus faible.
Aussi est-ce un très-grand avantage que notre atmosphère commence à être éclairée par le soleil avant même qu’il se lève, parce que cela nous dispose à soutenir ensuite son vif éclat, qui nous serait insupportable si le changement de la nuit au jour était subit. Le temps pendant lequel l’atmosphère devient éclairée avant le lever du soleil , et conserve encore de la clarté après le coucher du soleil, s’appelle crépuscule. Comme c’est un sujet dont la considération est de quelque importance, je me propose d’en entretenir plus amplement V. A. C’est ainsi qu’un article de physique en entraîne un autre.
(IR mai 1783.)
Sur la réfraction des rayons de lumière à leur entrée dans l'atmosphère, sur les effets de cette réfraction. Des crépuscules,
et du lever et coucher appareuts des astres.
Pour expliquer la cause des crépuscules, ou de cette clarté du ciel, tant avant le lever qu’après le coucher du soleil , V. A. n’a qu’à se rappeler ce que j’ai déjà eu l’honneur de lui dire touchant l’horizon et l’atmosphère.
Que le cercle AOBD (Jig. i a3 ) représente la terre, et le cercle ponctué aobd l’atmosphère ; considérons un lieu sur la terre O par laquelle on tire une ligne droite HORI qui touche la terre en O, et celte ligne HI représentera l’horizon qui sépare la partie du ciel qui nous est visible, de celle qui nous est invisible. Donc, dès que le soleil atteint cette ligue , il parait dans l’horizon , ou en se levant , ou en se couchant , et alors aussi toute l’atmosphère en est éclairée. Mais supposons que le soleil, avant que de se lever, se trouve encore au-dessous de la terre en S, d’où le rayon STR, frisant la terre en T, puisse atteindre le point de l’atmosphère situé dans notre horizon, et les particules opaques qui s’y trouvent en seront déjà éclairées, et par conséquent nous deviendront visibles. Ainsi, quelque temps déjà avant le lever du soleil, l’atmosphère A«R sur notre lio-