DE L ESSENCE DES CORPS
découvre aucune différence, il est certain que l’essence de cette plume individuelle m’est tout à fait inconnue.
Il en est de même de toutes les autres choses individuelles, et on peut hardiment soutenir que ce n’est que Dieu qui connaît l’essence ou la nature de chacune. V. A. ne saurait assigner aucune chose réellement existante, dont nous puissions avoir une connaissance si parfaite, qu’il fût impossible de nous y tromper jamais; c’est, pour ainsi ' dire, l’empreinte dont le Créateur a marqué toutes les choses créées, et dont la uature sera toujours un mystère pour nous.
I) est donc très-certain que nous ne connaissons point l’essence des choses individuelles, ou tous les caractères dont chacune est distinguée de toutes les - —autres; mais il n’en est pas de même des espèces et des genres, qui sont des notions générales qui embrassent à la fois une infinité de choses individuelles. Ce ne sont pas des êtres actuellement existants; ce ne sont que des notions que nous formons nousmêmes dans nos esprits, en rangeant plusieurs choses individuelles dans la même classe, que nous nommons une espèce ou un genre, selon que le nombre des choses individuelles qui y sont comprises est plus ou moins grand.
Ainsi, pour m’arrêter à l’exemple de la plume, comme il y a une infinité de choses à chacune desquelles je donne le #t'me nom de plume, quoiqu’elles diffèrent toutes entre elles, la notion de plume est une idée générale dont nous sommes
nous-mêmes les créateurs, et elle n’existe que dans notre esprit. Cette notion ne renferme que les caractères communs qui constituent l’essence de la notion générale d’une plume, et cette essence nous doit être bien connue, puisque nous sommes en état de distinguer toutes les choses que nous nommons plumes , de toutes les autres que nous ne comprenons pas sous ce nom.
Dès que nous remarquons dans une chose certains caractères ou certaines qualités, nous disons qu’elle est une plume, et nous sommes en état de la distinguer de toutes les autres choses qui ne sont pas plumes, quoique nous soyons fort éloignés de la distinguer de toutes les autres plumes.
Plus une notion est générale, et moins comprendelle de caractères qui en constituent l’essence, et par conséquent il est aussi plus aisé de reconnaître cette essence. Nous comprenons plus facilement ce que c’est qu’un arbre en général, qu’un cerisier, ou un poirier, ou un pommier, et quand ce sont des) espèces; et quand je dis, Telle chose que je vois dans un jardin est un arbre, je ne me trompe pas; mais je pourrais bien me tromper si je disais que c’est un cerisier. Il faut donc que je connaisse mieux l’essence d’un arbre en général que les espèces; je ne confondrai pas si aisément un arbre avec une pierre, qu’un cerisier avec un prunier.
Or, une notion! en général s’étend encore infiniment plus loin, et par conspuent son essence ne comprend que les caractères qui sont communs à tous les êtres que nous nommons corps. Elle se re-