DE LA VISIBILITÉ DES COUPS OPAQUES
En effet, tout revient à découvrir cette cause capable de produire une agitation ; car, dès que les particules mentionnées seront mises dans un mouvement de vibration, l'éther répandu dans l’air en reçoit d’abord une semblable agitation^ qui, étant continuée dans nos yeux, y constitue ce que nous nommons rayons, d’où la vision est excitée.
D’abord je remarque que les particules des corps 11e sont pas mises en mouvement par elles-mêmes, mais qu’il faut pour cet effet une force étrangère; de même qu’une corde tendue demeurerait toujours en repos, si elle n’était pas frappée par quelque force. C’est aussi le cas où se trouvent tous les corps pendant la nuit ou dans les ténèbres; car, puisque nous ne les voyons point, c’est une marque certaine qu’ils n’engendrent point de ravons et que leurs particules sont en repos; c’est-à-dire que, pendant la nuit ou dans les ténèbres, les corps se trouvent dans le même cas que les cordes d’un instrument qui n’est pas touché, ou qui ne rend aucun son; au lieu que tant que les corps sont visibles, ils sont à comparer avec des cordes qui résonnent actuellement.
Or, puisque les corps deviennent visibles dès qu’ils sont éclairés, ou que les rayons du soleil ou de quelque autre corps lumineux y tombent, il faut bien que la même cause qui les éclaire excite aussi leurs moindres particules à ce mouvement de vibration propre à engendrer des rayons, et à exciter dans nos yeux le sentiment de la vision. Ce seraient donc les rayons de lumière , en tant qu’ils
tombent sur un corps, qui font frémir les moindres particules pour les rendre visibles.
Cela parait d’abord fort surprenaul, attendu qu’en exposant nos mains à la plus forte lumière, nous n’en ressentons point la moindre impression. Mais il faut considérer que notre sens d’attouchement est trop grossier pour sentir ces subtiles et légères impressions; au lieu que le sens de la vue, étant incomparablement plus délicat, en est bien vivement frappé. Ce qui nous fournit une preuve incontestable que les rayons de lumière, lorsqu’ils tombent sur un corps, ont assez de force pour agir sur les moindres particules pour les faire frémir. Et c’est précisément en quoi consiste l’action dont j’ai besoin pour expliquer comment les corps, étant éclairés, sont mis en étal de produire eux-mêmes des rayons par le moyen desquels ils nous deviennent visibles. Il suffit que les corps soient éclairés ou exposés à une autre lumière, pour que leurs moindi •es particules en soient agitées, et mises par là en étal d’eugendrer elles-mêmes des rayons qui nous les rendent visibles.
La belle harmonie entre l’ouïe et la vue porte cette explication au plus haut degré de certitude. On n’a qu’à exposer un clavecin à un grand bruit, et l’on verra que non-seulement ses cordes en sont mises en vibration , mais on entendra aussi le son de chacune presque de la même manière que si elle était touchée effectivement. Le mécanisme de ce phénomène est aussi aisé à comprendre, dès qu’on reconnaît qu’une corde agitée est capable de corn-