DE L’ÉLECTRICITÉ POSITIVE ET NÉGATIVE
l’éther est la cause de la lumière : donc, toutes les fois que l’éther échappe d’un corps pour passer dans un autre, son passage par l’air doit être accompagné d’une lumière qui paraît tantôt sous la forme d’une étincelle, tantôt sous celle d’un éclair, lorsque la quantité est assez grande.
Voilà donc la plus remarquable circonstance qui accompagne la plupart des phénomènes électriques, qui s’explique avec évidence par nos principes. Mais il sera bon d’entrer dans un plus grand détail, ce qui me fournira une matière très-agréable pour quelques-unes des lettres suivantes.
(4 juillet 1701.)
De l'électricite positive, et de 1 électricité négative. Explication du phénomène de l'attraction.
De ce que je viens d’exposer, V. A. comprendra facilement qu’un corps doit devenir électrique, lorsque l’éther qui est contenu dans ses pores devient ou plus ou moins élastique que celui qui se trouve dans les corps environnants; ce qui arrive lorsqu’une grande partie d’éther a été introduite dans les pores de ce corps, ou lorsqu’une partie de l’éther qui y est contenue en est chassée. Dans le premier cas, l’éther y devient plus comprimé, et par conséquent plus élastique; dans l’autre cas, il
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y devient plus rare et perd aussi de son élasticité. Dans l’un et l’autre cas il n’est plus en équilibre avec l’éther de dehors; et de ce qu’il fait des efforts pour se remettre en équilibre, c’est ce qui produit tous les phénomènes de l’électricité.
De là V. A. voit qu’un corps peut devenir électrique en deux manières différentes, selon que l’éther contenu dans ses pores devient plus ou moins élastique que celui de dehors; d’où une double électricité peut avoir lieu : l’une, où l’éther se trouve plus élastique ou plus comprimé, est nommée l 'électricité en plus, ou bien Y électricité positive; l’autre, où l’éther est moins élastique ou plus raréfié, est nommée Y électricité en moins , ou électricité négative. Les phénomènes de l’une et de l’autre sont à peu près les mêmes; on n’y remarque qu’une légère différence, dont je parlerai dans la suite.
Naturellement les corps ne sont pas électriques, puisque l’élasticité de l’éther tend à l’entretenir en équilibre : ce sont toujours des opérations violentes qui troublent l’équilibre de l’éther et rendent les corps électriques; et il faut que ces opérations agissent sur des corps à pores fermés, afin que l’équilibre étant une fois dérangé, il ne se rétablisse pas au même instant. Aussi voyons-nous qu’on se sert du verre, de l’ambre, de la cire d’Espagne, ou du soufre, pour y exciter l’électricité.
L’opération la plus facile et la plus connue déjà depuis longtemps, est de frotter un bâton de cire d’Espagne avec un morceau de drap de laine; après
DE l’ÉLECTRICITÉ POSITIVE ET NÉGATIVE. 1 17 quoi l’on voit que cette cire d’Espagne attire de petits morceaux de papier et d’autres corps légers. L’ambre, étant frotté, produit les mêmes phénomènes; et puisque les anciens avaient donné à cette matière le nom d ’electrum, c’est de là què cette force excitée par le frottement est encore nommée électricité, les plus anciens physiciens ayant déjà observé que cette matière, étant frottée, acquiert une force d’attirer à soi les corps légers.
Cet effet provient sans doute de ce que l’équilibre de l’éther est troublé par le frottement. 11 est donc juste que je commence par expliquer cette expérience si commune. L’ambre ou la cire d’Espagne a ses pores assez fermés ; or, ceux de la laine dont on frotte sont assez ouverts : pendant le frottement, les pores de l’un et de l’autre sont comprimés, et par là l’étlier qui y est contenu est réduit à un plus haut degré d’élasticité. Selon que les pores de la laine sont susceptibles d’une plus ou moins grande compression que ceux de l’ambre ou de la cire d’Espagne, il arrivera, ou qu’une portion d’éther passe de la laine dans l’ambre, ou réciproquement de l’ambre dans la laine. Dans le premier cas, l’ambre devient électrique en plus, et dans l’autre en moins; et puisque ses pores sont fermés, cet état se conservera pendant quelque temps, au lieu que la laine, quoiqu’il y soit arrivé un semblable change ment, se remet d’abord en son état naturel.
Par les expériences qu’une telle cire d’Espagne électrique fournit, on conclut que son électricité est en moins; de sorte qu’une partie de son éther
ail passé pendant le frottement dans la laine. De là V. À. comprend comment un bâton de cire d’Espagne est dépouillé d’une partie de son éther par le frottement dans la laine, et qu’il doit devenir électrique par ce moyen. Voyons maintenant quels effets doivent en résulter, et s’ils conviennent avec ceux qu’on observe actuellement.
Soit AB {Jig. a) un bâton de cire d’Espagne, auquel on a enlevé par le frottement une partie de l’éther contenu dans ses pores; l’éther qui reste, étant moins comprimé, aura donc moins de force pour se répandre, ou bien il aura une moindre élasticité que l’éther qui se trouve dans les autres corps et dans l’air qui l’environne : mais puisque les pores de l’air sont encore plus fermés que ceux de la cire d’Espagne, cela empêche que l’éther contenu dans l’air ne passe point dans la cire d’Espagne pour établir l’équilibre; du moins cela n’arrivera qu’après un temps assez, considérable.
Qu’on présente maintenant à ce bâton un petit corps très-léger C, qui ait ses pores ouverts, l’éther qui y est contenu trouvant une issue libre, puisqu’il a plus de force à se répandre que ne lui oppose l’éther enfermé dans le bâton en c, s’échappera actuellement , et se frayera un chemin au travers de l’air, pourvu que la distance ne soit pas trop grande, et entrera dans le bâton. Ce passage ne se fera pas pourtant saus beaucoup de difficulté, puisque les pores de la cire d’Espagne n’ont qu’une très-petite ouverture; et par conséquent il ne sera pas accompagné d’une véhémence capable de mel-
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lie l’éther dans un mouvement d’agitation, pour exciter une lumière sensible. On ne verra qu’une faible lueur dans l’obscurité, si l’électricité est assez forte.
Mais on remarquera un autre phénomène qui n’est pas moins surprenant; c’est que le petit corps C sautera vers ce bâton : comme s’il y était attiré. Pour en expliquer la cause, V. A. n’a qu’à considérer que le petit corps C, dans son état naturel, est de tout côté également pressé par l’air qui l’environne ; mais puisque, dans l’état où il se trouve à présent, l’éther en échappe et perce par l’air selon la direction Ce, il est évident que l’air de ce côté pressera moins sur le petit corps qu’ailleurs, et que la pression dont il est poussé vers Ce l’emportera sur les autres pressions , et le poussera actuellement vers le bâton de la même manière que s’il en était attiré.
C’est ainsi qu’on explique d’une manière intelligible les attractions qu’on observe dans les phénomènes de l’électricité. Dans cette expérience, l’électricité est trop faible pour produire des effets plus surprenants. J’aurai l'honneur de détailler ceux-ci plus amplement dans la suite.