‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 29 sur 130 · DE L’ÉLECTRISATION DES CORPS ANIMÉS · texte numérisé non relu

DE L’ÉLECTRISATION DES CORPS ANIMÉS

haut degré de compression, il se déchargerait aussitôt dans la terre, et il faudrait être en état de surcharger la terre tout entière d’éther, avant que l’homme devint électrique. Or, VV A. comprend aisément que le coussin dont la boule de verre est frottée ne saurait suffire à fournir une si prodigieuse quantité d’éther; et quand on en voudrait tirer de la terre même, on n’avancerait rien, puisqu’on lui en ôterait d’un côté autant qu’on lui en aurait donné de l’autre.

Ayant donc placé l’homme qu’on veut électriser, comme je viens de l’indiquer, on n’a qu’à lui faire toucher avec la main la houle de verre pendant qu’elle tourne, et l’éther accumulé dans la boule passera aisément dans les pores ouverts de la main, et se répandra par tout le corps; d’où il ne saurait plus échapper si aisément, puisque l’air, et tous les corps dont il est environné, ont leurs pores fermés. Au lieu de le faire toucher la boule avec la main, il suffira aussi qu’il touche la chaîne ou la barre de fer même dont j’ai parlé dans la lettre précédente; mais, dans ce cas, non - seulement l’homme lui -même doit être surchargé d’éther, mais aussi la chaîne avec la barre de fer; et comme cela demande une plus grande quantité d’éther, il faut travailler plus longtemps à faire tourner la boule, pour en fournir suffisamment.

De cette manière l’homme devient tout entier électrique, ou bien tout son corps sera surchargé d’éther, qui y sera porté par conséquent au plus haut degré de compression et d’élasticité, d’où il s'efforcera d’en échapper.

IIIe PARTIE. LETTRE XIV.

V. A. jugera bien que cet état violent ne saurait être indifférent à l’homme. Notre corps, dans toutes ses moindres parties, est tout à fait pénétré d’étlier, et les moindres fibrilles, aussi bien que les nerfs, en sont si remplis, que cet éther renferme sans doute les principaux ressorts des mouvements animaux et vitaux. Aussi, observe-t-on que le pouls d'un homme électrisé marche plus vite; la sueur est excitée en lui, et le mouvement des plus subtiles liqueurs dont notre corps est rempli devient plus rapide. On sent aussi un certain changement par tout le corps, qu’on ne saurait décrire, et on n’est que trop assuré qu’un tel état a une grande influence sur la santé, quoiqu’on n’ait pas encore fait assez d’expériences pour déterminer en quels cas cette influence est salutaire ou uon. Quelquefois il peut être bon que le sang et les autres humidités soient mises dans une plus vive circulation, et on peut prévenir certaines obstructions qui pourraient avoir des suites fâcheuses; mais quelquefois il peut arriver qu’une trop forte agitation soit nuisible à la santé. La chose serait bien digne que les médecins y apportassent plus de soins pour la mieux examiner. On se vante bien de quelques guérisons très-surprenantes opérées par lelectrisation, mais on ne peut pas encore assez bien «distinguer les occasions où l’on peut s’en promettre un bon succès.

Pour retourner à notre homme électrisé, il est très-remarquable que dans l’obscurité on le voit entouré d’une lumière comme celle que les pein-

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1res représentent autour des têtes des saints. La raison en est assez évidente; car, puisqu’il s’en échappe continuellement quelques parties de l’éther dont le corps*est surchargé, et qu’il rencontre dans les pores fermés de l’air beaucoup de résistance, il est mis dans une certaine agitation qui est l’origine de toute la lumière, comme j’ai eu l’honneur de le prouver à V. A.

Mais, dans cet état où l’homme électrisé se trouve, on remarque des phénomènes très - surprenants : quand on le touche, on voit non-seulement sortir du lieu touché des étincelles très-fortes, mais cet homme y souffre encore une douleur très-vive. Aussi, si c’est un autre homme dans son état naturel, ou non électrisé, qui le touche, tons les deux ressentent cette douleur, qui pourrait bien avoir des suites funestes, surtout quand on le touche à la tète, ou dans quelque autre endroit très-sensible. De là V. A, comprend combien peu il nous est indifférent qu’une partie de l’éther contenu dans notre corps s’en échappe, ou qu’il en entre de nouveau, surtout quand cela se fait avec une si prodigieuse rapidité.

Au reste, la lumière dont ou voit entouré un homme électrisé dans l’obscurité, confirme admirablement ce que j’ai eu l’honneur de dire sur l’atmosphère électrique qui environne tous les corps; et V. A. ne trouvera plus aucune difficulté sur la plupart des phénomènes électriques, quelque inexplicables qu’ils paraissent à d’autres.

(21 juillet 1761.)

Du caractère distinctif des deux espèces de l’électricité, positive et négative.

V. A. se souvient que non-seulement le verre devient électrique par le frottement, mais que d’autres matières, comme la cire d’Espagne et le soufre, ont la même propriété, en tant que leurs pores sont aussi fermés; de sorte que, soit qu’on y fasse passer trop d’éther, ou qu’on les en dépouille d’une partie, elles se conservent pendant quelque temps dans cet état, sans que l’équilibre soit sitôt rétabli.

Ainsi, au lieu d’un globe de verre on se sert aussi de globes de cire d’Espagne ou de soufre, qu’on fait tourner autour d’un axe pendant qu’ils frottent contre un coussin, de la même manière que j’ai eu l’honneur d’exposer à l’égard d’un globe de verre. Par ce moyen on rend ces globes également électriques; et en leur appliquant une barre de fer qui ne les touche que par de minces filets, ou franges de métal, incapables d’endommager le globe, l’électricité se communique aussitôt à cette barre, d’où on peut ensuite la transmettre en d’autres corps à volonté.

Cependant on découvre ici une différence bien remarquable. Cn globe de verre étant rendu élec-

df. l’étincelle électrique. 141

trique de cette façon, devient surchargé d’éther, et la barre de fer, ou d’autres corps qu’on y met en communication, en acquièrent une électricité de même nature, ou bien l’éther s’y trouve dans une trop grande compression , dont l'élasticité est augmentée. Cette électricité est nommée positive, ou électricité en plus. Mais quand on traite de la même manière un globe de cire d’Espagne ou de soufre, il en naît une électricité directement contraire, qu’on nomme négative ou électricité en moins, puisqu’on remarque que par le frottement ces globes deviennent dépouillés d’une partie d’étlxer renfermé dans leurs pores.

V. A. sera surprise de voir comment le même frottement peut produire des effets tout à fait opposés; mais cela dépend de la nature des corps frottants et frottés, et de la roideur de leurs moindres particules qui contiennent les pores. Pour expliquer la possibilité de cette différence, il est d’abord évident que lorsque deux corps sont fortement frottés l’un contre l’autre, les pores de l’un doivent ordinairement souffrir une plus grande compression que ceux de l’autre, et alors l’éther contenu dans les pores qui souffrent une plus grande compression est exprimé et forcé de s’insinuer dans les pores de l’autre corps, qui sont moins comprimés.

Cela posé, il faut dire que, dans le frottement du verre par un coussin, les pores du, coussin souffrent une plus grande compression que ceux du verre, et que par conséquent l’éther du cous-

tl!* PARTIR. — LETTRE XV.

sin passe dans le verre, et y produit une électricité positive ou en plus, connue j’ai déjà eu l'honneur de l’expliquer à V. A. Mais quand on substitue un globe de cire d’Espagne ou de soufre au lieu du verre, ces matières étant susceptibles d’une plus grande compression dans leurs pores que la matière du coussin dont on les frotte, une partie de l’éther contenue dans ces globes en sera exprimée, et obligée d’entrer dans le coussin, d’où ces globes de cire d’Espagne ou de soufre seront dépouillés d’une partie de leur éther, et obtiendront par conséquent une électricité négative ou en moins.

De la même nature est l’électricité que reçoit une barre de fer ou de métal, mise en communication avec un globe de cire d’Espagne ou de soufre ; et de telle nature sera aussi l’électricité qu’on communique à un homme placé sur une masse de poix, ou suspendu par des cordes de soie. Quand on touche un tel homme ou autre corps électrisé de cette manière, ayant ses pores ouverts, on y observe à peu près les mêmes phénomènes que dans le cas de l’électricité positive ou en plus. L’attouchement y est aussi accompagné d’une étincelle et d’une piqûre de part et d’autre. La raison en est évidente; car l'éther, qui s’échappe ici des corps qui se trouvent dans leur état naturel pour entrer dans les corps électrisés, étant gêné, doit être accompagné d’une agitation qui cause la lumière. Cependant on remarque une sensible différence dans la figure de l’étincelle , selon que l’électricité est positive ou négative.

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