‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 4 sur 130 · DES SOURCES D’ERREUR · texte numérisé non relu

DES SOURCES D’ERREUR

entre eux, que de celle-ci, que les Russes ont été y à Berlin, quoique la première soit fondée sur le plus juste raisonnement, et que l’autre n’ait d’autres fondements que la fidélité de nos rapports.

Donc, pour les vérités de chacune de ces trois classes, il faut se contenter des preuves qui conviennent à la nature de chacune ; et il serait ridicule de vouloir exiger une démonstration géométrique des vérités d’expérience ou historiques. C’est ordinairement le défaut des esprits forts et de ceux qui abusent de leur pénétration dans les vérités CinlelleclueUfis , quand ils prétendent des démonstrations géométriques pour prouver toutes les vérités de la religion, qui appartiennent en grande partie à la troisième classe.

11 y a aussi des gens qui ne veulent rien croire ni admettre que ce qu’ils voient de leurs yeux et qu’ils touchent de leurs mains ; tout ce qu’on leur prouve par les raisonnements les plus solides leur demeure toujours suspect, à moins qu’on ne le leur mette devant les yeux. On remarque ordinairement ce défaut dans les chimistes , les anatomistes et les physiciens, qui ne s'occupent qu’à faire des expériences. Tout ce que les uns ne sauraient fondre dans leurs creusets , ou les autres disséquer avec leurs scalpels, ne fait aucune impression sur leur esprit. On a beau leur parler des qualités et de la nature de l’ame, ils ne conviennent de rien, à moins qu'il ne frappe leur sens.

C’est ainsi que le genre d’étude auquel chacun \ s'applique a une influence si forte dans sa manière

de penser, que X expérimenteur ne veut que des expériences, et le raisonneur que des raisonnements : ce qui forme cependant des preuves tout à fait différentes, les unes attachées à la première classe , et les autres à la seconde, qu’on doit toujours soigneusement distinguer, selon la nature des objets de notre ^ connaissance.

Mais serait-il bien possible qu’il y eût des gens qui, uniquement occupés des connaissances de la troisième source, ne demandent que des preuves appartenant à cette classe? En effet, j’en ai connu qui , entièrement enfoncés dans l’étude de l’antiquité et de l’histoire, n’admettaient rien qu’on ne leur prouvât par l’histoire, ou l’autorité de quelque auteur ancien. Ils tombent bien d’accord sur la vérité des propositions d’Euclide, mais cela uniquement sur l’autorité de cet auteur, sans faire la moindre attention aux démonstrations qu’il en donne : ils s’imaginent même que le contraire de ces propositions pourrait aussi bien être vrai , pourvu que les anciens géomètres se fussent avisés de le soutenir.

, Voilà un triple égarement qui arrête bien des gens / dans la connaissance de la vérité , mais qu’on rencontre plutôt parmi les savants que parmi ceux qui commencent à s’appliquer aux sciences. Il faut être indifférent pour les trois espèces de preuves que chaque classe exige : et, pourvu qu’elles soient suffisantes, on est obligé de les reconnaître.

Je. l'ai vu ou senti, est la preuve de la première classe; je puis le démontrer , est la preuve de la seconde classe , de laquelle on dit aussi qu'on suit les

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