DE L’EXPÉRIENCE DE LEYDE
Pendant que, par l’action de la machine, l’éther est comprimé dans la barre , il passe par la chaîne H jusque dans l’eau contenue dans le matrasl; et puisqu’il y rencontre des pores ouverts, l’eau du matras deviendra aussi bien surchargée d’éther que la barre même.
Or, le matras étant de verre, il a ses pores fermés, qui ne permettent pas à l’éther comprimé en dedans de traverser la substance du verre, pour se décharger dans l’eau de dehors contenue dans le bassin, et par conséquent l’eau du bassin demeure dans son état naturel, et ne deviendra pas électrique; et quand même quelque éther en échapperait à travers le verre, il se perdrait bientôt dans le bassin et le piédestal dont les pores sont ouverts.
Considérons maintenant un homme tenant une main dans l’eau du bassin, ou touchant seulement la chaîne A, dont un bout est plongé dans cette eau ; qu’il présente maintenant l’autre main vers la barre en a , il en résultera pour premier effet qu’avec l’étincelle qui sort de la barre, l’éther échappera trèsrapidement de la barre et traversera le corps de l’homme librement, y trouvant partout des pores ouverts.
Jusqu’ici on ne voit que l’effet ordinaire de l’é-
lectricité; mais pendant que l'éther traverse si rapidement le corps de l’homme, il en sort avec une semblable rapidité par l’autre main, ou par la chaîne A , pour se dégorger dans l’eau du bassin ; et puisqu’il y entre avec une si grande impétuosité , il vaincra aisément l’obstacle qu’oppose le verre, et pénétrera jusque dans l’eau contenue dans le matras.
Or, l’eau dans le matras contenant déjà un éther trop comprimé, il acquerra par ce surcroît de nouvelles forces, et se répandra avec impétuosité tant par la chaîne 1H que par la barre même : par conséquent il en échappera en a avec de nouveaux efforts; et comme cela se fait dans un instant, il entrera avec une augmentation de forces flans le doigt, pour traverser le corps de l’homme.
De là, passant de nouveau dans l’eau du bassin, et ensuite pénétrant le matras, il augmentera encore l’agitation de l’éther comprimé dans l’eau du matras et de la barre; et cela durera jusqu’à ce que tout soit remis en équilibre; ce qui se fera bien vite, à cause de la grande rapidité dont l’éther agit.
l.a même chose aura lieu, si on emploie plusieurs personnes; et maintenant V. A. comprend aisément, à ce que j’espère, d’où vient cette surprenante augmcnlalion de la force de l’électricité dans celle
UE l'expérience UE LEYDE.
expérieuce de Musclienbroeck , qui est capable de produire des effets si prodigieux.
S’il y avait encore quelque doute sur ce que j’ai dit d’abord, que l'éther comprimé dans l’eau du matras ne saurait pénétrer par le verre , et que dans la suite je lui ai supposé un passage assez libre : tout ce doute s’évanouira par la considération que dans le premier cas tout est tranquille , et que, dans le dernier, l’éther se trouve dans une terrible agitation, ce qui doit sans doute beaucoup contribuer à forcer les passages les plus fermés (i).
( i ) L 'expérience de Leyde ne se fait plus de la manière décrite par l’auteur, et la théorie qu’il en donne est absolument sans valeur. La véritable explication se trouve dans tous les traités de physique. Pour en donner une idée au lecteur, considérons deux corps conducteurs A , B , séparés par une lame mince
ni n m u d’une substance non conductrice de l’électricite, telle que le verre. Le corps A communique avec le conducteur de la machine , chargé d’électrici^ positive ; le corps B est en communication avec le sol. En vertu de la communication avec le conducteur, la surface mn du corps A se charge d’une couche d’électricitc positive. Cette couche, agissant par influence sur le fluide naturel de B, le décomposé, repousse dans le sol une certaine quantité d’electricité positive, en retenant à la surface ni n une couche d'électricité négative. La quantité d électricité négative, ainsi retenue en ni n , est moindre que celle qu’il faudrait pour neutraliser, au contact immédiat , la quan-
lité d électricité positive retenue en mn; mais elle en diffère d'autant moins que l’épaisseur de la lame non conductrice est plus petite. Or, cette électricité négative, par sa présence en mn', combat et neutralise partiellement l'action de l’électricité positive, située en mn. Celle-ci n’a plus la force suffisante pour repousser l’électricité positive qui tend à se répandre, du conducteur de la machine, sur toutes les surfaces avec lesquelles ce conducteur est en communication. En conséquence, une nouvelle quantité d’électricité positive arrive du conducteur sur la surface mn , décompose une nouvelle quantité du fluide naturel de B , refoule dans le sol l’électriéité positive , fixe à la surface min une nouvelle quantité d’électricité négative, dont l’action à distance permet encore à une nouvelle quantité de fluide positif de venir s’accumuler sur la surface mn , et ainsi de suite : les décompositions successives s’opérant sur des quantités de plus en plus petites, jusqu’à ce que l’équilibre se soit établi.
Quand l’équilibre a lieu , toute l’électricité négative fixée à la surface ni ni est latente ou dissimulée par l’action contraire de l’electricité positive fixée en mn. La plus grande portion de celle-ci est également latente. La portion non latente est celle dont la surface mn se serait chargée, en vertu de la communication avec le conducteur, sans la présence du corps B.
Si l'on met soudainement en communication , par un corps conducteur, les surfaces des corps A et B , les électricités latente, positive et négative, se recomposent avec commotion. L’intensité de la commotion dépend de la quantité d'électricité latente, qui surpasse beaucoup, quand la laine de séparation est suffisamment mince, la quanti tédlélectricite non dissimulée en ma.
L’explication serait la meme, quant nu fond, dans l’hypothèse d’un fluide unique. Ainsi , l'excès d’electricité en mn, résultant de la communication avec le conducteur, déterminerait l’expulsion d’une certaine quantité d’électricité hors de la couche ni ri , ce qui changerait les conditions de l’équilibre électrique dans le corps A , et permettrait à une nouvelle charge d’électricité de venir s’accumuler en mn. Il n’est pas nécessaire de suivre plus loin les détails de cette explication retournée.
de l’électrisation par la chaleur. 153
On peut donner à la lame isolante mn mit une courbure quelconque; lui donner, par exemple, la forme d’une bouteille, et appliquer au verre, tant intérieurement qu'extérieurement, une plaque ou garniture métallique, pour tenir lieu des corps conducteurs A et B : on a alors l'appareil connu sous le nom de bouteille de Leyde, à cause de l’expérience faite à Leyde , en 1 746, par Cuneus et Muschenbroeck. Mais le texte d’Euler nous montre que, quinze ans plus tard , l’expérience se pratiquait encore différemment. L’eau du matras tient lieu du corps conducteur A, et l’eau du bassin remplace le corps B; le verre du matras est la lame isolante mn m'n.
(I" août 1781.)
Reflexions sur la cause et la nature de l’électricité, et sur les autres moyens propres à produire l’électricité.
Après ces éclaircissements , V. A. ne sera plus en peine sur la cause des effets prodigieux qu’on observe dans les phénomènes de l’électricité.
La plupart des auteurs qui en ont écrit embrouillent tellement les expériences, qu’à la fin on n’y comprend absolument rien , et surtout quand ils veulent en donner une explication. Tous ont recours à une certaine matière subtile qu’ils nomment le fluide électrique, auquel ils attribuent des qualités si bizarres, que notre esprit en est tout à fait révolté; et au bout du compte ils sont obligés d’avouer que tous leurs efforts ne sont rien moins que suffisants pour nous procurer une connaissance solide de ces phénomènes importants de la nature.
Mais de ce que j’ai eu l’honneur de développer à V. A., il est clair que les corps ne deviennent électriques qu’en tant que l’élasticité, ou l’état de compression de l’éther qui se trouve dans les pores des corps, n’est pas en équilibre, ou lorsqu’il est dans quelques-uns plus ou moins comprimé que dans les autres. Car alors la prodigieuse élasticité dont l’étlier est doué fait de grands efforts pour se remettre en équilibre , et pour se rétablir partout au même degré d’élasticité, autant que la nature des pores, qui dans les divers corps sont plus ou moins ouverts , le permet ; et c’est toujours la restitution actuelle en équilibre qui produit les phénomènes de l’électricité.
Quand l’éther s’échappe d’un corps où il est plus comprimé , pour se décharger dans un autre où sa compression est moindre, ce passage se trouve toujours gêné par les pores fermés de l’air, et de là vient qu’il est mis dans une certaine agitation ou mouvement violent de vibration, en quoi nous avons vu que consiste la lumière; et plus ce mouvement est violent, plus la lumière devient brillante, et même capable d’allumer et brûler les corps.
Ensuite, pendant que l’éther pénètre l’air avec une si grande violence , les particules de l’air en sont mises aussi dans un mouvement de vibration, qui est la propre cause du son ; aussi observe-t-on que les phénomènes de l’électricité sont accompagnés d’un craquement, ou de quelque bruit plus ou moins grand , selon la diversité des circonstances.