DE LA BOUSSOLE
Rufin, les observations de la lune même nous ont fourni la cinquième , qui parait la plus praticable, pourvu qu’on soit en état d’observer si exacte-* ment le lieu de la lune dans le ciel , que les erreurs qu’on n’y saurait éviter ne surpassent jamais une minute , afin qu’on soit assuré qu’on ne se trompe pas de plus d'un degré dans la détermination de la longitude.
C’est sur ces cinq méthodes que ceux qui ont travaillé jusqu’ici sur cette question ont principalement dirigé leurs spéculations; mais il y a encore une sixième qui semble aussi propre à nous conduire à la résolution de ce problème, pourvu qu’elle soit mieux cultivée; et peut-être même un jour nous fournira-t-elle encore le plus sûr moyen de trouver les longitudes , quoiqu a l’heure qu’il est nous en soyons encore fort éloignés.
Cette méthode n’est pas tirée du ciel, elle est uniquement attachée à la terre, étant fondée sur la nature de l’aimant et de la boussole. L’explication de cette méthode m’ouvre donc une nouvelle carrière d’entretenir V. A. sur l’important article de la physique qui regarde la force magnétique ; et j’espère qu’elle sera bien aise d’honorer de son attention les éclaircissements que j’aurai l’honneur de proposer là-dessus.
D’abord, je bornerai mes réflexions au sujet dont il s’agit ici , c’est-à-dire , à la découverte des longitudes; et , pour cet effet, il me suffit de remarquer , en général, que l’aimant est une pierre qui a la qualité d’attirer le fer , et de se disposer selon une
certaine direction, et qu’elle communique la même qualité au fer et à l’acier, quand on le frotte ou touche seulement d’un aimant : or je me propose dans la suite de mieux approfondir cette qualité, et d’en expliquer la nature.
Je commencerai donc par donner la description d’une aiguille aimantée, laquelle, étant montée d’une certaine manière pour l’usage de la navigation, porte le nofh de boussole.
Pour 'cet effet, on fait fabriquer avec de bon acier une aiguille à peu- près de la figure ai, dont un bout B est pointu, pour le mieux distinguer de l’autre A ; elle est munie au milieu C d’un petit chaperon creusé par en lias pour mettre l’aiguille sur un pivot ou pointe D, comme on peut le voir par la seconde figure.
Supposons que les deux parties soient tellement ajustées qu’elles se contre-balancenl parfaitement , et que l’aiguille puisse tourner librement sur le pivot, de sorte qu’en quelque situation qu’on la mette, elle y puisse demeurer en repos ou en équilibre. Avant que d’aimanter cette aiguille, il est bon de la tremper pour la rendre aussi dure qu’il est possible. Ensuite , qu’on la frotte ou touche d’un aimant excellent, et d’abord elle sera magnétique. Les deux bouts ne se balanceront plus, mais l’un comme B descendra en bas, tout comme s’il était devenu plus pesant. De sorte que, pour la rétablir en équilibre, il faudrait ou ôter quelque chose du bput B , ou ajouter un petit poids au bout A; or j les ouvriers, prévoyant ce changement causé par le magnétisme.