‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 48 sur 130 · DE LA BOUSSOLE · texte numérisé non relu

DE LA BOUSSOLE

font, dès le commencement, le bout B plus léger que l’autre A , alin que l’aiguille , après avoir été aimantée, prenne d’elle-mème la situation horizontale.

Cette aiguille acquiert alors encore une autre propriété bien plus remarquable : elle n’est plus indifférente à toutes les situations, comme auparavant; mais elle en affecte une préférablement à toutes les autres, et se dispose d’elle-mème, en sorte que le bout B est dirigé à peu près vers le nord, et l’autre bout A vers le sud; ou bien la direction de l’aiguille aimantée convient à peu près avec la ligne méridienne.

V. A. se souvient que, pour tracer la ligne méridienne qui nous montre le nord et le sud, il faut recourir aux observations astronomiques, puisque le mouvement du soleil et des étoiles détermine celte direction ; de sorte que , quand on n’est pas pourvu des instruments nécessaires, et surtout quand le ciel est couvert , on ne saurait tirer aucun secours du ciel pour tracer la ligne méridienne; d’où cette propriété de l’aiguille aimantée est d’autant plus admirable, qu’elle nous montre en tout temps et en tout lieu la direction vers le nord, de laquelle dépendent les autres vers l’est , sud et ouest. Par cette raison , l’usage de l’aiguille aimantée ou de la boussole est devenu universel , puisque, dans plusieurs occasions, il est absolument nécessaire qu’on connaisse ces principales directions du monde.

* Mais surtout dans la navigation la boussole procure les plus grands avantages , puisque le cours du vaisseau doit toujours être dirigé vers un certain

238 lit* PARTIE. LETTRE XXXVII.

côté ilu monde pour marcher vers un lieu proposé, conformément aux caries géographiques ou marines , qui nous marquent la direction du cours qu'il faut tenir. Aussi, avant la découverte de la boussole, on n’a pas été en état d’entreprendre de longs voyages par mer; à peine osait-on s’éloigner des côtes, et dès qu’on les perdait de vue, on risquait de s’égarer sur mer, à moins que le ciel ne fût clair et que les «toiles ne montrassent les côtés du monde.

Un vaisseau en pleine mer, sans la connaissance des côtés du monde, se trouve précisément dans le même état qu’un homme auquel on aurait bandé les veux, qui devrait marcher vers l’église du Dôme à Magdebourg; un tel homme, lorsqu'il s’imagine aller vers un certain côté, marcherait vers un tout autre. C’est donc la boussole qui est le principal guide dans la navigation; et ce n’est qu’après cette importante découverte qu’on a hasardé de traverser le grand Océan, et qu’on a découvert le nouveau monde; et en effet, que ferait un pilote dépourvu d’une bonssole, pendant ou après une tempête, quand il ne peut tirer aucun secours du ciel, quelque cours qu’il tienne? Il ne saurait pas s’il marche vers le nord ou vers le sud, ou quelque autre côté du monde; il s’égarerait bientôt au point de ne pouvoir plus se sauver. Mais la boussole le tire d’abord de ce grand embarras, en lui indiquant les côtés du monde, et l’empêche de s’égarer; d’où V. A. jugera aisément combien la découverte de l’aiguille aimantée ou de la boussole est importante.

Page 1