‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 56 sur 130 · DES PROCÉDÉS D’AIMANTATION · texte numérisé non relu

DES PROCÉDÉS D’AIMANTATION

/( tenir le courant magnétique, on peut mettre un morceau de fer doux P. En bas, on en ouvre les jambes autant qu’on le juge à propos, et on en frotte les autres paires l une après l’autre, qui par ce moyen acquerront plus de force qu’auparavant, puisque deux paires y réunissent leurs forces. A présent on n’a qu’à joindre ces deux paires nouvellement frottées ensemble de la même manière, et en frotter, l’une après l’autre, les deux autres paires dont on s’était servi la première fois, et la force de celle-ci sera considérablement augmentée. On joindra ensuite ces deux paires ensemble, et on frottera encore les autres pour y augmenter la force magnétique; et ainsi on continuera de frotter alternativement deux paires par les deux autres jointes enj semble. ^Par cette opération, on les portera bientôt à un degré de force tel, qu’il ne sera plus susceptible d’augmentation ultérieure, quand même on la continuerait plus longtemps. Quand ou a plus de quatre paires de telles barres, au lieu de deux paires, on en peut aussi joindre trois ensemble, et en frotter ensuite les autres paires: par ce moyen on les portera plus vite au plus haut degré.

Maintenant les plus grands obstacles sont surmontés; et à présent, par le moyen de ces barres, enjoignant deux ou même plusieurs paires ensemble, on en frottera d’autres faites d’un acier bien trempé, et qui sont, ou de la même grandeur, ou encore plus grandes que les premières, et de cette façon on communiquera aussi à celles-ci la plus grande force dont elles sont susceptibles.

310 IIIe PARTIE. LETTRE LUI.

En commençant par de petites barres telles que je viens de décrire , on peut pousser ces opérations successivement jusqu’à des barres d’une énorme grandeur et faites d’un bon acier trempé, où la force magnétique est le moins assujettie à la destruction. Il faut seulement observer que, pour frotter de grandes barres, il faut en joindre plusieurs paires ensemble, dont le poids soit au moins deux fois plus grand que celui d’une grande barre. Mais il vaudra toujours mieux aller par degrés, et frotter chaque espèce des barres par d’autres qui ne sont pas beaucoup plus petites , où il suffirait d’en joindre deux paires ensemble: car, quand on est obligé de joindre plusieurs paires ensemble, les bouts par lesquels on frotte auront une trop grande étendue, et la matière magnétique, qui passe par là, s’empêchera elle-même de se diriger suivant la barre frottée ; et cela d’autant plus qu’elle entre dans la barre perpendiculairement , tandis qu’il ; est nécessaire qu’elle y prenne une direction horizontale. [/

Pour faciliter ce changement de direction, il est bon que la matière magnétique y soit conduite par un petit espace, et qu’elle ait déjà une direction approchante de celle qu’elle doit prendre au dedans de la barre touchée; je crois qu’on réussirait à cet égard de la manière suivante :

La fig. 46 représente cinq paires MM NN, jointes ensemble, mais non pas en forme de compas. En haut , il y a une barre de fer doux CD pour entrei tenir le tourbillon; en bas, je ne frotte pas immé-

DES AIMANJS EN FEH A CHEVAL.

dialemenl par les boûts des barres, mais de chaque côté j’enchâsse ces bouts dans un pied de fer doux, en les y affermissant par quelques vis O. Chaque pied se courbe en bas AB, en sorte que la direction de la matière magnétique, qui traverse librement ces pieds, s’approche déjà beaucoup de l’horizontale, et que dans la barre frottée EF elle n’a pas besoin de changer beaucoup de direction. Par le moyen de ces pieds, je ne doute nullement que la barre EF ne reçoive une beaucoup plus grande force magnétique que si on la frottait immédiatement par les bouts des barres, dont la grosseur et la direction verticale s’opposent naturellement à la formation des canaux magnétiques dans la barre EF : aussi peut-on, en suivant cette méthode, approcher ou éloigner les extrémités des pieds A et B à volonté.

Enfin, je ne dois pas omettre de remarquer que . lorsque ces barres perdent avec le temps de leur force magnétique, on les rétablit aisément par les mêmes opérations.

(5 décembre 1761 )

Sur la fabrique des aimants artificiels en forme de fers à cheval.

Quiconque veut faire des expériences sur le magnétisme doit être pourvu d'un grand nombre de telles barres magnétiques, depuis les plus petites

jusqu'aux plus grandes , dont chacune peut être regardée comme un aimant à part , ayant ses deux pôles , l’un boréal et l’autre méridional.

V. A. trouvera très-remarquable que, moyennant la plus faible force magnétique que nous fournit, soit un misérable aimant naturel , soit quelques pincettes de la cheminée, qui par le temps ont contracté un peu de magnétisme, on soit en état d’augmenter cette force de plus en plus, jusqu’à faire les plus grandes barres d’acier douées du plus haut degré de force magnétique dont elles soient susceptibles. 11 serait superflu d’ajouter que par cette méthode on peut faire les meilleures aiguilles aimantées , non-seulement beaucoup plus grandes que les ordinaires, mais aussi faites d’un acier trempé au plus fort , ce qui les rend plus durables. Je dirai encore quelque chose sur la fabrique des aimants artificiels, qui ont pour la plupart la figure d’un fer à cheval , comme V. A. se souviendra d’en avoir vu.

Ces aimants artificiels rendent dans toutes les occasions les mêmes services que les naturels, et nous procurent, outre cela, l’avantage d’en avoir de plus forts, en leur donnant uue grandeur suffisante. On les fait d’acier bien trempé , et la figure d’un fer à cheval semble la plus propre pour maintenir le tourbillon. Après que l’ouvrier a fait une telle pièce, on lui communique la force magnétique, et même la plus grande dont elle soit susceptible, par le moyen des barres magnétiques dont j’ai expliqué la construction. On comprend aisément que plus un tel aimant est grand, plus on y doit employer de gran-

DES AIMANTS EN FER A CHEVAL. â 1 3

des barres; et c’est la principale raison pourquoi on doit être pourvu de toutes sortes de barres.

Pour aimanter donc un tel fer à cheval HIG {ftg. 47), qui doit être fait d’un acier bien trempé, on pose sur la table une paire de barres magnétiques AC et BD, avec leurs supports de fer doux appliqués des deux côtés , dont la ligure ne représente que l’un EF, l’autre en ayant été ôté à mesure qu’on y a appliqué les pieds du fer à cheval , comme on le voit dans la figure. Dans cet état , la matière magnétique qui traverse les barres fera des efforts pour passer par le fer à cheval ; mais, à cause de la dureté de l’acier trempé , elle ne sera pas suffisante pour y ranger les pores et s’ouvrir un chemin. 11 faut donc employer le même moyen dont on se sert pour aimanter les barres. On prend un compas formé d’une autre paire de barres magnétiques, et on le fait passer de la même manière sur le fer à cheval, en tournant les jambes du compas convenablement aux pôles du fer à cheval : de celte manière on y ouvrira les canaux magnétiques, et la matière subtile des barres , en les traversant , formera le tourbillon magnétique. Or, dans cette opération , il faut prendre garde que les jambes du compas, en les passant sur le fer à cheval, ne touchent point les bouts A et B des barres; cela troublerait le courant de la matière magnétique qui passerait immédiatement des barres dans les jambes du compas, ou bien les tourbillons des barres et du compas se dérangeraient mutuellement.

Par cette opération, le fer à cheval acquerra une

grande force magnétique, étant traversé par un courant magnétique très-copieux; de sorte qu’il ue s’agit maintenant que de le détacher des barres, ^ sans que le courant y soit dérangé. Si on l’arrachait brusquement, le tourbillon magnétique serait détruit, et notre aimant artificiel eu retiendrait trèspeu de force; ce que nous découvre aussi la nature du magnétisme.

Car puisque les canaux magnétiques ne se conservent qu’en tant que la matière magnétique les traverse actuellement, nous en concluons que les moindres particules qui forment par leurs pores ces canaux se trouvent dans un état forcé, qui ne se maintient que tant que la force du tourbillon y agit; et dès que cette force cesse , ces particules, par leur élasticité, se détourneront tant soit peu de leur situation , et les canaux magnétiques seront subitement interrompus et détruits. Nous voyons cela très-clairement dans le fer doux, dont les pores se rangent promptement à l’approche d’un tourbillon magnétique, mais ne conservent presque aucune force magnétique dès qu’on s’en éloigne; ce qui prouve suffisamment que les pores du fer sont aisément mobiles, mais en même temps, doués d’un ressort qui en change d’abord la situation dès que la force cesse. Ce n’est qu’après un très-long temps que quelques pores se fixent dans la position qui leur a été imprimée par la force magnétique, et cela arrive surtout dans les barres de fer exposées longtemps au tourbillon de la terre. L’acier a bien ses pores moins flexibles, et qui se maintiennent mieux

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