‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 7 sur 130 · RÉPONSES AUX PYRRHONIENS · texte numérisé non relu

RÉPONSES AUX PYRRHONIENS

nent que nous nous trompons tant de fois sont obligés d’accorder qu’il est impossible de s’apercevoir que nous nous sommes trompés, ou ils doivent avouer qu’ils se trompent eux-mêmes en nous reprochant y nos égarements.

irest remarquable que la vérité est si bien établie, que la plus grande démangeaison de douter de tout doit y revenir malgré elle. Donc, comme la logique prescrit les règles des raisonnements justes qui nous mettent à Cabri de l’erreur à l’égard des vérités intellectuelles, il y a aussi des règles également certaines, tant pour la première source, de nos sens, que pour la troisième, de la foi.

Les règles de la première source nous sont si naturelles, que tous les hommes, sans en excepter même les plus stupides, les entendent et les pratiquent mieux que les plus savants ne sauraient en donner seulement une description. Quoiqu’il soit aisé d’éblouir quelquefois un paysan, néanmoins, quand la grêle détruit ses champs, ou que la foudre tombe dans ses granges, le plus habile philosophe ne lui persuadera jamais que ce n’est qu’une illusion ; et tout homme de bon sens doit avouer que le paysan a raison, et qu’il n’est pas toujours la dupe de la tromperie de ses sens. Le philosophe pourra peutêtre le confondre au point que le paysan ne sera plus en état de lui répondre ; mais au fond il se moquera de tous ses raisonnements. L’argument que les sens nous trompent quelquefois, ne fera qu’une très-faible impression sur son esprit; et quand on lui dira, avec la plus grande éloquence, que tout ce que les sens

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nous représentent n’est pas plus réel que ce que nous rêvons dans le sommeil, tout cela fera rire le paysan.

Mais si le paysan à son tour voulait être philosophe, et soutenir que le hailli n’était qu’un fantôme, et que ceux-là étaient des fous qui le regardaient comme quelque chose de réel et lui obéissaient, on détruirait bientôt cette sublime philosophie, et le chef de la secte ne sentirait que trop la force des preuves que le bailli lui donnerait de la réalité de son existence.

De là V. A. sera bien convaincue que, par rapport aux sens, il y a certains caractères qui ne nous laissent pas le moindre doute sur la réalité et la vérité de ce que nous connaissons par les sens ; et ces mêmes caractères sont si bien connus et imprimés dans nos aines, qu’on ne se trompe jamais, lorsqu’on prend les précautions nécessaires. Or, il est très-difficile de faire un dénombrement exact de tous ces caractères, et d’en expliquer la nature. On dit ordinairement que les organes sensatoires doivent se trouver dans un bon état naturel; l’air ne doit pas être obscurci par un brouillard; enfmr, qu’il faut apporter un degré suffisant d’attention, et qu’il faut tâcher surtout d’examiner le même objet par deux ou plusieurs de nos sens à la fois. Mais je crois que chacun suit actuellement des règles plus solides que celles qu’on lui pourrait donner. #

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