DF. LA CERTITUDE
LETTRE Ll.
( U avril 1701 .)
Sur la certitude démonstrative, physique; en particulier sur la certitude morale.
ll y a donc trois sources d’où nous tirons toutes les connaissances xjue nous devons regarder comme également certaines, pourvu qu’on prenne les précautions nécessaires qui nous garantissent de l’erreur. De là résultent trois espèces de certitudes.
Celle de la première source est appelée la certitude physique. Quand je suis convaincu de la vérité d’une chose parce que je l’ai vue moi-même , j’en ai une certitude physique; et quand on m’en demande la raison, je réponds que mes propres sens m’en assurent, et que j’en suis ou que j’en ai été témoin moi-même. C’est ainsi que je sais que les Autrichiens ont été à Berlin, et que plusieurs d’eux y ont commis quantité de désordres; je sais aussi que le feu détruit toutes les matières combustibles, car je l’ai vu moimême, et j’en ai une certitude physique.
La certitude des connaissances que nous acquérons par le raisonnement est nommée certitude logique ou démonstrative, parce que nous sommes convaincus de sa vérité par une démonstration. Les vérités de la géométrie peuvent ici servir d’exemples, et c’est une certitude logique qui nbus en assure.
Enfin, la certitude que nous avons de la vérité des choses que nous ne savons que par le rapport des autres, est nommée certitude morale , parce qu’elle est fondée sur la foi que méritent ceux qui les racontent : c’est ainsi que V. A. n’a qu’une certitude morale de ce que les Russes ont été à Berlin ; et il en est de même de tous les faits que l’histoire nous apprend. Nous savons, d’une certitude morale , qu’il y a eu autrefois à Rome un Jules César, un Auguste, un Néron, etc.; et les témoignages sont si authentiques, que nous en sommes aussi bien convaincus que des vérités que nos propres sens ou notre raisonnement nous font connaître.
Cependant on ne doit pas confondre ces trois espèces de certitudes, la physique, la logique et la morale, dont chacune est d’une nature tout à fait différente. Je me propose d’entretenir V. A. sur chacune de ces trois espèces de certitudes séparément , et je commencerai par m’étendre plus au long sur la certitude morale, qui est la troisième.
II faut bien remarquer que cetje troisième source se partage en deux branches, selon que d'autres nous racontent simplement ce qu’ils ont vu euxmêmes ou éprouvé eux-mêmes par leurs sens , ou qu’ils nous font part de leurs réflexions ou de leurs raisonnements. On pourrait encore ajouter une troisième branche, quand les autres nous rapportent ce qu’ils ont appris encore d’autres.
Quant à cette dernière branche, on reconnaît généralement qu’elle est très-sujette, à l’erreur, et qu’un témoin ne doit être cru que sur ce qu’il a vu ou