DES TÉLESCOPES
Comme les microscopes servent à considérer les objets voisins , en nous les représentant sous un angle beaucoup plus grand que si nous les regardions à une certaine distance, comme de 8 pouces, l’autre espèce est destinée à nous mieux découvrir les objets fort éloignés, en nous les représentant sous un plus grand angle qu’à la vue simple. Ces instruments portent plusieurs noms, tant selon leur grosseur que selon leur destination ; les plus petits sont nommés lunettes île poche ; d’autres plus grands ont le même nom , qu’il faut bien distinguer des lunettes que les vieillards portent sur le nez. Ceux dont se servent les astronomes sont nommés tubes; or, le nom général de tous est celui de télescopes (i). Ce sont donc de tels instruments qui nous représentent les objets fort éloignés sous un plus grand angle qu’ils paraissent à la vue simple: cette définition est très-juste, et ne renferme rien d’arbitraire comme celle des microscopes, dont l’effet est rapporté à une certaine distance arbitraire, qu’on suppose communément de 8 pouces.
Mais lorsqu’il s’agit d’objets fort éloignés, dont la distance est trop grande pour notre vue , l'effet se rapporte très-naturellement à la même distance, et un télescope grossit autant de fois qu’il nous repré-
( i) Les physiciens et les astronomes ne donnent maintenant le nom de télescopes qu’à des instruments où les images des objets éloignés sont réfléchies par un miroir courbe (voyez plus haut la lettre LV, et plus loin la lettre LXXXVI). On n’est pas non plus dans l’usage d’employer le mot tube comme synonyme de lunette astronomique.
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senle les objets sous un plus grand angle qu’à la vue simple. Par exemple, la lune parait à la vue simple sous un angle d’un demi-degré; par conséquent, un télescope grossit ioo fois, lorsqu’il nous représente la lune sous un angle de 5o°, qui est 100 fois plus grand qu’un demi-degré; s’il grossissait aoo fois, il ferait voir la lune sous un angle de ioo°; et ainsi la lune paraîtrait remplir plus de la moitié du ciel visible, dont toute l’étendue n’est que de i8o°.
Communément on dit que les télescopes nous approchent les objets; ce qui est une manière de parler fort équivoque, qui admet deux significations différentes. L’une est que, voyant par un télescope, nous jugeons les objets autant de fois plus proches de nous, que le télescope grossit. Mais j’ai déjà eu l’honneur de faire remarquer à V. A. que nous ne saurions connaître les distances des objets que par le jugement, et que ce jugement ne saurait avoir lieu que dans les objets peu éloignés; donc, lorsque les objets sont aussi éloignés que nous le supposons ici, un tel jugement sur les distances tromperait beaucoup. L’autre signification est plus conforme à la vérité, quand on entend que les télescopes nous représentent les objets aussi grands que nous les verrions si nous en approchions davantage. Car V. A. sait que plus on s’approche d’un objet, plus l’angle sous lequel il paraît devient grand ; et ainsi cette explication revient à celle que j’ai donnée au commencement. Cependant, lorsqu’on regarde des objets fort connus, comme des hommes dans un grand éloignement, et qu’on les voit par une lunette