DES TÉLESCOPES
sous un angle beaucoup plus grand , alors on est porté à s’imaginer que ces hommes sont actuellement beaucoup plus proches, puisqu’on les verrait alors effectivement sous un angle d’autant plus grand. Mais lorsqu’il s’agit d’objets peu connus, comme du soleil et de la lune, alors aucune estime de distance ne saurait avoir lieu. Ici , le cas est tout à fait différent de celui dont j’ai eu l’honneur de parler à V. A., où un verre concave, dont se servent ceux qui ont la vue courte, représente les images des objets à une fort petite distance : par exemple, le verre concave dont je me sers me représente les images de tous les objets éloignés à la distance de 4 pouces; cependant je ne m’imagine point que le soleil, la lune et les étoiles soient si près de moi. Ainsi, nous ne jugeons pas les objets là où se trouvent leurs images représentées par les verres; nous le croyons aussi peu que l’existence des objets dans nos yeux, quoique leurs images y soient dépeintes; r et V. A. se souviendra bien que le jugement sur la véritable distance des objets, de même que celui sur leur véri taille grandeur, dépend de circonstances toutes particulières.
Le but principal des télescopes est donc de grossir ou de multiplier l’angle sous lequel les objets paraissent à la vue simple, et de là la division principale des télescopes se fait selon l’effet qu’ils procurent; de sorte qu’on dit que tel télescope grossit 5 fois, un autre to fois, un autre ao fins ou 3o fois, et ainsi de suite. Là-dessus, je remarque que les lunettes de poche grossissent rarement au delà de m fois; mais h. a5 ,
les lunettes ordinaires dont on se sert pour examiner les objets terrestres fort éloignés, grossissent depuis ao jusqu’à 3o fois, et leur longueur monte jusqu’à 6 pieds et au delà. Un effet pareil, quoique très-considérable par rapport aux objets terrestres, est encore peu de chose pour les corps célestes, cpii demandent un effet beaucoup plus grand. Ainsi on a des lunettes astronomiques ou des tubes qui grossissent depuis 5o fois jusqu’à uoo fois; et il paraît difficile d’aller plus loin , puisque, selon la manière ordinaire de les construire, plus l’effet est grand, plus ces lunettes deviennent longues. Une telle lunette qui doit grossir 100 fois a déjà 3o pieds de longueur, et une de 100 pieds peut à peine grossir aoo fois. Par là V. A. comprend que la difficulté de diriger et manier de telles machines met des obstacles insurmontables à pousser l’expérience plus loin. Le fameux Hevelius, astronome de Dantzick, se servait de tubes de aoo pieds; mais il faut que ces instruments aient été fort défectueux, puisque aujourd’hui on découvre les mêmes choses par de beaucoup plus courts.
Voilà donc en gros la description des télescopes et de leurs diverses espèces, qu’il est bon de bien remarquer avant que d’entrer dans le détail de leur construction, et de la manière dont on y joint deux ou plusieurs verres pour produire tous les différents effets. J#'