DE LA DÉTERMINATION DU GROSSISSEMENT. 4 I
Voilà donc plusieurs manières de produire le même grossissemenl de 100 fois ; et si nous avions la liberté d’en choisir, V. A. n’hésiterait pas certainement de donner la préférence à la dernière, comme la plus courte, où la lunette ne devient que de a pieds environ , et est sans doute plus aisée à manier qu’une lunette beaucoup plus longue.
Aussi personne ne balancerait à préférer les lunettes les plus courtes, si toutes les autres circonstances étaient les mêmes, et que toutes ces différentes sortes représentassent les objets avec le même degré de perfection. Mais, quoique toutes produisent le même grossissement , la représentation même n’est pas également nette et claire; la dernière de a pieds grossit bien 100 fois comme les autres; mais, en regardant par une telle lunette, les objets paraîtront non-seulement obscurs, mais aussi mal terminés et confus, ce qui est sans doute un très-grand défaut. L’avant-dernière lunette, dont l’objectif est de 5o pouces de foyer, est moins sujette à ces défauts, mais pourtant l’obscurité et la confusion sont encore insupportables : or, ces défauts diminuent à mesure qu’on se sert de plus grands verres objectifs; et ils seront déjà beaucoup moindres , lorsqu’on emploiera un verre objectif de 3oo pouces, avec un oculaire de 3 pouces de foyer. Ensuite, en augmentant davantage ces mesures, la représentation devient encore plus nette et plus claire; de sorte qu’à cet égard les longues lunettes sont préférables aux courtes , quoique de l’autre cêté elles soient moins commodes.
Cette circonstance m’ouvre une nouvelle carrière, où j’aurai l’honneur d'expliquer à V. A. encore deux articles très-essentiels dans la théorie des lunettes : l’un regarde la clarté ou le degré de lumière dont les objets sont vus, et l’autre la netteté d’expression dont les objets sont représentés. Sans ces deux grandes qualités, tout grossissement, quelque grand qu’il soit, ne nous apporte aucun avantage dans la contemplation des objets.
(I" mm 1782)
Du degré de clarté.
Pour juger du degré de clarté dont les lunettes nous représentent les objets, je me servirai des mêmes principes que j’ai eu l’honneur d’expliquer à V. A. , lorsque j’ai traité le même sujet, par rapport aux microscopes.
Or, je dois d’abord avertir qu’il ne s’agit point dans cette recherche du degré de lumière qui réside dans les objets mêmes, et qui peut être très-différent, tant dans les différents corps, eu ce qu’ils sont par leur nature plus ou moins clairs, que dans un même corps en différentes circonstances. Les mêmes corps, lorsqu’ils sont éclairés du soleil , ont sans doute plus de lumière que lorsque le ciel est couvert, et de nuit leur lumière est tout à fait
DU DEC.Rt DE CLARTE.
éteinte; mais aussi différents corps éclairés par la même lumière peuvent différer beaucoup en clarté , selon que leurs couleurs sont plus ou moins vives (i). Il n’est pas ici question de cette lumière ou de cette clarté qui se trouve dans les objets mêmes; mais, soit qu’elle soit forte ou faible, on dit qu’une lunette représente les objets en pleine clarté, lorsque nous les voyons par la lunette aussi clairement que par la vue simple; de sorte que, si l’objet est obscur de lui-même, on ne saurait prétendre que la lunette nous le représente avec éclat.
Ainsi, par rapport à la clarté, une lunette est parfaite lorsqu’elle nous représente les objets avec autant de clarté que si nous les regardions à la vue simple. Or, cela arrive comme dans les microscopes, lorsque toute l’ouverture de la pupille est remplie par les rayons qui viennent de chaque point de l’objet, après avoir été'transmis par la lunette. Tant qu’une lunette fournit* assez de rayons pour remplir toute l’ouverture de la pupille, on ne saurait désirer plus de clarté; et quand même la lunette en fournirait en plus grande abondance, cela serait inutile, puisqu’il n’en entrerait également point davantage dans l’œil.
II faut donc ici principalement avoir égard à l’ouverture de la pupille, laquelle étant variable, on ne saurait rien fixer là-dessus, si l’on ne se réglait
(i) Les rayons jaunes sont ceux qui jouissent du plus grand pouvoir éclairant, ou dont la cotdeur est la plus vive, pour employer les expressions du texte. Voyez la noie sur la lettre III , p. 87.