DD TRAVAIL DES OBJECTIFS SIMPLES
chercher la combinaison de deux verres qui ne produisent aucune diffusion d’image, il faut absolument tenir compte de la figure des deux faces de chaque verre, et qu’on a ce problème à résoudre : Quels doivent être les rayons des faces des deux verres , afin que l'espace de diffusion soit réduit à rien? La solution de cette question demande les plus profondes recherches de la plus sublime géométrie; mais, après en être venu à bout, l’artiste trouve encore bien des difficultés à surmonter : il lui faut donner aux bassins précisément la même courbure que le calcul a enseignée, et cela n’est pas encore suffisant; car, pendant qu’on travaille le verre sur le bassin pour lui en faire prendre la figure, le bassin même en souffre aussi à son tour: on est donc obligé de rectifier la figure du bassin de temps en temps, et cela avec la plus grande justesse. Dès qu’on manque dans toutes ces précautions, on ne saurait se promettre un heureux succès; aussi est-il bien difficile d’empêcher que le verre ne prenne une figure un peu différente de celle du bassin : d’où V. A. jugera aisément combien il doit être difficile de porter à sa perfection cet important article de la dioptrique.
Seconde source du défaut de netteté dans la représentation faite par les lunettes. Sur la différente réfrangibilité des ravons.
V. A. vient de voir de quelle manière ou doit remédier à l’inconvénient que les rayons qui passent par les bords d’un verre ne se réunissent pas dans le même point dans lequel sont réunis ceux qui passent par son milieu , de sorte qu’il en naît une infinité d’images dispersées par l’espace de diffusion. Mais cet inconvénient n’est pas le seul auquel les verres soient assujettis; il y en a encore un autre, qui est d’autant plus important qu’il semble impossible d’y remédier, parce que la cause ne se trouve pas dans le verre, mais dans la nature des rayons mêmes.
V. A. se souvient qu’il règne une grande variété dans les rayons, par rapport aux diverses couleurs dont ils nous impriment le sentiment : j’ai comparé cette diversité avec celle qu’on trouve dans les tons, ayant établi pour principe que chaque couleur est attachée à un certain nombre de vibrations. Mais quand même cette explication paraîtrait encore douteuse, il est toujours très-certain que les rayons des diverses couleurs souffrent aussi de différentes réfractions, en passant d’un milieu transparent
DK l'aBKHRATION Dë RÉFRANGIBILITÉ. 445
dans un autre : ainsi les rayons rouges souffrent la moindre réfraction, et les violets la plus grande, quoique la différence soit presque imperceptible. Or, toutes les autres couleurs, comme l’orange, le jaune, le vert et le bleu, sont, à l’égard de la réfraction , contenues entre ces deux limites. Il faut aussi remarquer que le blanc est un mélange de toutes ces couleurs, qui, par la réfraction, se séparent les unes des autres.
En effet, quand (Jig. io4) on fait tomber obliquement un rayon blanc OP , ou un rayon de soleil , sur un morceau de verre ABCD, au lieu de continuer sa route suivant sa direction PQ, non-seulement il en est détourné, mais il se partage encore en plusieurs rayons Pr, Pj, P/, Pc, dont le premier Pr, qui est le moins détourné, représente la couleur rouge, et le dernier Pc, qui est le plus détourné, la couleur violette. La dispersion iv est bien plus petite que ne le représente la figure cependant leur divergence devient de plus en plus sensible.
De cette différente réfrangibilité des rayons , selon leurs diverses couleurs, naissent les phénomènes suivants par rapport aux verres dioptriques :
I. Soit PP (Jig. io5) un verre convexe , sur l’axe duquel OR se trouve dans un très-grand éloignement AO, l’objet Oo dont il s’agit de déterminer l’image représentée par le verre, en faisant ici abstraction de la première irrégularité qui regarde la diffusion , ou bien, ce qui revient au même, en ne considérant ici que les rayons qui passent par le milieu du verre AB , tout comme sises bords étaient couverts d’un carton.
44G Ml' PARTIE. — LETTRE LXXXV.
II. Supposons maintenant que l’objet O u soit rouge , de sorte que tous ses rayons aussi soient de la même nature, le verre en représentera quelque part l’image Rr également rouge; alors on nomme le point R le foyer des rayons rouges , ou de ceux qui souffrent la moindre réfraction.
III. Mais si l’objet On est violet, puisque les rayons de cette couleur souffrent la plus grande réfraction, l’image Ve sera plus proche du verre que la précédente Rr; ce poiut V est nommé le foyer des rayons violets.
IV. Si l’objet était teint de quelque autre couleur, moyenne entre la rouge et la violette, l’image tomberait entre les lieux R et V , et serait toujours bien nette , et terminée par la droite oB , tirée de l’extrémité de l’objet o par le milieu du verre , cette règle étant générale pour toutes les couleurs.
V. Mais si la couleur de l’objet n’est pas pure, comme il arrive presque dans tous les corps, ou que l’objet On soit blanc , ce qui est un mélange de toutes les couleurs , alors les diverses espèces de rayons sont séparées par la réfraction, et chacune représentera une image à part. Celle qui est formée par les rayons rouges se trouvera en R/-, et celle qui est formée par les rayons violets, en Ve; or, tout l’espace RV sera rempli par les images des couleurs moyennes.
VI. De chaque objet donc On, le verre PP représentera une infinité d’images, disposées par le petit espace RV , dont la plus éloignée du verre Rr est rouge, et la plus pioche Ve violette, et les moyennes.
DE LABERRATION DE RÉFRANGIBILITÉ. 447
des couleurs moyennes, selon l’ordre des couleurs que nous voyons dans l’arc-en-ciel.
VII. Chacune de ces images sera bien nette en elle-même, et toutes sont terminées par la ligne droite oBer, tirée de l’extrémité de l’objet o par le milieu du verre B. Mais toutes ensemble ne sauraient être vues sans une confusion assez sensible.
VIII. De là naît donc aussi un espace de diffusion comme dans la première irrégularité, mais qui en diffère en ce que celui-ci est indépendant de l’ouverture du verre, et que chaqup Jmage est teinte d’une couleur particulière.
IX. Cet espace de diffusion RV dépend de la distance de foyer du verre , de sorte qu’il en est toujours environ la 28' partie ; ainsi , quand la distance de foyer du verre PP est de 28 pieds, l’espace RV devient égal à un pied entier, ou bien la distance entre l’image rouge Rr et la violette Ve est d’un pied. Si la distance de foyer était deux fois plus grande ou de 56 pieds, l’espace RV serait de 2 pieds, et ainsi des autres.
X. De là l’estime de la distance de foyer d’un verre devient incertaine, puisque les rayons de chaque couleur ont leur foyer à part ; et quand on parle du foyer d’un verre, il faudrait toujours s expliquer de quelle couleur on l'entend. Mais communément on l’entend des rayons d’une nature moyenne entre le rouge et le violet, et qui réjwmd à la couleur verte.
XI. Ainsi, quand on dit, sans s’expliquer davantage, que la distance vie foyer de tel verre est, par exemple, de 56 pied;, il faut entendre que c’est
l’image verte qui tombe à cette distance; l’image rouge tombera alora d’un pied environ plus loin, et la violette d’un pied plus près.
Voilà donc une nouvelle circonstance bien essentielle, à laquelle il faut avoir égard dans les instru- , ments dioptriques.
^ ( n un nés.)
Sur un moyen de remédier à ce défaut, en employant des objectifs composés de verre et d’eau.
Il faut bien distinguer cette nouvelle diffusion ou multiplication de l’image qui vient de la diverse réfrangibilité des rayons, en ce qu’ils sont de différentes couleurs, de la précédente qui provenait de l’ouverture du verre, et de ce que les rayons qui passent près des bords forment une autre image que ceux qui passent par son milieu. Aussi faut -il remédier à ce nouvel inconvénient d’une tout autre façon qu’au premier.
V. A. voudra bien se souvenir que j’ai proposé deux moyens pour remédier à l’inconvénient précédent : lu.. tc-.iji.Moit dans l’agrandissement de la distance de foyer, pour diminuer la courbure des faces du verre ; ce remède nous avait conduit à des lunettes si extrêmement longues, lorsqu’on souhaitait un grand grossissement. L’autre remède consistait dans la combinaison de deux verres, l’un convexe et l’autre concave-, pour tempérer la réfraction,