DU TÉMOIGNAGE DES SENS
toute condition , mais aus» dans toutes les bétes. Le chien qui aboie contre moi ne doute pas de mon existence, quoique son âme n'aperçoive qu'une légère image de mon corps. De là je conclus que cette conviction est essentiellement liée avec nos sensations, et que les vérités que nos sens nous découvrent sont aussi bien fondées que les vérités de la géométrie les plus certaines.
Sans cette conviction, aucune société d'hommes ne saurait subsister; et tous tant que nous sommes, nous nous précipiterions dans les plus grandes absurdités et dans les plus grandes contradictions.
Si les paysans s'avisaient de douter de l'existence de leur bailli, ou les solc^ts de l'existence de leurs officiers, dans quelle confusion serions-nous plongés ! De telles absurdités n'ont lieu que parmi les philosophes; tout autre qui s'y livre doit avoir perdu le bon sens. Reconnaissons donc que cette conviction est une des principales lois de la nature, et que nous en sommes intimement convaincus, quoique nous en ignorions absolument les véritables raisons, et que nous soyons très-éloignés de les pouvoir expliquer d'une manière intelligible.
Quelque importante que soit cette réflexion, elle n'est cependant pas exempte de toute difficulté ; mais quelque grandes aussi que soient ces difficultés, et quand même nous ne les saurions résoudre, elles n'apportent pas la moindre atteinte à la vérité que je viens d'établir, et que nous devons regardei' comme le plus solide fondement de nos connaissances.
Il faut convenir que nos sens se trompent quel-