‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 9 sur 253 · II* PARTIE. LETTRE XLIX · texte numérisé non relu

II* PARTIE. LETTRE XLIX

elle contemple les impressions faites dans le cerveau : mais cette même comparaison me paraît trèsdéfectueuse pour ce qui regarde la conviction , qu'il existe réellement de tels objets qui occasionnent ces images.

L'homme renfermé soupçonnera bien l'existence de ces objets; et s'il n'en doute point, c'est qu'il a été dehors, et qu'il a vu ces objets; outre que, connaissant la nature de son verre, il sait que rien ne saurait être représenté sur la muraille, que les images des objets qui se trouvent effectivement hors de la chambre devant le verre. Mais l'âme n'est pas dans ce cas, elle n'a jamais été hors de son siège pour envisager les objets mêmes; et encore moins connaîtelle la construction des organes sensitifs , et les nerfs qui aboutissent dans le cerveau. Cependant elle est beaucoup plus fortement convaincue de l'existence réelle des objets, qup notre homme renfermé ne saurait jamais l'être. J^ ne redoute là-dessus aucune objection; la chose étant trop claire d'elle-même, quoique nous n'en connaissions point le véritable fondement, personne n'en a jamais douté , excepté quelques visionnaij*es qui se sont égarés dans leurs rêveries. Quoiqu'ils aient dit qu'ils doutaient des choses hcMPS d'eux, ils n'en ont pas douté en effet; car pourquoi l'auraient-ils dit, s'ils n'avaient pas cru l'existence d'autres hommes , auxquels ils voudraient communiquer leur sentiment bizarre?

Cette conviction sur l'existence des choses dont les sens nous représentent les images se trouve nonseuleroent dans tous les hommes de tout âge et de

Page 1