LETTRE XXXIV
(96 Mptembr* 1761.)
Les observations des éclipses des satellites de Jupiter donnent une quatrième méthode pour déterminer les longitudes.
Les éclipses de soleil peuvent aussi servir à déterminer les longitudes, mais d'une autre manière qui demande des recherches plus profondes. La raison est que le soleil lui-même ne souffre alors aucun obscurcissement; ce n'est que la lune qui se met devant le soleil, et empêche les rayons de parvenir jusqu'à nous : il en est à peu près de même si je mettais mon chapeau devant le soleil pour me garantir de sa lumière , ce qui n'empêche pas que d'autres n'en voient tout l'éclat. Aussi la lune ne couvre le soleil qu'à une partie des habitants de la terre, et nous pouvons voir ici, à Berlin, une éclipse de soleil, pendant qu'à Paris la lumière du soleil ne souffre aucun affaiblissement.
Mais la lune est réellement éclipsée par l'ombre de 'a terre, et sa propre lumière en est diminuée ou éteinte; de là il arrive que les éclipses de lune sont
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vues de la même manière, et partout où la lune se trouve sur l'horizon au ten^ps de TécUpse.
V. A. comprend par là que s'il y avait encore d'autres corps au ciel qui souffrissent de temps en temps quelque obscurcissement réel, ils pourraient être employés avec le même succès que les éclipses de lune, pour déterminer les longitudes. Or, de tels corps sont les satellites de Jupiter, qui passent même si souvent dans l'ombre de leur planète, qu'il ne se passe presque point de nuit qu'il n'y en ait un d'éclipsé, de sorte que les éclipses des satellites de Jupiter nous fournissent un moyen très- propre à déterminer les longitudes ; aussi les astronomes s'en servent-ils avec un bon succès.
y. A. sait que Jupiter a quatre satellites qui font leurs, révolutions autour de lui, chacun dans son o^ bite, comme je l'ai représenté (Jig. ao) par les ce^ clés décrits autour de Jupiter; j'y ai aussi représenté le soleil, pour marquer l'ombre AOB derrière le corps de Jupiter. D'où l'on voit que, dans notre figure, le premier satellite marqué I est près d'entrer dans l'ombre, le second marqué II vient d'en sortir, lé troisième 111 est encore fort éloigné d'entrer dans l'ombre, et le quatrième IV en est sorti il y a longtemps.
Dès qu'un des satellites entre dans l'ombre, il devient invisible, et cela arrive assez promptement; de sorte que, en quelque endroit que se trou ve la terrei on voit subitement évanouir le satellite qu'on avait vu jusque-là assez distinctement. Une telle entrée d'un satellite dans Fombre de Jupiter est nommée
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^rsion^eX. sa sortie de l'ombre \meémersion;c'esl \ qu'on voit reparaître subitement le satellite I été invisible pendant quelque temps .
int les immersions que les ëmersions sont égarât propres à déterminer les longitudes , puis- Qes arrivent dans un moment de temps marqué; orte que, quand on observe un tel phénomène lusieurs lieux différents de la terre, on doit troudans les temps marqués, selon les horloges de [ue lieu, autant de différence que la différence e les méridiens exige. 11 en est de même que si observait le commencement ou la fin de queléclipse de lune; et la chose alors n'a plus aucune culte : on est déjà, depuis quelque temps, paru à prédire ces éclipses des satellites de Jupiter, L-à-dire, leurs immersions et leurs émersions; et l'a qu'à comparer le temps observé avec le temps mlé pour un lieu connu , comme pour Berlin , ir en conclure d'abord Téloignement de son mélen de celui de Berlin.
koasi se sert-on de cette méthode partout dans voyages par terre ; mais tant qu'on est dans un iseau, où les besoins sont les plus pressants, on pas encore trouvé moyen de profiter de cette méxle, pour être bien assuré du lieu où l'on est. Si Q pouvait voir avec les yeux les satellites de Jupiauisi bien que la lune, la pratique de celte mé- 3de n'aurait aucune difficulté par mer; mais puisl'on ne saurait voir les satellites de Jupiter qu'au Kvers d'une lunette de 4 ou 5 pieds au moins, cette roonstançe cause un obstacle invincible.
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V. A. sait que quand on se sert par terre d'une lunette un peu longue, combien il faut d'adresse pour la diriger vers Tobjet qu'on veut contempler, et pour la tenir fixe, afin qu'on ne perde pas l'objet ; elle en conclura aisément que sur mer, où le vaisseau se trouve dans une agitation continuelle, il doit être presque impossible de découvrir seulement Jupiter; et quand même on l'aurait trouvé, on le perdra de vue au même instant. Mais pour bien observer une immersion ou émersion de quelque satellite de Jupiter, il faut absolument qu'on le puisse regarder paisiblement pendant quelque temps; ce qui n'étant pas possible par mer, il semble qu'on doive renoncer à cette méthode de déterminer les longitudes.
Cependant il y a deux moyens de remédier à cet inconvénient: le premier, de trouver des lunettes fort courtes ; par exemple, de six pouces ou encore moins, qui nous découvriraient assez distinctement les satellites de Jupiter; car il n'y a aucun doute qu'il ne soit beaucoup plus aisé de manier de si petites lunettes que d'autres de quatre à cinq pieds de long. On travaille actuellement avec le flvis grand succès à cette perfection des lunettes, et il Y a grande apparence qu'on y réussira; mais c'est à savoir si de telles lunettes perfectionnées ne demanderont pas autant d'adresse pour les diriger, que les ordinaires qui sont plus longues.
L'autre moyen serait de se ménager un tel si^ fixe et immobile sur le vaisseau, qui n'en ressentit point les agitations; il semble qu'un adroit balao-
DE LA. DÉT£AlilllATION DSS IjOJXQlXVDES. Sl|6
ment pourrait coïKliiire à ce but. En eflÇet , il i^y pas longtemps que nous avons lu, dans les ga<^ Iles, qu\ui Anglais prétendait avoir inventa un tel ége ou chaise y. et qu'il prétendait par là, aussi au 'ix proposé sur la découverte des longitudes. Il raitraison , puisque par ce moyen on^pourrait obffver en mer les immersions et ésiersiens deft salîtes de Jupiter, qui sont saqs doute très«propres our déterminer les longitudes ; mais dqpuia'ce amps on n'en a plus rien entendu. Y. A ^.jugera isément, d'après cela, à combien de difficultés est issqjettie la découverte des longitudes.