‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 12 sur 253 · II* PARTIE. LETTRE L · texte numérisé non relu

II* PARTIE. LETTRE L

nous représentent n'est pas plus réel que ce que nous rêvons dans le sommeil, tout cela fera rire le paysan.

Mais si le paysan à son tour voulait être philosophe, et soutenir que le bailli n'était qu'un fantôme, et que ceux-là étaient des fous qui le regardaient comme quelque chose de réel et lui obéissaient, on détruirait bientôt cette sublime philosophie, et le chef de la secte ne sentirait que trop la force des preuves que le bailli lui donnerait de la réalité de son existence.

De là V. A. sera bien convaincue que, par rapport aux sens, il y a certains caractères qui ne nous laissent pas le moindre doute sur la réalité et la vérité de ce que nous connaissons par les sens ; et ces mêmes caractères sont si bien connus et imprimés dans nos âmes, qu'on ne se trompe jamais, lorsqu'on prend les précautions nécessaires. Or, il est très-difficile de faire un dénombrement exact de tous ces caractères , et d'en expliquer la nature. On dit ordinairement que les organes sensatoires doivent se trouver dans un bon état naturel ; l'air ne doit pas être obscurci par un brouillard; enfin, qu'il faut apporter un degré suffisant d'attention, et qu'il faut tâcher surtout d'examiner le même objet par deux ou plusieurs de nos sens à la fois. Mais je crois que chacun suit actuellement des règles plus solides que celles qu'on lui pourrait donner.

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