II* PARTIE. LETTRE LI
Enfin j la certitude que nous avons de la vérité c choses que nous ne savons que par le rapport < autres, est nommée certitude morale , parce qu'c est fondée sur \àfoi que méritent ceux qui les \ content : c'est ainsi que V. A. n'a qu*une certilu morale de ce que les Russes ont été à Berlin ; et il est de même de tous les faits que lliistoire nous i prend. Nous savons, d'une certitude morale , qu'i a eu autrefois à Rome un Jules César, un Augusl un Néron, etc.; et les témoignages sont si autlien ques, que nous en sommes aussi bien convainc que des vérités que nos propres sens ou notre raisc nement nous font connaître.
Cependant on ne doit pas confondre ces trois • pèces de certitudes, la physique, la logique et morale, dont chacune est d'une nature tout à f différente. Je me propose d'entretenir V . A . sur cl cune de ces trois espèces de certitudes séparémer et je commencerai par m'étendre plus au long sur certitude morale, qui est la troisième.
Il faut bien remarquer que cette troisième sour se partage en deux branches, selon que d'auti nous racontent simplement ce qu'ils ont vu eu mêmes ou éprouvé eux-mêmes par leurs sens , < qu'ils nous font part de leurs réflexions ou de lei: raisonnements. On pourrait encore ajouter une tn sième branche , quand les autres nous rapportent qu'ils ont appris encore d'autres.
Quant à cette dernière branche, on reconnaît § néralement qu'elle est très-sujette ji l'erreur, et qu'i témoin ne doit être cm que sur ce qu'il a vu c
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éprouvé lui-même. Ainsi, dans les tribunaux de justice, quand on examine les témoins, on distingue très-soigneusement dans leurs déclarations ce qu'ils ont vu ou éprouvé eux-mêmes, d'avec ce qu'ils y ajoutent ordinairement de leurs réflexions ou raisonnements. On ne se tiegt qu'à ce qu'ils ont vu ou éprouvé eux-mêmes , et on rejette absolument leurs propres réflexions ou les conséquences qu'ils en tirent, quelque fondées qu'elles puissent être d'ailleurs. On observe la même maxime à l'égard des historiens, et l'on veut qu'ils ne nous annoncent que ce dont ils ont été témoins eux-mêmes; et on ne se soucie guèredes réflexions qu'ils y ajoutent, quoiqu'elles soient un grand ornement dans une histoire. C'est ainsi qu'on se fie plutôt sur la vérité de ce que d'autres ont éprouvé par leurs propres sens , que de ce qu'ils ont découvert par leurs méditations. Chacun veut être le mattre de son jugement ; et à moins qu'il ne reconnaisse lui-même le fondement et la démonstration, il n'est pas persuadé.
Euclide aurait eu beau nous annoncer les plus belles vérités de la géométrie, nous ne les croirions jamais sur sa parole; nous voulons en approfondir les démonstrations nous-mêmes. Si je disais à V. A. que j'ai vu telle ou telle chose, en supposant mon rapport fidèle, elle ne ferait aucune difficulté d'y ajouter foi; je serais même fâché si elle voulait me soupçonner de fausseté. Mais quand j'ai eu l'honneur de dire à V. Â. que dans un triangle rectangle les carrés décrits sur les deux petits côtés étaient égaux au carré du grand côté, je ne voulais pas absolu-