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ment qu'elle me crût sur ma parole, quoique j'ei fusse convaincu autant qu'il est possible qu'on le soit et que j'eusse pu alléguer l'autorité des plus grand esprits, qui tous en ont été également convaincus. J prétendais même qu'elle se méfiât de mon assertion et qu'elle refusât d'y ajoutev foi, jusqu'à ce qu'ell eût compris elle-même la solidité des raisonnement sur lesquels la démonstration est fondée.
Cependant il ne s'ensuit pas que la certitude ph} sique , ou celle que nos sens nous fournissent , soi plus gi'ande que la certitude logique fondée sur 1* rmsonnement; mais dès qu'une vérité de cette espèc se présente, il est bon que l'esprit s^y occupe et ap profondisse la démonstration. C'est le meilleu moyen de cultiver et de porter les sciences au plu haut degré de perfection .
Les vérités des sens et de l'histoire multiplien bien nos connaissances; mais les facultés de l'espri ne sont mises en action que par la réflexion et h raisonnement.
On ne s'arrête jamais à ce que les sens ou les rap ports des autres nous annoncent; on y mêle toujoun ses propres réflexions; on y supplée insensiblemen en y ajoutant des causes et des motifs, et en tiran des conséquences; et c'est pourquoi dans les tribunaux de justice il est extrêmement difficile de tirer des témoignages purs et nets, qui ne contiennent que ci que les témoins ont vu ou senti actuellement , puis qu'ils y mêlent toujours leurs propres réflexions san< qu'ils s'en aperçoivent eux-mêmes.
DE l'induction. 2I
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fiemarques sur ce que les sens contribuent à augmenter nos connaissances, et sur les précautions qu'on doit observer pour être assuré des vérités historiques.
Les connaissances que nos sens nous fournissent sont sans doute les premières que nous acquérons , et c'est sur cela que notre âme fonde ensuite les pensées et les réflexions qui lui découvrent quantité d'autres vérités intellectuelles. Pour mieux comprendre comment les sens contribuent à augmenter nos connaissances, je remarque d'abord que les sens n'agissent que sur des choses individuelles qui existent actuellement sous des circonstances déterminées, ou limitées de tous côtés.
Concevons un homme subitement mis dans ce inonde, qui n'ait encore aucune expérience; qu'on lui donne une pierre dans la main, qu'il ouvre ensuite la tnain, et qu'il voie tomber la pierre par terre. C'est une expérience limitée de tous cÀtés, qui ne lui apprend rien, sinon que cette pierre étant dans la main gauche, par exemple, et lâchée, tombe en bas; il ne sait absolument pas si le même effet arriverait lorsqu'il prendrait une autre pierre , ou bien la même avec la main droite. Aussi est-il encore incer^ tain si cette même pierrtJ^ sous les mêmes circonstances, tomberait encore une fois, ou bien si elle se-
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rail tombée quand il l'aurait prise une heure auparavant. Au moins cette seule expérience ne lui donne aucun éclaircissement là-dessus.
Ce même homme prend ensuite une autre pierre, et il voit qu'elle tombe aussi en la lâchant tant de la main gauche que de la main droite; il fait le même essai avec une troisième et une quatrième, et il observe toujours le même effet. De là il conclut que toutes les pierres ont cette propriété, qu'étant lâchées, ou manquant de soutien ^ elles tombent en bas.
Voilà une connaissance que notre homme tire de l'expérience qu'il a faite. 11 s'en faut beaucoup qu'il ait essayé toutes lei pierres; et quand même il l'aurait fait , quelle certitude a-t-il que la même chose arriverait en tout temps? Il n'en sait rien que pour les moments où il a fait chaque expérience ; et qui lui assure que le même effet réussirait aussi à d'autres hommes ? Ne pourrait-il pas penser que cette qualité de faire tomber les pierres serait atta- -chée uniquement à ses mains? On pourrait encore former miJle autres doutes là-dessus.
Moi, par exemple, je n'ai jamais éprouvé les pierres dont l'élise cathédrale de Magdebourg est construite, et cependant je ne doute pas qu'elles BC soient toutes pesantes sans exception , et que chacune tomberait dès qu'elle serait détachée. Je fii'iauigine même que l'expérience m'a fourni cette ooatiaissaDcer, quoique Je n'en aie jamais fait aucune sur lesdites pierres!*
Cet exemple suffît pour faire voir à V. A. corn-
DE LlNDUCTIOIf. 23
ment les expériences , quoiqu'elles ne roulent que sur des objets individuels, ont conduit les hommes à des connaissances très-universelles; mais il faut convenir que l'entendement et les autres facultés de lame s'y mêlent d'une manière qu'il est très-diFr ficile de bien développer : et si l'on voulait être trop scrupuleux sur toutes les circonstances, on n'avancerait rien dans toutes nos connaissances , et l'on serait arrêté à chaque pas.
A cet égard , il faut avouer que le commun peuple a beaucoup plus de bon sens que ces philosophes scrupuleux qui s'obstinent à douter de tout. Cependant il faut aussi bien prendre garde de ne pas tomber dans une autre extrémité , et de négliger les précautions nécessaires.
Toutes les trois sources d'où nous tirons nos con- Daissances exigent chacune certaines précautions qu'on doit bien observer pour être assuré de la vé* rite; mais dans chacune on peut pousser la chose trop loin, et il faut toujours tenir un certain milieu.
La troisième source ne prouve cela que trop ouvertement. Ce serait sans doute la plus grande folie de croire tout ce que les autres nous racontent; mais, d'un autre c6té , une trop grande méfiance ne serait pas moins blâmable. Qui veut douter de tout, ne manquera jamais de prétexte : quand un homme dit ou écrit qu'il a vu telle ou telle action , d'abord on peut dire que cela n'est pas vrai , et que cet homme se plaitànous surprendre. Ensuite, quand sa fidélité ne serait assujettie à aucun doute , on pourrait dire qu'il n'a pas bien vu, qu'il a été ébloui;
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et on trouvera toujours des exemples où quelqu'un s'est trompé, et faussement imagine qu'il voyait quelque chose. Les règles qu'on prescrit à cet égard perdent tout leur poids quand on a affaire à un chicaneur.
Ordinairement, pour qu'on puisse être assuré de la vérité d'une relation ou d'une histoire, on exige que l'auteur ait été lui-même témoin , et qu'il n'ait aucun intérêt à raconter la chose autrement qu'elle ne s'est passée. Ensuite, si deux ou plusieurs rapportent la même chose et avec les mêmes circonstances, c'est toujours un grand argument pour la vérité. Quelquefois pourtant une trop grande harmonie jusqu'aux moindres minuties devient suspecte : car deux personnes qui regardent le même événement, le regardent de différents points de vue ; et l'une remarquera toujours quelques petites circonstances qui auront échappé à l'attention de l'autre. Donc, ane petite différence qui se trouve en deux relations du même événement, en prouve plutôt la vérité qu'elle ne l'affaiblit.
Mais il est toujours extrêmement difficile de raisonner sur les premiers principes de nos connaissances , et de vouloir expliquer le mécanisme et les ressorts que notre âme met en usage. 11 serait bien beau si l'on pouvait y réussir, et cela nous éclaircirait sur quantité d'articles importants qui regardent la nature de notre âme et ses opérations; mais il semble que nous sommes plutôt destinés à nous servir de nos facultés que d'en approfondir tous les ressorts.
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