‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 178 sur 253 · LETTRE LXIX · texte numérisé non relu

LETTRE LXIX

(S6 janTicr 176S.)

Proposition fondamentale pour la construction des microscope* simples, et devis de quelques microscopes simples.

Ayant expliqué à V. A. de quelle manière on doit juger de la force des microscopes , il me sera aisé de démontrer la proposition fondamentale pour la construction des microscopes simples. Or, à cette occasion, je dois remarquer qu'il y a deux sortes de microscopes : les uns ne contiennent qu'un seul

ïrre, et les autres en contiennent deux ou plu<^ surs; ceux-là portent le nom de microscopes simes, et ceux-ci de microscopes composés, qui ^mandent des éclaircissements particuliers. J'enetiendrai V. A. en premier lieu des microscopes mples, qui ne consistent que dans un seul verre invexe, dont TeHet est déterminé par cette pro- >sition : Un microscope simple grossit autant de is que sa distance de foyer est plus près que 8 ^uces. En voici la démonstration :

SoitMN (Jig, 76) un tel verre convexe dont la stance de foyer soit CO , à laquelle il faut placer »bjet OP à peu près , afin que Toeil le voie distincment ; or, il verra cet objet sous langle OCP. Mais Ton regardait le même objet à la distance de 8 mces, il paraîtrait sous un angle autant de fois us petit que la distance de 8 pouces surpasse la stance CO; et l'objet paraîtra donc autant de fois us grand que si on le regardait à la distance de pouces. Or, selon la règle établie ci-dessus, un icroscope grossit autant de fois qu'il nous prénte les objets plus grands que si nous les regarons à la distance de 8 pouces. Par conséquent 1 microscope grossit autant de fois que sa dis- Dce de foyer est plus petite que 8 pouces. Donc 3 verre dont la distance de foyer est un pouce, ■ossit précisément 8 fois; et un verre dont la disnce de foyer n'est qu'un demi-pouce, grossira 16 is. On divise un pouce en 1% parties qu'on nomme ^nes, de sorte qu'un demi -pouce contient 6 liles ; de là il sera aisé de dire combien de fois cha-

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que verre dout la distance de foyer est doonée eo ligues, doit grossir, selon cette table :

Distance de foyer du verre.. I a, 8, 6, 4» 3, a, i, -Clignes. Le verre grossit 8, la, i6, aA, 3a, 4^, 96, 19a fois.

Ainsi un verre convexe, dont la distance de foyer est une ligne, grossit 96 fois; et si la distance est d'une demi-ligne, le microscope grossira 192 fois, ou environ 200 fois. Si Ton voulait des effets plus grands , il faudrait faire des verres dont le foyer fût encore plus petit. Or, j'ai déjà remarqué que, pour faire un verre d'un certain foyer donné , on n*a qu'à mettre le rayon de chaque face égal à cette distance de foyer, de sorte que le verre devienne également convexe des deux côtés. Je m'en vais donc exposer aux yeux de Y. A. les dessins de quelques-uns de ces verres ou microscopes.

I. La distance AO du foyer du verre MN {fig. 77) est d'un pouce ou de 12 lignes (i). Ce microscope grossit donc 8 fois.

n. La distance de foyer du verre MN est de 8 lignes. Ce microscope grossit i a fois.

III. La distance de foyer du verre MN est de 6 lignes. Ce microscope grossit 16 fois.

IV. La distance de foyer de ce verre est de 4 Hgnes. Ce microscope grossit a4 fois.

V. La distance de foyer de ce verre est de 3 lignes. Ce microscope grossit 3a fois.

(1) Ijàfig, 'j'j est effectivement construite sur une échelle plus petite, ce qui est indifférent pour le raisonnement

VI. La distatice de foyer de ce verre est de 2 Hgnes. Ce microscope grossit 48 fois.

VII. La distance de foyer de ce verre n'est que d'une ligne. Ce microscope grossit 96 fois.

On peut faire encore des microscopes beaucoup plus petits. Les artistes en exécutent , et nous procurent par ce moyen des effets beaucoup plus considérables : par où il faut bien remarquer que la distance de l'objet au verre devient de plus en plus petite, puisqu'elle doit être à peu près égale à la distance de foyer du verre. Je dis à peu près , parce que chaque œil y approche le verre tant soit peu plus ou moins, selon sa constitution ; les myopes l'approchent davantage , et les presbytes moins. De là V. A. voit que plus l'effet est grand , plus le verre ou le microscope devient petit , et plus aussi il faut approcher l'objet : ce qui est un très -grand inconvénient d'un côté 9 puisqu'il est incommode de regarder à travers un si petit verre , et d'un autre côté j puisque l'objet doit être fixé si près de l'œil. On tâche de remédier à ces inconvénients par une garniture convenable qui en facilite l'usage ; mais la vision de l'objet se trouble considérablement, dès que la distance de l'objet souffre le moindre changement; et comme dans les plus petits verrez l'objet doit presque toucher le verre, dès que la surface de l'objet est tant soit peu inégale, on ne voit l'objet que confusément. Car quand les éminences se trouvent à la juste distance, les concavités en sont trop éloignées, et ainsi ne sauraient être vuesque très-confnsément. C'est la principale raison

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qui nous oblige de renoncer aux microscopes sim^ pies , quand on souhaite des microscopes qui grossissent beaucoup ^ et de recourir aux microscopes composés.

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