II* PARTIE. LETTRE LUI
nous-mêmes les créateurs, et elle n'existe que dans notre esprit. Cette notion ne renferme que les caractères communs qui constituent Tessence de la notion générale d'une plume, et cette essence nous doit être bien connue, puisque nous sommes en T^tât de distinguer toutes les choses que nous nommons ^/^«m^^, de toutes les autres que nous ne comprenons pas sous ce nom.
Dès que nous remarquons dans une chose certains caractères ou certaines qualités, nous disons qu'elle est une plume, et nous sommes en état de la disunguer de toutes les autres choses qui ne sont pas ^umes^ quoique nous soyons fort éloignés de la distinguer de toutes les autres plumes.
Plus une notion est générale, et moins comprendelle de caractères qui en constituent l'essence , et par conséquent il est aussi plus aisé de reconnaître cette essence. I^ous comprenons plus facilement ce que c'est qu'un arbre en général, qu'un cerisier, ou ûit poirier^ ou un pommier, et quand ce sont des espèces; et quand je dis. Telle chose que je vois dans un jardin est un arbre ^ je ne me trompe pas; mais je pourrais bien me tromper si je disais que c'€$t un cerisier. Il faut donc que je connaisse mieux l'essence d'un arbre en général que les espèces; je ne confondrai pas si aisément un arbre avec une pierre, qu'un cerisier avec un prunier.
^Or , mie notion en général ^s'^tend encore infinimeift plus loin, et par conséquent son essence ne comprend que les caractères qui sont communs à tous les êtres que nous nommons corps. Elle se ré-
DE LA. NOTION DE l'eTENDUE. 29
(luit donc à très-peu de chose, puisqu'il en faut exclure tous les caractères qui distinguent un corps des autres.
Il est donc fort ridicule d'sfvancer, comme font
quelques philosophes, que l'essence des corps en
général nous est inconnue. Si cela était, nous ne
serions jamais en état de dire avec assurance que
telle chose est un corps, ou qu'elle ne Test pas : et
puisque nous ne saurions nous tromper à cet égard,
il faut bien que nous connaissions suffisamment la
nature ou l'essence des corps en général. Or, cette
connaissance se réduit à l'étendue, l'impénétrabilité
et l'inertie.