LETTRE LXXIV
(ISfi^rier 1763.)
Sur les défauts de ces lunettes de poche , et sur le chaaip
apparent.
V. A. comprend aisément qu'on ne saurait prétendre de trop grands avantages de ces petites lunettes, et j'ai déjà remarqué qu'elles ne grossissent
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les objets que de dix fois. Si on voulait pousser leur force plus loin , non-seulement la longueur en deviendrait trop grande pour pouvoir les porter dans la poche, mais il y aurait encore d'autres défauts plus essentiels auxquels elles seraient sujettes; ce qui a obligé les artistes de renoncer tout à fait à cette espèce de lunettes, dès qu'on demande de plus grands effets.
Le principal de ces défauts consiste dans la petitesse du champ apparent, ce qui me conduit à expliquer à y. Â. cet article important qui regarde toutes les lunettes. Quand on dirige un télescopée ou une lunette vers le ciel, ou vers d'autres objets fort éloignés sur la terre, l'espace qu'on découvre parait sous la figure d'un cercle, et on ne voit que les objets qui se trouvent dans cet espace; de sorte que si l'on veut voir d'autres objets , il faut chsmger la position de l'instrument. Cet espace circulaire qui se présente aux spectateurs est nommé le champ apparent y ou simplement le champ de l'instrument: et V. A. conviendra aisément que c'est uu grand avantage lorsque ce champ est fort grand, et qu'un très-petit champ est au contraire un grand défaut dans ces sortes d'instruments. Considérons deux lunettes qu'on ait dirigées vers la lune, et que par l'une on n'en découvre que la moitié, pendant que par l'autre on la voit tout entière avec les étoiles voisines; le champ de celle-ci est donc beaucoup plus grand que celui de celle-là. Celle qui présente un plus grand champ nous dispense non-seulement de l'embarras de changer si souvent de position,
mais on jouit aussi d'un avantage très-grand, qui est quVn voyant en même temps plusieurs parties de l'objet , on les peut comparer entre elles.
C'est donc une des plus grandes perfections d'une lunette ou d'un télescope, lorsqu'il donne un plus grand champ; par cette raison, il est très-intéressaot de mesurer le champ de tous ces instruments. Dans cette vue , on se règle sur le ciel , et on détermine l'espace circulaire qu'on voit à travers une lunette, en mesurant le diamètre en degrés et minutes. Ainsi, comme le diamètre apparent de la pleine lune est environ d'un demi-degré, si une lunette ou un télescope ne découvre que la lune, on dit que le diamètre de son champ est un demi-degré : si l'on ne voyait à la fois que le quart de la lune, le diamètre du champ serait un quart de degré.
La mesure des angles nous fournit donc le moyen de mesurer le champ apparent, et la chose est d'ailleurs claire d'elle-même. Supposons, dans la
fig, 90, que par l'instrument AB on ne voie que
Tespace POP et les objets qui y sont contenus; cet
espace étant un cercle, sou diamètre sera la ligne
POP, dont le milieu O se trouve dans Taxe de l'ins-
-» trument. Tirant donc des extrémités PP les lignes
;|. droites PC, PC, l'angle PCP exprime le diamètre
^du champ apparent , et la moitié de cet angle OCP . est nommée le demi-diamètre du champ apparent.
'î)c là V. A. comprendra parfaitement ce qu'on doit entendre, lorsqu'on dit que le diamètre du champ apparent d'un tel instrument est d'un degré, que celui d'un autre est de deux degrés, etc.; ou bien
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en te marquant par minutes , de 3o minutes, qui font un demi-degré, ou de j5 minutes, qui font un quart de degré.
Mais, pour bien juger du mérite d'une lunette ou d'un télescope par rapport au champ apparent , il faut aussi avoir égard au grossissement de rinstrument , où cette maxime a généralement lieu, que plus un télescope ou une lunette grossit, plus le champ apparent doit nécessairement être petit: ce sont des bornes que la nature même prescrit. Concevons un semfblable instrument qui grossit loo fois; il est évideiit que le diamètre du champ ne saurait être de deux degrés ; car puisque cet espace nous paraîtrait loo fois plus grand, il ressemblerait à un espace de aoo degrés, et ainsi plus grand que le ciel tout entier, qui d'un bout à FaUtre ne contient que i8o degrés, et dont nous ne saurions découvrir à la fois que la moitié tout au plus , ou bien un espace circulaire de 90 degrés en diamètre. Par Jà V. A. voit qu'un télescope qui grossit 100 fois ne nous saurait même découvrir un champ d'un degré, vu que ce degré multiplié 1 00 fois ferait plus que 90 degrés ; et ainsi une semblable lunette qui grossit 100 fois serait excellente si le diamètre de son champ était un peu moindre d'un degré , et la nature même de l'instrument ne souffre pas un effet plus grand.
Mais une autre lunette ou un télescope, qui ne grossirait que 10 fois, serait bien défectueux sll ne découvrait qu'un champ d'un degré en diamètre, puisque ce champ, étant mukiplié 10 fois, ne res-
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semblerait qu'à un espace de lo degrés dans le ciel^ ce qui serait bien peu de chose, et bornerait trop notre vue : nous aurions grande raison de rejeter tout à fait un tel instrument. Il sera donc fort aiisë, par rapport au champ apparent, déjuger de l'excellence ou du défaut de ces soites d'instruments, quand on a égard à leur effet. Ainsi , lorsqu'il ne grossit que lo fois, on peut bien conjecturer qtfil découvre un champ de 9 degrés, puisque 9 degrés pris 10 fois font 90 degrés, que notre vue est capable d'embrasser; et si le diamètre de son champ n'était que de 5 degrés ou encore plus petit, ce aérait toujours un instrument fort défectueux. Or, j'aurai l'honneur de prouver à V. A. que, si l'on voulait faire de cette espèce de lunettes dont j*ai donné la description , qui grossiraient plus de 10 fois, elles auraient ce défaut, et que leur champ apparent multiplié par le grossissement serait fort au-dessous de 90 degrés, et ne montrerait pas même la moitié. Mais pour de moindres effets ce défaut n'est pas si sensible; car si une telle lunette ne grossit que 5 fois, le diamètre de son champ est environ de 4 degrés, qui, étant grossi 5 fois, ressemble à un espace de ao degrés, dont on veuf bien être content : mais si l'on voulait grossir a5 fois, le diamètre du champ ne serait que d'un dénlidegrë, qui, étant pris aS fois, ne donnerait que i a degrés, ce qui serait trop peu. Pai* cette raisoil, quand on veut grossir beaucoup, il faut se servir d'autres arrangements de verres, que je prendrai la liberté d'expliquer dans la suite.
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