‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 235 sur 253 · III* PARTIE. LETTRE XCVII · texte numérisé non relu

III* PARTIE. LETTRE XCVII

AS, qui y est perpendiculaire et qui touche la terre, sera pour le spectateur horizontale. Conséquemment, une étoile en Z sera vue dans le zénith ou au sommet du ciel; or, une étoile en S paraîtra dans rhorizon à son lever ou à son coucher. Rien n'empêche qne nous ne regardions Fune et l'autre étoile comme infiniment éloignée de la terre, quoique je n'aiç pu Texprimer dans la figui^.

IV. A présent Y. A. n'a qu'à jeter les yeux sur la fignre, pour voir que les rayons partant de S ont lin trajet beaucoup plus long à faire dans Fatmosphère que ceux de l'étoile Z, avant d'atteindre le spectateur en A. Les rayons de Pétoile Z ont seule* ment à traverser la hauteur de l'atmosphère ak qui est environ d'un mille, a,u lieu que les rayons de l'étoile S doivent parcourir tout le chemin AA , qui est visiblement beaucoup plus long; et si la figure pouvait nûeux jrépondre à la vérité, de sorte que le rayon GA fût 860 fois plus long que la hauteur Aéz, on verrait que la distance kh surpasserait t\0 milles.

V. Aussi est-il bon de remarquer que les rayotis de rétoile Z n'ont qu'un très-petit espace à parcourir par la basse atmosphère, qui est la plus chargée de vapeurs, au lieu que les rayons de l'étoile S ont un trajet très-considérable à faire par cette partie basse de l'atmosphère, et sont obligés presque de ramper, pour ainsi dire, sur la surface de la terre : d'où il est très-naturel de conclure que les rayons de rétoile en Z ne souffrent presque aucun affaiblissement, tandis que ceux de l'étoile S doivent être

DE l'extinction DE LA LUMIÈRE DES ASTRES. 495

presque éteints , à cause du grand trajet qu'ils ont à parcourir dans Pair grossier.

VI. U est donc incontestablement prouvé que les astres que nous voyons à l'horizon doivent paraître avec un éclat extrêmement affaibli. Maintenant Y. A. comprendra fort aisément pourquoi nous pouvons fixer les yeux sur le soleil levant ou couchant ^ sans qu'ils en soient incommodés, au lieu qu'à midi, lorsque le soleil est haut, son éclat nous est insupportable. Or, c'est le premier article que je m'étais proposé de démontrer; il ne me reste actuellement qu'à prouver l'autre: savoir, que le même affaiblissement de lumière nous force presque à nous imaginer comme si les corps célestes étaient alors beaucoup plus éloignés de nous que si nous les voyions dans leur plein éclat.

VU. Or, il en faut chercher la raison dans les objets terrestres que nous voyons tous les jours, et sur la distance desquels nous formons un jugement. Mais, par la même raison que les rayons, en passant par l'air, souffrent quelque affaiblissement, il est clair que plus un objet est éloigné de nous, plus il perd de sa clarté, ou plus il nous pamit obscur. Ainsi une niontagne fort éloignée nous parait trèssombre; mais si, au contraire , nous nous en approchons assez, nous y distinguons facilement les arbres, ce qui n'est pas possible dans un grand éloignement.

VIII. Cette observation si générale, qui ne nous trompe jamais dans les objets terrestres , a produit en nous, depuis notre première jeunesse, ce prin-

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cipe fondamenlal par lequel nous jugeons tous les objets d'autant plus éloignés , que les rayons qui nous en viennent ont été affaiblis. C'est donc ea vertu de ce principe que nous estimons la lune , à son lever ou à son coucher^ beaucoup plus éloignée de nous que quand elle a déjà atteint une hauteur considérable; et par cette même raison nous la jugeons aussi d'autant plus grande. Je me flatte que V. A. trouvera ces raisons parfaitement bien fondées, et ce phénomène bizarre aussi bien éclairci qu'il est possible.

LETTRE XCVIll.

(8 mai 1763.)

Sur quelques autres illusions qui viennent de ce que nous jugeons un objet d'autant phis éloigné de nous , qne sa lamièra ou son éclat nous parait faible. De quelle manière les peintres en profitent.

Le principe de notre imagination par lequel je viens d'expliquer ce phénomène tout à fait bizarre, qui nous fait estimer la lune beaucoup plus grande près de l'horizon qu'au milieu du ciel; ce principe, dis-je, est tellement enraciné dans notre esprit, qu'il est la source de mille autres illusions , dont je me contenterai de mettre quelques-unes sous les yeux de V. A.

Depuis notre jeunesse y nous nous sentons entraînés, comme malgré nous, à juger les objets d'au-

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