‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 236 sur 253 · DES ILLUSIONS OPTIQUES · texte numérisé non relu

DES ILLUSIONS OPTIQUES

tant plus éloignés, que leur éclat esl affaibli; et d'un siutre côté y les objets fort brillants nous paraissent plus proches qu'ils ne le sont. Cette illusion ne vient pans doute que d'une imagination peu réglée, qui nous mène très-souvent à faux. Néanmoins elle nous est si naturelle, et en même temps elle est si universeUe , qu'il n^y a personne qui soit le maître de s^en garantir, quoique l'erreur où elle nous précipite soit souvent très-manifeste, comme j'ai eu l'honneur de le faire remarquer à Y. Â. par rapport à la lune; mais nous sommes également trompés en quantité d'autres occasions, dont je vais développer quelques-unes.

I. C'est une illusion fort connue, que de nuit le feu d'un incendie nous parait beaucoup plus proche qu'il n'est effectivement. La raison en est bien claire : c'est que le feu brille avec un très-grand éclat, et, selon le principe établi de notre imagination, nous l'estimons toujours plus près qu'il n'est.

II. Delà même manière, une grande salle dont les parois sont bien blanchies nous parait toujours moins grande. Y. A. sait que la couleur blanche est la plus brillante; donc, nous estimons les murailles de cette salle trop proches de nous, et par conséquent rétendue apparente de la salle en est diminuée.

lU. Or, dans une àalle dont les murailles sont couvertes de drap noir, comme c'est l'usage dans les grands deuils, nous éprouvons un effet entièrement contraire. Alors une telle chambre nous parait beaucoup plus spacieuse qu'elle n'est effectivement; le

Page 1