‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 237 sur 253 · II. 3a · texte numérisé non relu

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noir est sans doute la couleur la plus sombre , at* tendu qu'elle ne renvoie presque aucune lumière dans nos yeux; et, par cette raison, il nous semble que les parois noires sont beaucoup plus éloignées de nous qu'elles ne le sont en effet. Ainsi, qu*on couvre de toile noire les murailles d'une chambre , elle paraîtra plus grande; et au contraire, qu'on les fasse bien blanchir, la chambre paraîtra plus petite. lY. Mais ce sont les peintres qui savent le mieux profiter de cette illusion si naturelle, et si comnume à tous les hommes. Y. A. sait que le même tableau nous représente des objets dont quelques-uns nous paraissent extrêmement éloignés, pendant que d*autrès nous semblent fort proches; et c'est en quoi consiste la glus grande ressource d'un habile pein* tre. Il est sans doute bien surprenant que, malgré que nous sachions très-certainement que toutes les représentations d'un tableau sont exprimées sur la même surface, et ainsi à peu près à une égale distance de nos yeux , nous n'en soyons pas moins trompés, et que nous jugions les unes fort loin, les autres fort près. On attribue communément cette illusion à un adroit mélange de lumière et d'ombre, lequel fournit sans doute aux peintres les plus grands secoui*s. Mais Y. A. n'a qu'à considérer uo tel tableau, pour s'apercevoir que les objets qui doivent nous paraître fort éloignés sont exprimés très-faiblement et assez indistinctement. Ainsi, quand nous portons notre vue sur des objets fort éloignés, ficus apercevons bien , par exemple , des personnes en gros, mais sans que nous puissions en distinguer

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les yeux 9 ni le nez, ni la bouche; et c'est conformément à cette apparence que le peintre représente ces objets. Quant à ceux que nou^ devons estimer fort près de nous, le peintre leur donne les plus vives couleurs , et prend la peine d'y exprimer soigneusement toutes les minuties. Si ce sont des personnes, nous y distinguons les moindres linéaments du visage, les plis de l'habit, etc.; alors une telle représentation semble ^ pour ainsi dire , sortir hors du tableau, tandis que d'auti*es y paraissent enfon*oées et reculées fort loin.

V. C'est donc tiniquement sur cette illusion que tout l'art de la peinture est fondé. Si nous étions accoutumés à juger selon la vérité, cet art tout entier ne saurait plus avoir lieu, non plus que si nous étions aveugles. Le peintre aurait beau faire valoir toute son adresse dans le mélange des couleurs^ nouB dirions : Voilà sur cette table, ici une tache rouge, là une bleilé, ici un trait noir, là quelque lignes blanchâtres; tout se trouve sur la même sur*^ face, il n'y a nulle part ni enfoncement, ni élévation y et ainsi aucun objet réel ne saurait être re-* présenté de cette manière; on ne saurait alors le regarder autrement que comme on regarde une écriture sur le papier, et l'on se fatiguerait peut^trc inutilement à vouloir deviâet la s^nification de toutes les taches diversement col6rëes« Dans un tel état de perfection, ne serions-noua^pas aussi fort à plaindre d'être privés des plaisiri que nous j^ocure tous les jours un art à la fois si amusant et si instructif?

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