‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 28 sur 253 · LETTRE LVII · texte numérisé non relu

LETTRE LVII

(5 mai 1781.)

De la fameuse dispute sur les monades.

Quand on parie dans les compagnies de matières de philosophie , les discours roulent ordinairement sur des articles qui ont occasionné de grandes disputes parmi les philosophes.

La divisibilité des corps est un tel article, et sur lequel les sentiments des savants sont fort partagés. Les uns soutiennent que cette divisibilité va à l'infini, sans qu'on parvienne jamais à des particules si petites, qui ne seraient plus susceptibles d'une division ultérieure. Mais les autres prétendent que cette division ne va que jusqu'à un certain point , et qu'on parvient enBn à des particules si petites , qui, n'ayant aucune grandeur, ne sauraient plus être divisées. Ils nomment ces dernières particules, qui entrent dans la composition de tous les corps, des êtres simples et des monades.

Il y eut un temps où la dispute des monades était si vive et si générale , qu'on en parlait avec beau* coup de chaleur dans toutes les compagnies, et même dans les corps de garde. A la cour il n'y avait presque point de dames qui ne se fussent déclarées ou pour ou contre les monades. Enfm, partout le discours tombait sur les monades, et on ne parlait que de cela.

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