‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 33 sur 253 · II* PARTIE. LETTRE LIX · texte numérisé non relu

II* PARTIE. LETTRE LIX

nières particules des corps; et c'est une contradiction manifeste de supposer des dernières particules et la divisibilité à Tinfim en même temps.

Je i*ëponds donc aux monadistes que leur objection contre la divisibilité des corps à l'infini serait très-bonne, si ce système admettait des dernières particules ; mais puisque ces dernières particules en sont expressément exclues , tout ce magnifique raisonnement se détruit de lui-même.

Il est donc faux que , dans le système de la divisibilité à Tinfiniy les corps soient composés d'une infinité de particules. Quelque liées que paraissent ces deux propositions aux partisans des monades, elles se contredisent ouvertement ; car celui qui soutiept que les corps sont divisibles à l'infini , ou saiis fin y nie absolument l'existence des denjières particules, et par conséquent il ne saurait y être question c^s dernières particules. Ce mot ne signifie autre chose que des particules telles, qu'elles ne sauraient plus être divisées, une signification qui ne saurait en aucune manière subsister dans le système de la divisibilité à l'infini. Cette formidable attaque des monadistes est donc entièrement repoussée (i).

(i) Dans le système de Kant, la divisibilité des corps à Pinfini est Tobjet d*une des quatre antinomies prmeipaffes tle la raisoM pure. L'antinomie résulte de ce que la thèse et Vamtithàe reposent sur deux argumentations logiques également valables. La solution de l'antinomie consiste à dire que les objets de nos institutions ne sont pas des choses en soi, mais àei phéitômènes, déterminés dans leurs formes par les lois constitutives de Terftendement. Foyez la Critique de la raison pure.

(I« mai 1761.)

Sur le principe de la raoson suffisante , qui est le plus fort vpttl

des monadistés. '^

V. A. reconnitftra aisément que, des deux systèmes dont j'ai tant parlé, il faut absolument que l'un* soit vrai et Fautre faux, puisqu'il n'y a point de troisième qui tienne un milieu entre eux.

On convient de part et d'autre que les corps sont divisibles ; il s'agit seulement de décider si cette divisibilité a des bornes, ou si elle peut aller toujours plus loin , sans qu'on parvienne jamais à des particales indivisibles.

Si le premier cas a Ueu , c'est le système des monades qui est établi ; car, après avoir divisé un corps jusqu'à ce qu'on soit parvenu à ces particules qui ne sont plus susceptibles de division , ces mêmes . particules sont les monades ; et on aurait raison de dire que tous les corps sont composés de monades, et chacun d'un certain nombre déterminé. Donc, qui nie le système des monades doit nier aussi que la divisibilité des corps ait des bornes. 11 doit donc soutenir qu'il est possible de pousser cette divisibilité toujours plus loin , sans qu'on soit jamais réduit à s'arrêter ; et c'est l'autre cas de la divisibilité à l'infini, où l'on nie absolument l'existence des dei*^ uières particules, et par conséquent toutes les diffi-

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