‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 38 sur 253 · II* PARTIE. LETTRE LXII · texte numérisé non relu

II* PARTIE. LETTRE LXII

heureux; la plupart des monades, quand elles son une fois parvenues à développer leurs idées obscu res, y i*etombent subitement. Quand je suis en tanné dAs ma chambre, je ne m'aperçois que d'un* petite étendue ; c'est parce qu'alors plusieurs mo nadea ont développé leurs idées : mais dès que j< SOTS y et que je contemple Finunense étendue di ciel y il faut que toutes ces monades soient rctom' bées dans leur état d'engourdissement.

Ensuite il n'y a point de lieu ni de mouvement, tout cela n'étant qu'illusion ; mon âme reste près que toujours au même endroit , de même que toutes les autres monades. Mais quand mon âme commence à éclaircir quelques idées qui n'étaieni qu'obscures auparavant , alors il me semble que je m^approche de l'objet que ces idées me représentent , ou plutôt de celui que les myonades de cette idée excitent dans moi : et c'est la véritable explication du phénomène, quand il nous semble que nous nous approchons de certains objets.

Or, il n'arrive que trop souvent que les éclaircissements acquis se perdent de nouveau ; alors il nous semble que nous nous éloignons du même objet. Cest ici qu'il faut chercher le véritable dénoûment de tous nos voyages. Par exemple , mon idée de la ville de Magdeboui^ est occasionnée par certaines monades dont je n'ai actuellement que des idées assez obscures; c'est aussi la raison pourquoi il me semble «que je suis éloigné de Magdeboiirg. L'année passée, ces mêmes idées se sont subitement développées, et alors je me suis imaginé que je voyageais à

Magdebourg, et que j'y étais pendant quelques jours. Cependant tout ce voyage n'était qu'illusion, car mon âme ne bouge pas d^sa place. C'est aussi en vain que V. A. s'imagine être absente de Berlin, ce n'est qu'une illusion : la véritable raison est, qu'il y a certaines monades dont la représentation confuse excite l'idée de Berlin, et que cette idée est fort obscure. V. A. n'a qu'à éclaircir cette même idée, et elle sera dans le moment à Berlin; Il ne but que cela; tout ce que nous nommons voyage, et qui coûte tant d'argent, n'est que pure illusion. Voilà le véritable plan du système des monades.

Biais y. A. me demandera s'il est bien possible qu'il y ait des gens de bon sens qui soutiennent sérieusement ces extravagances? Sur quoi j'ai l'honneur de répondre qu'il n'y en a que trop , que j'en connais beaucoup; qu'il y en a à Berlin, et peutêtre aussi à Magdebourg. Je crains que Y. A. n'en soit tres-indignée.

LETTRE LXUI.

(26 mai 1761.)

Cootinuatioo.

Le système des monades , tel que je viens de le décrire à V. A., est une suite nécessaire du principe que les corps sont composés d'êtres simples. Dès qu'on admet ce principe, on est obligé de reconnaître la justesse de toutes les autres conséquen- II. 5

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